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    Père Patrick

    L'Eucharistie

    Saint-Saturnin
    Mai 1991



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    Eucharistie Introduction
    Eucharistie D'Adam à Abraham
    Eucharistie De Joseph à Elie
    Eucharistie D'Elie au Nouveau Testament

    Il manque la 4ème cassette
    (la fin de la partie " D'Elie au Nouveau Testament "
    et le début de la partie " Dans l'Evangile selon Saint Jean ")

    Eucharistie Evangile de St Jean
    Eucharistie Evangile de St Jean ch. 6
    Eucharistie Sts Augustin et Thomas

    Il manque la 7ème cassette
    (la fin de la partie " Avec Saint Augustin et Saint Thomas d'Aquin ")


    Tableau synthétique sur l'Eucharistie Tableau synthétique de Père Patrick sur l'Eucharistie

     

    1. Introduction

    J’ai beaucoup réfléchi justement sur le thème de la retraite.

    En fait nous n’avons pas beaucoup de conférences à faire, de petits enseignements, méditations, contemplations à faire : juste une ce matin, deux cet après-midi, puis encore une demain matin, deux l’après-midi, et enfin une encore le lundi matin. Donc ça fait pas grand-chose, vous voyez : sept conférences. Ce n’est pas beaucoup, c’est un peu faible, mais il faut dire que nous sommes des esprits fatigués, donc nous faisons ça tranquillement.

    Et en sept fois, que pouvons-nous faire ?

    Alors je me suis dit : ou bien nous allons faire quelque chose sur la foi, et nous allons reprendre le Credo de Paul VI. Si vous n’avez jamais lu le Credo de Paul VI, lisez-le. Je connais beaucoup de protestants qui sont passés au catholicisme uniquement en lisant le Credo de Paul VI. Et des jeunes, aussi des jeunes : ils lisent le Credo de Paul VI et ils se convertissent au catholicisme, c’est extraordinaire.

    Le Credo de Paul VI est quelque chose de très très beau, parce que Paul VI était un homme broyé. C’était un homme broyé parce qu’il voyait que le Corps de Jésus qui vivait pourtant de l’Eucharistie, je parle de l’Eglise, le Corps mystique de Jésus – vous savez que l’Eglise est le Corps mystique du Christ, je crois que je ne vous apprends rien, nous formons tous un seul corps humain, mystiquement parlant – l’Eglise était malade. Et dès qu’il prononçait le mot Eglise, le Pape Paul VI pleurait. Nous n’avons pas cet amour du Corps mystique du Christ qu’avait Paul VI.

    Et je suis toujours très ému quand je dis ça parce que j’ai vu le Pape Paul VI pleurer, je l’ai vu pleurer. Et c’est vrai que c’était très extraordinairement stupéfiant de voir que toute l’humanité baptisée dans le Sang du Christ, et se nourrissant de l’Eucharistie, donc du Corps brûlant du Christ victorieux de tout par l’Amour, communiquant toute cette force de l’Amour à toute son Eglise, s’écoulant de manière prodigieusement féconde dans tous ses membres, produit un Corps mystique qui est malade, délabré. Pour Paul VI c’était terrible, et il pleurait.

    Quand nous disons Corps mystique, nous nous référons au Nouveau Testament. Saint Paul dit que le Corps mystique est l’Eglise, et la Tête de ce Corps mystique est Jésus ressuscité. Il est au-delà du voile du Ciel, du temps et de l’éternité. Il est là, et toutes les prières que nous faisons, celles que nous avons fait à Laudes ce matin, la prière de l’Eucharistie, les prières de Vêpres, toutes les prières, tous les actes d’adoration que nous faisons, Il les prend, et au-delà du voile Il les donne dans la Très Sainte Trinité et Il leur donne une splendeur, une gloire ! Nous n’avons pas tellement conscience de ça. A chaque fois que chacun d’entre nous fait une prière, Jésus la prend et Lui qui est dans la Résurrection, Il lui donne l’ampleur glorieuse de sa Résurrection. Notre petite prière de rien du tout ! C’est ça le Corps mystique de Jésus.

    Toutes nos prières, tous nos petits actes prennent une ampleur prodigieuse parce qu’Il est au-delà du voile et Il est le Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, et Il fait retentir de manière éternelle un cri que nous poussons de manière temporelle. Pour tous les sacrements, pour toutes les liturgies, pour tous les petits actes que nous faisons au Nom du Christ, nous entendrons cet écho prodigieux, multiplié par des milliards et des milliards de fois puisque nous sommes des milliards d’êtres humains dans l’éternité. Dans l’éternité, nous entendrons nos propres voix.

    C’est ce que l’on appelle en théologie la gloire extra-Verbum. Dans le Ciel, nous serons absorbés dans la Vision béatifique, mais extra-Verbum nous pourrons discuter les uns avec les autres. Notre sensibilité, nos yeux, nos oreilles, seront à satiété débordants de gloire, et dans cette satiété débordante de gloire, nous entendrons tous nos petits sacrifices, toutes nos prières, tous nos cris amplifiés par le Cri de Jésus. Tous ensemble, ça fera une symphonie. Extra-Verbum, ce ne sera pas aussi extraordinaire qu’intra-Verbum, mais nous passerons de l’un à l’autre sans arrêt.

    C’est ça le Corps mystique de Jésus.
    Nous y reviendrons, sur le Corps Mystique de Jésus.

    Regarder le Credo de Paul VI nous aide à comprendre ce que c'est que la Foi apostolique. La Foi apostolique nous lie au Corps de Jésus et fait que la Très Sainte Trinité trans-Spire, bat, dans notre chair.

    Cette histoire de Corps mystique que nous trouvons dans l’Epître de saint Paul, à l’origine… aujourd’hui, si je te pose la question, tu diras : « Oui, le Corps mystique, c’est l’Eglise », mais figurez-vous que chez les premiers P ères de l’Eglise, primitivement, l’expression Corps mystique était quelque chose qui s’attribuait à l’Eucharistie. Les pères de l’Eglise, les grands comme saint Augustin, saint Jean Chrysostome, disaient : « Le Corps mystique, c’est l’Eucharistie. » C’est vrai, c’est le Corps de Jésus, mystiquement.

    Alors le Corps mystique c’est l’Eucharistie, le Corps Mystique c’est l’Eglise, le Corps mystique c’est toi et c’est moi, nous sommes l’Eucharistie.

    Je voudrais vous lire une petite phrase de Paul VI, dans Mysterium Fidei, le Mystère de la Foi.

    « Il est grand, le Mystère de la Foi », ce que nous disons après la Consécration de l’Eucharistie.

    « L’Eglise a son cœur dans l’Eucharistie », ce que le Pape Jean-Paul II n’a cessé de redire : l’Eglise c’est l’Eucharistie.

    « Il est typique qu’à partir du 12ème siècle, l’expression Corps mystique désignant primitivement l’Eucharistie se soit peu à peu appliquée à l’Eglise ».

    Et puis Paul VI pleure. Il faut voir ça, Paul VI faisant un discours, un homme très différent de Jean-Paul II. C’est très très impressionnant de voir Paul VI. Le Pape Jean-Paul II, nous sommes très contents de le voir, quand nous le voyons ça nous donne la pêche. Vous avez remarqué, tous ceux qui ont touché la main du Pape, ça nous donne la force. Si on était philosophe, on dirait : « C’est le Pape de la métaphysique de l’acte. » Lui, c’est l’acte. Le Pape Paul VI, c’est autre chose.

    Le Pape Paul VI était un saint, alors dès que nous le voyions, nous voyions Jésus, nous voyions le Cœur ouvert de Jésus pleurant de l’Eau, du Sang et l’Esprit-Saint. C’est extraordinaire de voir Paul VI, extraordinaire. Quand nous voyons l’Eucharistie et que, par une grâce du Saint-Esprit, nous rentrons en Jésus dans l’Eucharistie, nous habitons le centre, la fournaise ardente qui est au cœur de l’Eucharistie : là, Paul VI rentrait dans le cœur, dans la fournaise ardente de l’Eglise, et il recevait tout sur lui, il était broyé, il était un saint.

    Et je me suis dit : « Il faudrait faire une petite méditation sur l’Eucharistie. » Donc, c’est ce que nous ferons. Nous essayerons de faire une retraite sur l’Eucharistie parce que je crois que c’est quelque chose qui peut nous aider, en deux ou trois jours, à passer de la mort à la Résurrection. Il s’agit de faire que notre cœur ressuscite un peu. Il ressuscitera le troisième jour, ne vous inquiétez pas, à condition que nous allions jusqu’au bout, évidemment.

    Nous allons donc essayer de rentrer dans le Mystère de l’Eucharistie.

    Nous le ferons, c’est ce que je pensais important pour nous, à travers la Parole de Dieu, à travers la Bible. Parler de l’Eucharistie est extrêmement fort, mais il faut que ce soit toujours à travers la Révélation, surtout dans le monde d’aujourd’hui qui est un monde difficile, et donc nous ne pouvons plus puiser à droite et à gauche notre nourriture pour contempler Jésus dans l’Eucharistie, il faut que nous puisions directement dans la Parole de Dieu et que la Parole de Dieu devienne notre nourriture. L’Eucharistie ne peut pas se comprendre en dehors de la Parole de Dieu.

    Il y a deux oreilles pour comprendre l’Eucharistie.

    C’est ce que nous allons essayer de faire, pauvrement, je tiens à vous le dire, je n’ai pas beaucoup préparé. Ceux qui me connaissent – d’ailleurs la plupart d’entre vous, vous avez l’habitude, ce sont de vieux routards qui sont là pour la plupart – vous savez que je n’ai pas l’habitude de lire des textes, non, nous essayons de faire ensemble un pèlerinage, de courir très très vite sur des chars de Feu pour aller le plus loin possible dans la profondeur du Mystère de Dieu. Et pour ça, on ne lit pas un bouquin. Bien-sûr j’ai des documents sur ma table, ça c’est mon livre de retraite.

    Mais ensemble, ensemble, croyez bien que puisque nous parlons de l’Eucharistie, puisque nous parlons du Corps mystique de Jésus à travers la Révélation, ce qui sortira de la bouche et qui entrera dans nos oreilles ne peut venir que du Corps tout entier. Ça ne dépend pas uniquement de la bouche, ça dépend du Corps.

    Et donc nous voyons à quel point nous devons demander, chacun d’entre nous, à Jésus d’être là et de parler Lui-même. Nous sommes là pour vivre un sacrement. Etre ensemble pendant une retraite…

    Le Corps mystique de Jésus, c’est un sacrement, puisque c’est l’Eucharistie, puis à partir du 12ème siècle, c’est devenu l’Eglise, peu à peu. Il faut que peu à peu nous nous laissions entraîner à passer de l’Eucharistie à l’Eucharistie.

    Et donc Jésus a besoin de chacun d’entre nous.

    A chaque contemplation que nous faisons en commun, nous cherchons ensemble à nous nourrir de Jésus d’une manière eucharistique, ce que nous faisons en ce moment. Jésus a besoin que nous soyons très liés par le cœur, et le meilleur moyen pour cela est de faire qu’à chaque parole donnée, à chaque parole reçue, notre cœur à chacun d’entre nous soit transformé dans le Cœur de Jésus. Il faut y porter une très grande attention.

    Que notre cœur à chacun soit transformé dans le Cœur de Marie. Il faut se blottir contre l’Immaculée pour que Jésus soit enfanté ; et qu’il y ait le Sacrement du Corps mystique entre nous pendant trois jours, qu’il y ait une Résurrection qui se fasse.

    Après, la Pentecôte peut se faire. La Pentecôte, c’est l’éclatement, et nous devenons le levain dans la pâte, le sel, pour faire lever, pour donner du goût.

    Pendant deux jours et demi, nous nous rassemblons dans le Cénacle et nous vivons de l’Eucharistie. Vous voyez bien que vivre de l’Eucharistie, ce n’est pas seulement aller à la Messe. Ici nous avons un exercice divin, c’est un exercice surnaturel que nous faisons.

    Cet exercice surnaturel, il se fait si chacun d’entre nous se met en présence du Christ pour que ce soit le Christ qui habite en lui, Marie qui habite en lui, le Christ dans la Vision. Le Christ est ressuscité aujourd’hui, Il est dans la Vision, et comme chacun d’entre nous est lié à Jésus, nous faisons pression les uns sur les autres pour qu’il n’y ait plus que Jésus Un. Au lieu qu’il y ait Jésus trente-trois, qu’il n’y ait plus que Jésus Un. J’espère que vous comprenez ce que je veux dire.

    Ace moment-là, si vous pouviez me faire la grâce de temps en temps de mettre votre cœur, une fois qu’il brûle très fort du Feu d’Amour de Jésus, dans mon cœur à moi, ça me ferait bien plaisir, et ça aiderait. Croyez bien que je fais la même chose, je mets mon cœur tout brûlant dans votre cœur, pour que ce ne soit plus notre amour à nous, mais que ce soit l’Amour de Jésus. Parce que c’est Jésus que nous voulons.

    Si nous sommes ici, c’est pour Jésus, c’est parce que Jésus nous a choisis. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres, nous le savons bien, nous sommes de pauvres gens. Il suffit de voir ceux que nous aimons, qui nous sont tout proches, qui sont meilleurs que nous quelquefois, et Jésus ne les prend pas pour vivre de cette grâce toute simple, et en même temps tellement radicalement sublime, éternelle, transcendante. Pourquoi est-ce qu’Il nous a choisis ? Ça c’est le mystère de Dieu. Il nous a choisis nous plutôt que celui qui est meilleur que nous pour que, peut-être, ce soit le petit benjamin, un petit peu plus riquiqui – exactement comme les hommes par rapport à Lucifer, un ange extraordinaire – ce soit lui qui donne gloire à Dieu.

    Je disais donc qu’il y a deux oreilles pour rentrer dans le Mystère de l’Eucharistie, et ces deux oreilles sont deux portes.

    D’une part vous avez votre critère, chacun, personnellement : le silence, ne pas perdre de temps. Et maintenant par rapport à cette espèce d’unité mystique surnaturelle que nous formons par la Foi, par la confiance totale et l’ouverture à Jésus qui descend et à Jésus qui vient au plus intime de notre cœur pour nous sauver du monde, pour nous sauver de la méchanceté du monde, cette « langue qui tue » – c’est dans l’Ecriture. Pour ceux qui ont du mal avec leur langue, lisez le Livre des Proverbes.

    Pour rentrer dans le Mystère de l’Eucharistie qui est notre nourriture, deux autres nourritures sont nécessaires, nous le savons bien, je vous répète : les deux autres nourritures sont la Parole de Dieu et l’Adoration en esprit et en vérité.

    La Parole de Dieu est une nourriture. Je ne lis pas la Parole de Dieu comme je lis un livre d’histoire, ni comme font les philologues, avec des coups de ciseaux, en disant : « Ce texte a été surajouté dans une tradition ultérieure-antérieure-postérieure ». Non, c’est l’Esprit-Saint parle à travers la Parole de Dieu, et il faut que nous nous gavions de la Parole de Dieu. La Parole de Dieu nourrit notre Foi.

    Comment allons-nous vivre de l’Eucharistie si nous n’avons pas la Foi ? Il faut avoir la foi, il faut que cette foi soit vivante, et pour que notre Foi soit vivante, en pleine forme, il faut lire la Parole de Dieu, même si nous n’y comprenons rien, aucune importance. Nous allons essayer d’y comprendre quelque chose, évidement. Mais dès que nous sommes ensemble, nous y comprenons quelque chose.

    Quand je suis tout seul dans mon ermitage, je tiens à vous témoigner, je lis la Parole de Dieu, je ne vois rien. Je suis avec vous, je lis la Parole de Dieu, c’est génial. Comme c’est curieux ! En fait quand je suis tout seul dans mon ermitage et que je lis la Parole de Dieu, je ne vois rien, comme vous, pareil, enfin je lis, je m’en gave autant que je peux, mais au fond je reçois la Parole de Dieu, elle fait son travail en moi, c’est évident. Par la foi je me nourris de la Parole de Dieu.

    Comme l’Eucharistie : je suis tout seul devant le Saint Sacrement, j’ai le Saint-Sacrement dans mon ermitage, et vous aussi vous avez le Saint-Sacrement ici ou là, vous êtes devant le Saint-Sacrement, sec, sec, sec, et vous allez à la Messe et ça déborde dans les points de vue de la sensibilité. Nous n’avons pas davantage pour autant. Ce n’est pas parce que d’un seul coup la Messe est drôlement forte que nous avons reçu plus, non, nous avons reçu pareil, la même chose, mais comme il y a la ferveur de la Charité, de l’Amour, alors ça se manifeste à l’extérieur. Tant mieux. Tant mieux, tant mieux ! A la limite, on s’en fiche, mais tant mieux.

    Quand entre mari et femme ça roucoule, que c’est vachement bien, qu’on est drôlement ajusté, une harmonie parfaite, tant mieux. Mais quand ça va mal, quand il m’a fait une crasse et que je lui pardonne, c’est beaucoup mieux, beaucoup mieux, sans comparaison, sans aucune comparaison. Il faut toujours donner, donner, donner.

    La Parole de Dieu, c’est pareil. Ici, nous sommes ensemble, et du coup la Parole de Dieu peut saisir la pâte humaine. La Parole de Dieu est pour nourrir notre foi, mais si ça peut nourrir aussi la pâte humaine, tant mieux, c’est ce que nous faisons. Au Ciel, la Parole de Dieu, Lumière de gloire, nourrira la pâte humaine. C’est ça, la Résurrection. Sur la terre, non, la Parole de Dieu ne nourrit pas totalement la pâte humaine, mais elle nourrit notre foi, donc nous nous nourrissons de la Parole de Dieu.

    C’est la première nourriture.
    C’est dans l’Ecriture, ça : la Parole de Dieu est une nourriture.

    Dès que nous avons une tentation, dès que nous sentons que nous sommes un peu fébriles, « si je continue comme ça demain je vais avoir de sacrées tentations », vite, il faut lire la Parole de Dieu.
    « J’ai la tentation de prendre la tangente. - Lis la Parole de Dieu mon fils, tu verras, ça ira mieux, demain tu seras moins fébrile. Tu sens que ça viens, il faut le faire avant. »
    On sent que ça vient, surtout pour les femmes, parce que les femmes sont un peu cycliques, c’est normal, ça fait partie de leur nature. Pour les hommes c’est autre chose, c’est moins intérieur. Cycliquement, l’homme est plus sensible à des vibrations extérieures, et la femme est plus sensible à des cycles intérieurs, à son sang, et en raison de ça il y a un système de dépression-compression. Ça ne fait rien, c’est la même chose, c’est le même principe. Dès que nous sentons qu’il y a quelque chose, une petite faiblesse, qui va apparaître, lisons la Parole de Dieu pour fortifier notre foi.

    La foi, c’est pour être fort. Marie, Tour de David. C’est le contraire de la Tour de Babel. La foi nous donne une force contre les démons : « Soyez forts, le lion rugissant tourne autour de la Tour de David » (Epître de Pierre, 5, 8-9), et s’il n’y a pas de tour il se précipite sur nous ! La foi, c’est la tour. Eh bien cette foi se construit avec la Parole de Dieu, pierre sur pierre, parole sur parole. Ça nourrit notre foi, ça fortifie notre foi.

    La deuxième nourriture est de vivre de la Volonté de Dieu, la Volonté du Père.
    Cela, nous le savons bien, c’est un petit rappel, mais il faut toujours faire ces rappels-là.

    Il faut adorer. C’est pour ça, nous lirons beaucoup nos petits livres, nous lirons aussi la Parole de Dieu, il y aura aussi l’Eucharistie. Mais nous ne pouvons pas toujours lire et écouter, donc nous nous mettrons à genoux, sans hésiter. Même dans le froid, c’est beaucoup mieux. Nous nous mettons à genoux et nous adorons. Comme c’est facile ! Ce serait beau si dans le village, les gens se mettaient à genoux.

    C’est normal d’adorer, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? « Ah mais je vais salir mon jean. - Mais le jean, c’est fait pour être sali ! » Nous sommes complètement givrés, je vous assure. Quand je vous dis que nous marchons sur la tête, ce n’est pas des blagues, c’est vrai, c’est invraisemblable : au lieu d’adorer, on fait attention à son pantalon : « Ah dis donc, c’est du tergal »...

    Donc il faut adorer. L’Adoration du Saint-Sacrement.

    Et ici entre nous, quand nous écoutons une conférence, dès que nous sentons qu’il y a quelque chose de fébrile qui intervient, une distraction, une mauvaise pensée – ça peut arriver ça – vite, acte d’Adoration : je me remets en présence de Dieu, je dépends totalement de Dieu.

    C’est ça la Volonté du Père, Samaritaine, chapitre 4 de l’Evangile de saint Jean : « L’heure vient, et c’est maintenant, où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. » (Jean, 4, 23-24).

    Ce que le Saint-Esprit veut, c’est que nous aimions le Père, le Fils, le Saint-Esprit et notre prochain dans toutes ses dimensions : dix commandements.

    Ce que le Christ veut, c’est que nous aimions Dieu et notre prochain dans un seul acte.

    Ce que le Père veut, treizième commandement, c’est des adorateurs en esprit et en vérité.
    Il faut vivre de la Volonté du Père.

    Voyez cette pyramide extraordinaire des dix commandements :

    Trois pour aimer Dieu : j’aime le Père, j’aime le Fils, j’aime le Saint-Esprit.
    Comment vais-je faire ? Aimer le Père, aimer le Fils, aimer le Saint-Esprit… Ah ?
    Bon, j’aime le Père, j’aime le Fils, j’aime le Saint-Esprit.
    Oui, mais ça manque de force ça !

    Aimer le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et aimer son prochain dans ses sept dimensions, c’est pour ça qu’il y a sept commandements d’amour vis-à-vis du prochain :

    • Je dois l’aimer et être entièrement relatif à lui, je ne dois pas être relatif à moi, c’est lui qui commande, je dois obéir à mon prochain : 1e commandement.

    • 2e commandement : tout le travail que je fais, les services que je rends, mon génie intérieur, est au service du prochain. Je ne travaille pas pour moi, pour accumuler du pognon, non, évidemment. Je travaille pour ma femme, je travaille pour mes enfants, et moi si je n’ai rien, tant mieux. Je pense par exemple à la maman du Père Emmanuel qui est morte à Noël en 1944. Elle est morte parce que dans sa maison elle était toujours au service, à faire ci, à faire là. C’était dans la famille, dans les régions de Bordeaux. Elle est morte de faim, en recevant l’Eucharistie à genoux. Elle est morte de faim, elle ne se nourrissait pas, parce qu’elle donnait ce qu’elle avait à ceux qui étaient dans la maison : les enfants, les femmes de ménage et les hommes qui travaillaient là. Tout notre travail est au service du prochain, nous ne travaillons pas pour nous, nous ne gardons rien pour nous. Ce que nous mangeons, nous le recevons de l’autre, et du travail de l’autre. De notre travail nous ne recevons rien. Se nourrir de son travail n’est pas chrétien. Nous nous nourrissons du travail de notre prochain et nous travaillons pour notre prochain.

    • 3e commandement : par rapport à mon prochain, je suis dans l’amour, je le contemple. Je dois être contemplatif par rapport à mon prochain. Ma relation par rapport au prochain est contemplative. Je dois le contempler, je ne dois pas le regarder de l’extérieur, je ne dois pas être un menteur. Je suis un menteur par rapport à mon prochain quand je le prends périphériquement, par rapport à ses faiblesses, à ses caprices, à ses sensibilités, et je deviens complice de ses caprices, complice de ses faiblesses, et du coup je l’encourage dans ses faiblesses. Je dois être fort, et je dois le contempler dans sa force, dans son être, dans sa prédestination, dans sa sainteté. Et dès qu’il dégage de sa sainteté, je ne suis jamais complice, parce que je suis contemplatif et que je le regarde de l’intérieur. Et à l’intérieur il y a une fournaise ardente, même si à l’extérieur c’est une écorce gluante, collante, adipeuse – comme Dunlop, si vous mettez le feu, ça sent mauvais – tandis qu’à l’intérieur vous mettez le feu, c’est l’encens, c’est l’aloès, c’est la myrrhe, c’est le nard et c’est la cinnamome, les cinq parfums du Cantique des Cantiques (4, 14). Je dois être contemplatif.

    • 4e commandement : quand j’aime mon prochain, je dois respecter la nature, je dois respecter tout son environnement. Il faut que je sois plein de respect pour mon prochain. Je dois respecter la nature, je suis responsable de l’univers, je suis une partie de l’univers, et mon prochain est une partie de l’univers, je dois respecter l’harmonie de mon prochain par rapport à son environnement, par rapport à l’univers.

    • 5e commandement : j’ai une âme, il a une âme, je dois avoir avec mon prochain une relation intérieure. J’ai une vie intérieure, et donc je dois respecter, toujours, ce point de vue de la lumière, je dois m’approcher de mon prochain d’une manière toute intérieure.

    • 6e commandement : je vis en communauté, je vis en famille, et je suis responsable du bien commun de la famille. C’est le bien commun, et le bien commun passe toujours avant le bien personnel des individus. Je dois être attentif à ça, autrement dit je dois être prudent, d’une extrême prudence, d’une extrême douceur par rapport à mon prochain. L’imprudence, je tiens à vous le dire, est le péché principal contre la charité. Les péchés contre la nature sont l’impureté et l’adultère.

    • 7e commandement : je dois faire en sorte que, par rapport à mon prochain, Dieu soit présent. Dieu Créateur est présent dans ma relation à mon prochain. Dieu est en train de nous créer, nous dépendons de Dieu, Dieu est notre unique nécessaire. Il est l’unique nécessaire de mon prochain, Il est mon unique nécessaire. C’est un commandement par rapport à l’amour du prochain, ce n’est pas un commandement par rapport à l’amour de Dieu. Comme nous avons du mal à comprendre ça dans le monde athée d’aujourd’hui ! C’est un commandement naturel, humain, par rapport à l’amour de l’homme, de la femme et de l’enfant. Dieu est présent, nous dépendons de Lui, Il nous crée, et c’est en présence de l’Acte créateur de Dieu que je suis présent à mon prochain.

    Voilà les sept commandements d’amour vis-à-vis du prochain.

    Et les trois commandements d’amour vis-à-vis de Dieu : j’aime le Père, j’aime le Fils, j’aime le Saint-Esprit, qui sont les trois premiers commandements.

    C’est si difficile de réaliser cela si nous ne sommes pas des adorateurs en esprit et en vérité !
    Pour être des adorateurs en esprit et en vérité, comme le mystère de l’Eucharistie va nous aider !
    L’Eucharistie et la Bible.

    Donc nous allons nous nourrir de l’Ecriture, et nous allons nous nourrir de cette adoration en esprit et en vérité.

    L’adoration en esprit et en vérité, c’est ce que je vous ai dit en commençant, c’est que chacun d’entre nous, nous essayions de faire cet effort d’ouvrir notre âme, d’être présent au Christ ressuscité, de faire que le Cœur de Jésus batte dans notre poitrine, et que l’Amour de Jésus soit là.

    Puisque nous le savons, nous avons compris. Voyez les jeunes à Czestochowa, en 91, pourquoi est-ce qu’ils sont venus si nombreux, et de si loin ? Parce que les jeunes, dans le monde d’aujourd’hui, ont compris que dans l’humanité, il n’y avait que Jésus qui nous sauvait, humainement parlant. L’espoir des horizons de la terre est bouché pour les jeunes. Et ils sont allés voir le Pape parce qu’ils savent qu’il est le seul qui dise encore clairement que Jésus nous sauve de l’intérieur.

    Et recevoir Jésus dans notre vie intérieure pour qu’Il nous sauve, c’est ce que nous venons faire quand nous nous plongeons dans la fournaise ardente de son Amour victorieux de tout, pour adorer en esprit et en vérité.

    Quand je fais un acte naturel d’adoration – 7e commandement par rapport au prochain –, j’aime mon prochain en sachant que je suis suspendu à l’Acte créateur de Dieu.

    Voyez, là, en ce moment, je fais un acte de charité, d’amour du prochain : je dépends de Dieu et je vous regarde. C’est l’amour du prochain, ce n’est pas l’adoration en esprit et en vérité. Ce n’est pas mal, nous ne méprisons pas du tout, même pour les gens fatigués nous ne méprisons pas ça, personne ne méprise ça.

    Mais l’adoration en esprit et en vérité, c’est à travers cette dépendance : je dépends de Dieu, et du coup je Lui donne tout.

    Et je regarde mon prochain en Lui ayant tout donné.

    Cela veut dire que mon prochain, je l’enfonce en Dieu en m’enfonçant moi-même en Dieu. C’est le plus grand acte naturel d’amour du prochain que nous puissions faire au point de vue naturel, ce n’est pas encore chrétien, ça, c’est la vie normale, ce devrait être notre vie normale, à chaque regard, et nous n’avons pour cela besoin ni de la foi, ni de la grâce de Dieu, ni de la Parole de Dieu, ni de l’Eucharistie.

    Donc c’est bien, il faut les faire, ces actes naturels d’adoration sont une condition sine qua non : si nous faisons ces actes naturels d’adoration, notre « langue qui tue » se tait immédiatement. Extraordinaire ! On devrait faire un film là-dessus, « La langue qui tue ». Ça me plaît cette expression, je remercie ceux qui ont prié pour moi.

    Alors qu’est-ce que l’adoration en esprit et en vérité ?

    L’adoration en esprit et en vérité nécessite de comprendre que nous avons besoin d’un Sauveur.

    Et vous savez, il ne faut pas beaucoup d’années de vie responsable pour comprendre que nous avons besoin d’un Sauveur. Tant que j’ai vingt-deux, vingt-trois ans, je ne suis pas responsable encore. Si, il y en a qui sont déjà responsables. A partir du moment où j’ai pris un engagement à vie, où j’ai donné toute ma vie dans un engagement, où je me suis donné, je suis passé au-delà de la troisième épreuve. J’ai tout donné à un autre, je me suis engagé, je suis rentré dans une famille, je me suis fait oblat, alors je suis responsable.

    Mais il y en a qui n’y arrivent pas parce qu’ils sont encore à la première ou deuxième épreuve, ils plafonnent, ils ne sont pas responsables.

    Quand on est responsable, un petit peu, il ne faut pas beaucoup de temps pour comprendre qu’on a besoin d’un Sauveur, parce que qu’est-ce qu’on en prend des gifles, des déconfitures, des chutes. Nous avons besoin d’un Sauveur. Nous comprenons, quand nous sommes responsables et que nous aimons autant que nous pouvons ceux qui sont proches de nous, que nous avons besoin de Jésus au plus intime de notre cœur pour nous sauver.

    Il faut que Jésus soit là, parce qu’à ce moment-là Jésus peut regarder, tout en étant brûlé par l’Esprit-Saint, le Père à travers nous.

    C’est ça, l’Adoration en esprit et en vérité.

    De temps en temps je m’arrête et je vois que Jésus est là, je supplie Jésus qui est au fond de mon âme de faire resplendir toute sa force et de faire que l’Esprit Saint s’empare de tout l’univers à partir de mon cœur, et dans cet état je regarde le Père, je Lui donne Jésus et toute sa Gloire, et je Lui donne l’Esprit-Saint. Je suis dans le monde de l’Espérance, je vis de l’Espérance.

    Le Pape Jean-Paul II a rappelé trois choses aux jeunes : « Je suis », « Je me souviens », « Je veille ».

    • « Je suis », il faut que je comprenne que je dois aimer mon prochain, parce que j’existe.

    • « Je me souviens », c’est la foi, la Parole de Dieu. C’est dommage que je n’aie pas le texte, je vous l’aurais relu. « Le chrétien qui ne se nourrit pas de la Parole de Dieu est un… » Qu’est-ce qu’il a dit ? « Est un étriqué » ? Ce n’est pas le style du Saint-Père de dire ça, c’est plutôt mon style. Est étriqué, rabougri, ratatiné. Vous savez, cette espèce de gros ballon : celui qui ne lit pas la Parole de Dieu est comme un ballon dégonflé, les gosses n’ont pas du tout envie de jouer avec des ballons comme ça, pas du tout ! Non, il faut être gonflé à bloc par la Parole de Dieu, par la foi. « Je me souviens », mémorial, c’est une nourriture la Parole de Dieu. L’Eucharistie aussi est un mémorial, je m’en nourris.

    • Et la troisième chose, c’est la Volonté du Père, l’espérance. L’espérance, c’est de vivre maintenant de ce que Jésus vit actuellement : Il vit de la Gloire, de la Vision béatifique, et Il essaie d’attirer toute l’humanité vers le Père.

    Voilà ce que c’est un acte d’adoration en esprit et en vérité.

    Ça prend dix secondes de faire ça, ça prend quinze secondes si vous voulez, parce qu’il faut d’abord se mettre en état d’adoration, aimer tous ses frères, supplier Jésus d’être là, supplier Jésus de s’emparer de toute l’humanité à partir de moi.

    Il faut pour ça que je sois transparent, translucide, traversable, il faut qu’il y ait une agilité de ma chair…
    Il faut savoir par cœur les cinq. Quelles sont les cinq ?

    Eh oui, l’Eucharistie c’est ça.
    Vous voyez tous les préambules que nous sommes obligés de faire avant de rentrer dans la Bible.
    J’espère pouvoir rentrer dans la Bible quand-même un jour.
    Enfin, pendant la première conférence, nous plaçons nos billes.

    • Première : l’impassibilité. Au Ciel, mon corps, mon âme, mon esprit, mon cœur ne souffriront plus. Et dès que j’adore en esprit et en vérité, je sors de toutes mes souffrances, je ne reste pas accroché à mes souffrances en disant :
    « Ah qu’est-ce que je souffre ! Ah qu’est-ce que je suis angoissé ! Ah qu’est-ce que je suis triste ! Ah qu’est-ce que je suis malheureux ! Ah qu’est-ce que je suis blessé ! Ah qu’est-ce que je suis vexé ! …
    - Mais enfin, ça ne va pas, non ? Impassibilité ! »

    Je sors de toutes mes misères, j’abandonne littéralement la spiritualité de la serpillière, je suis debout, je suis fort, je suis rempli d’amour, je ne souffre plus parce que Jésus est dans la Gloire et qu’Il est victorieux de tout dans mon intime, pas là-haut, là, dans mon intimité, Il est là, Jésus est là.

    C’est ce que disait la petite Anne de Guigné à l’âge de dix ans. La nuit, tout le monde était couché dans la maison, il était onze heures du soi, sa maman s’est réveillée, elle a entendu du bruit, elle a vu la porte de sa chambre entrouverte – dix ans, elle est morte à onze ans – elle a descendu les escaliers, elle a regardé et elle a vu que dehors dans la neige sa petite fille était à genoux et qu’elle adorait. Alors elle l’a attendue, elle a respecté – vous voyez, amour du prochain - et quand Anne est revenue elle lui a dit : « Mais ma fille, tu vas tomber malade, il ne faut pas faire ça » et Anne lui a répondu : « Pourquoi se tourmenter, puisque Jésus est là ? »

    Oui, vous voyez ça ? L’impassibilité, nous ne souffrons plus. L’Espérance, c’est de ne pas s’accrocher à ses souffrances, à ses angoisses, à ses désespoirs, à ses sentiments d’aliénation, à ses sentiments de culpabilité.

    « Ah moi, je suis un petit peu trop nul, moi j’peux pas.
    - Pourquoi se tourmenter puisque Dieu est là, Jésus est là. »

    Je rentre dans l’impassibilité de Jésus qui me donne son Impassibilité glorieuse. Il me la donne maintenant, je peux en vivre, il suffit que je me plonge dans cette fournaise de la Résurrection.

    • Deuxième propriété des corps glorieux, et des cœurs glorieux, et des âmes glorieuses : la subtilité : corps subtils, cœurs subtils. La subtilité est ce qui permet la compénétration.

    Jésus est né à Noël, ce que nous méditons à chaque fois que nous faisons le troisième Mystère joyeux du Rosaire : il faut le faire en esprit et en vérité, c’est-à-dire que nous nous mettons dans le Corps et le Cœur de Jésus qui naît à Noël et Il sort du corps de Marie sans l’abîmer : Corps subtil. Il naît d’une manière glorieuse sans abîmer le corps de sa mère, en passant à travers les portes du Cénacle, comme à la Résurrection, sans abîmer la porte du Cénacle.

    L’amour est subtil, il passe à travers celui que j’aime sans l’abîmer et en l’habitant. Dans l’adoration en esprit et en vérité, cette deuxième qui est la subtilité me permet de vivre de la communion des personnes. Je peux vivre et pénétrer dans toutes, par amour, dans une victoire d’amour qui éloigne tous les obstacles. Jésus n’a pas été arrêté par la porte du Cénacle pour venir se faire toucher par Thomas. Non, aucun obstacle, devant nous il n’y a aucun obstacle. C’est la subtilité.

    Les gens qui sont gros comme des patates ne peuvent pas comprendre ça. Les pattes de l’ours, vous savez, aujourd’hui, c’est ça. Regardez la télévision, si vous voulez une icône de la non subtilité, de la grossièreté, de la patatoïdie-ité de l’homme, de la femme et de l’enfant, du plus petit au plus grand, regardez qui vous voulez, n’importe qui : aucune subtilité, aucune, ou une subtilité métallique. Quand ils sont très subtils, c’est une subtilité métallique, c’est la subtilité de Lucifer.

    Il ne faut pas avoir une subtilité du serpent, cette subtilité des extra-terrestres, cette subtilité de Lucifer, cette subtilité métallique, non, il faut avoir une subtilité d’amour, cette subtilité du cœur, cette conscience du cœur qui est capable de pénétrer la conscience du cœur du prochain, la conscience du cœur de mon père, la conscience du Cœur du Sauveur, en le respectant, dans mon intimité.

    • Troisième propriété, c’est l’agilité. C’est extraordinaire, il faut expliquer aux petits enfants qu’au Ciel, mais déjà quand nous adorons en esprit et en vérité, il y a une agilité, vous savez, comme le cheval blanc de l’Apocalypse ! Nous l’avons médité plusieurs fois, le cheval blanc de l’Apocalypse. Une agilité, presque comme le rayon laser qui traverse l’espace et le temps. Il faut le dire aux petits enfants : quand nous serons au Ciel, extra-Verbum, et déjà maintenant nous pouvons le faire par l’espérance, déjà nous pouvons le faire avec Jésus.

    C’est curieux ! Jésus est le Verbe de Dieu, avec son manteau blanc trempé dans le sang (Apocalypse 19, 11-16) : « Un homme qui le montait, cavalier victorieux, pour vaincre encore, il avait un manteau blanc, trempé dans le sang, et sur son épaule, son Nom : le Verbe de Dieu. » Il prend le cheval blanc ; nous l’avons vu, le cheval blanc est la grâce. La grâce capitale du Christ galope avec la hâte de la plénitude de Grâce, qui est la grâce plénière d’affinité de la Vierge Marie, la grâce en personne.

    Maintenant que Jésus est au Ciel avec Marie, notre ‘cheval’ à nous est Jésus ressuscité. Il faut beaucoup méditer ça : ça c’est l’agilité. Dès que nous adorons en esprit et en vérité, nous pouvons être ici et au Ciel quand nous voulons.

    Quand nous sommes allés à Rome, nous avons vu dans les catacombes ces ancres qui manifestent l’Espérance. Nous avons une ancre, nous sommes déjà au port, nous sommes, quand nous voulons, au Ciel : une agilité extraordinaire.

    Nous pouvons aussi être tout proches de celui que nous aimons, même s’il est loin, quand nous voulons, directement, physiquement, par la médiation du Christ mystique, par la médiation du sacrement. Et nous avons tous le sacrement de l’Eucharistie en nous puisque nous avons tous le caractère du Baptême, et le caractère du Baptême est lié à l’Eucharistie, nous le verrons. Nous sommes liés sacramentellement, donc réellement, physiquement, à l’Eucharistie et donc à tous ceux qui sont baptisés, nous avons une agilité extraordinaire. Nous pouvons habiter physiquement en tous ceux que nous aimons, quand nous le voulons. Et à des milliers de kilomètres, nous pouvons y être dans un milliardième de seconde : une agilité prodigieuse. L’agilité que nous donne la Charité est extraordinaire. C’est la troisième.

    • La quatrième, c’est que nous sommes transformés, transfigurés en lumière : la luminosité. C’est toute l’intériorité de l’amour qui fait que nous sommes vulnérables, c’est sûr, nous sommes comme une eau répandue, comme un parfum qui se répand. C’est tout intérieur. Une force en même temps, enfin les douze qualités de l’amour qui sont là : une force de conquête, une profondeur dans l’amour : c’est tout ce qui qualifie intérieurement l’amour. La luminosité : nous sommes transfigurés.

    • Et enfin, la satiété : nous sommes repus. Au Ciel, plus besoin de prendre des hot-dogs – nous pourrons prendre des hot-dogs, si nous voulons, mais plus besoin – notre corps, notre chair, notre cœur se reposeront, rassasiés, et nous serons de plus en plus rassasiés. Nous en vivons déjà dans l’espérance, de ça : « Pourquoi se tourmenter, je suis comblé, Jésus est là. »

    Dans l’Adoration en esprit et en vérité, ces cinq choses se réalisent en un seul acte intérieur.

    Quand Jésus nous sauve, c’est ça qui se réalise, c’est ça que nous vivons, c’est ça que nous voulons, c’est ça que nous permettons à l’Esprit Saint de faire : que Jésus parle, que Jésus souffle, de l’intérieur, Il nous sauve. « Jésus souffla sur eux », mais Il est à l’intérieur de notre cœur, et Il souffle le souffle du Saint Esprit.

    Il faut sentir ce vent, ce vent, ce vent, cette brise délicate de l’amour du Saint-Esprit qui sort de la bouche de Jésus, du cœur de Jésus à partir de nous, et nous sommes sous le souffle de l’Esprit Saint.

    Comme il faut être délicat pour faire une adoration en esprit et en vérité !

    Vous voyez : en esprit et en vérité : l’Esprit-Saint et le Verbe, « Je suis la Vérité », le Christ.

    En esprit et en vérité : Jésus nous sauve, alors du coup Il souffle à partir de nous l’Esprit-Saint, et nous sommes sous le souffle de l’Esprit Saint. Je ne sais pas comment vous dire. Alors à ce moment-là vous verrez automatiquement qu’il y a les cinq. C’est beau ça ! C’est grand ça ! Ça, ça s’appelle l’espérance. Voyez ce que le Pape a dit.

    Eh bien les deux nourritures pour vivre de l’Eucharistie pendant ces deux jours et demi, c’est la Bible, la Parole de Dieu, et l’adoration en esprit et en vérité.

    Et nous n’avons pas une seconde à perdre. C’est pour ça que chacun d’entre nous, nous avons une petite lecture, et chacun d’entre nous, nous essayons de vivre de la Volonté du Père, c’est-à-dire d’adorer en esprit et en vérité. Dès que nous avons vingt secondes, allez, une adoration en esprit et en vérité. C’est plus facile quand nous sommes ensemble, c’est vrai, c’est plus facile. Mais ça n’empêche qu’il faut le faire.

    L’adoration en esprit et en vérité nourrit notre espérance. C’est une nourriture.

    Il y a trois nourritures dans la vie chrétienne : la Parole de Dieu, la Volonté du Père, et l’Eucharistie.

    L’Eucharistie est une nourriture, évidemment, nous allons regarder ça en long, en large et en travers, du moins je l’espère, si Dieu nous prête sa grâce, et sa Charité, et sa Présence, et son Esprit Saint.

    Mais il faut pour cela que notre foi soit forte, et il faut que notre espérance soit actuelle, et donc il faut que nous nourrissions notre foi par la Parole de Dieu, et il faut que nous nourrissions notre espérance en vivant de la Volonté du Père.

    Et la Volonté du Père, son commandement, est Vie éternelle.
    L’unique commandement du Père : Vie éternelle.
    C’est le seul commandement du Père.

    Impassibilité d’Amour, subtilité d’Amour, agilité d’Amour, luminosité d’Amour, satiété d’Amour.

    Jésus est là, et à ce moment-là nous pouvons vivre de l’Eucharistie.

    Vous voyez ce qu’avait dit le Pape Paul VI. Le Pape Paul VI avait dit – Mysterium Fidei, si un jour vous trouvez ça dans une petite bibliothèque, prenez-le – je relis parce que c’est quand-même assez extraordinaire : « Il est typique qu’à partir du 12e siècle, l’expression Corps mystique désignant primitivement l’Eucharistie se soit peu à peu appliquée à l’Eglise ».

    Peu à peu, vivre de l’Eucharistie, c’est faire qu’il y ait la récapitulation dans la gloire de l’humanité à partir d’un reste qu’on appelle l’Eglise. Et l’Eglise, c’est l’Eglise des pauvres, c’est ce que nous verrons à travers l’Eucharistie. Quelqu’un qui dit : « Moi, je suis parfaitement capable de vivre de l’Eucharistie, je vais à la Messe parce que j’ai la foi, j’ai l’espérance, j’ai la charité »… Non, l’Eucharistie n’est pas à ma hauteur, pas du tout, elle n’est pas à ma hauteur, je suis pauvre. Il n’y a aucune présomption dans l’Eucharistie.

    Donc peu à peu, vivre de la Parole de Dieu et vivre de l’espérance, de l’adoration en esprit et en vérité.

    Nous allons confier toute notre retraite à l’Esprit Saint.

    Dans une demi-heure, il y a l’Eucharistie, justement, nous allons dire la Messe.


    2. D’Adam à Abraham

    « Ô Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs
    Prends-les, brûle-les dans Ton Amour
    Ô Esprit du Dieu vivant, viens brûler nos cœurs »

    « Que l’Esprit-Saint, le Père des pauvres,
    illumine notre cœur et notre intelligence,
    pour nous conduire à la Vérité tout entière »

    Nous allons commencer à rentrer un petit peu dans la Parole de Dieu, sans avoir peur.

    Aller de Parole en Parole, et faire comme une cascade, de cataracte en cataracte, d’abîme en abîme, aller de plus en plus profondément dans le Mystère de l’Eucharistie à partir de la Révélation.

    La Parole de Dieu est plus pure que l’or.
    La Parole de Dieu est un Glaive de Feu.
    La Parole de Dieu pénètre jusqu’à la racine de l’âme, du corps et de l’esprit.

    Il faut laisser profondément pénétrer la Parole de Dieu qui est un Glaive extraordinaire (Apocalypse, 1, 16), ce Glaive qu’a l’Archange qui se trouve à la porte du Paradis d’où Adam et Eve ont été chassés (Genèse, 3, 24). Ce Glaive se traduit en hébreu parG« glaive extraordinaire ». C’est le même mot que ce Glaive dont Siméon a dit à Marie : « Un Glaive te transpercera l’âme » (Luc, 2, 35), c’est le même Glaive, un Glaive extraordinaire.

    La Parole de Dieu pénètre en nous jusqu’à la racine – la racine, très profond en nous – de l’être, de l’esprit, de l’âme et du corps (Hébreux, 4, 12), l’eau, la terre, l’air et le feu en nous. Il faut que la Parole de Dieu rentre là. Donc ça ne rentre pas dans notre ordinateur – traduisez : notre cerveau – ça ne rentre pas dans notre cerveau, ça rentre dans une intelligence qui vibre dans l’être, dans l’âme, dans l’esprit et dans le corps, en même temps.

    La Parole de Dieu, première nourriture, nous conduit toujours vers l’Eucharistie.
    La Parole de Dieu est une Parole très extraordinaire qui nous conduit au silence de l’Eucharistie.

    Et c’est ça que nous voudrions petit à petit obtenir du Saint-Esprit. Qu’Il nous permette, comme Il l’a permis à l’Immaculée Conception, à nous qui sommes collés à Elle par la Foi, d’être capables de rejoindre le silence de l’Eucharistie.

    Et le silence de l’Eucharistie nous conduit au silence de la Vision béatifique.

    C’est ça, la fameuse grande échelle : la foi, l’espérance et la charité.

    Et c’est vrai que le silence de l’Eucharistie nourrit notre charité.

    Nous n’avons qu’un seul but, c’est l’Amour, c’est d’aimer, et c’est pour ça que nous allons supplier l’Esprit Saint qu’il n’y ait plus que cet Amour.

    Vous comprenez bien que pour qu’il y ait cet Amour – je répète toujours – il faut que nous soyons très très unis les uns aux autres, et la manière d’être unis les uns aux autres est de rejoindre le silence de l’Eucharistie dans le cœur de notre prochain, et donc en respectant son silence, en l’encourageant, en le fécondant.

    Ça c’est l’amour, c’est la charité.

    Voyez, c’est ce que dit saint Augustin : on ne peut aimer à la fois l’argent et Dieu. Au fond l’argent, c’est quoi ? Ça peut être aussi l’amour propre, le moi, moi, moi, moi. Il y a Dieu et moi. Et ces deux amours, comme dit saint Augustin, se battent comme Jacob et Esaü dans le ventre de Rébecca. Ils se battent ! Et le mépris formel de l’un mène à l’amour de l’autre, et l’amour de l’un mène au mépris formel du second. Il faut toujours se rappeler de cette formule de saint Augustin : « L’amour de l’un mène au mépris formel de l’autre. » Je méprise formellement l’autre dès que j’en aime un, alors il faut choisir !

    L’amour propre, comme dit Catherine de Sienne, cause de schisme. Vous avez deux sortes de schismes : le schisme dans la foi, ça c’est sur la vérité, ça divise l’Eglise, ça divise la communauté. C’est facile de diviser une communauté, il suffit de dire des choses qui sont contraires à la vérité, et quand le démon n’arrive plus à diviser en grand, il divise en petit par l’amour propre. L’amore propria, cause de schisme – c’est très important de comprendre ça – l’amour propre, c’est-à-dire que nous nous fions uniquement à ce que nous ressentons, à ce que nous éprouvons.

    Nous ne nous fions pas à ce que nous éprouvons, nous nous fions au Bien. C’est l’autre qui commande tout, l’autre que nous avons choisi, l’autre que Dieu a mis proche de nous, le lien entre l’autre et Dieu. C’est quand-même assez important.

    Nous allons tout de suite, pour ne pas perdre de temps, ouvrir la Bible et nous allons essayer de regarder.

    Alors, comme nous n’avons malheureusement pas le temps de tout lire, nous allons aller prendre quelques petits passages et essayer de ponctuer un peu.

    D’ailleurs c’est un petit peu comme ça que vous pouvez de temps en temps travailler la lecture de la Parole de Dieu : prenez un thème.

    Nous, nous prenons l’Eucharistie.

    Vous pouvez prendre aussi et méditer, par exemple, le travail, l’art. Vous regardez dans la Bible la première fois qu’apparaît l’art, l’inspiration, la beauté. Vous allez vous apercevoir que les révélations sur la beauté, dans la Bible, ça vient au bout d’un certain nombre de chapitres, pas au début. L’Eucharistie vient tout de suite.

    Il faut faire une petite fiche comme ça, c’est ce qu’on dit toujours : tu fais une petite fiche sur la joie et tu prends toute la Bible. C’est vite fait vous savez, ça ne prend pas beaucoup de temps. Tu traverses toute la Bible avec un fil directeur.

    Avec l’Esprit Saint, une fiche sur l’Esprit Saint. C’est ce qu’il faut faire ! Il faut que chacun d’entre nous ait fait une fois dans sa vie une fiche sur l’Esprit Saint à travers toute la Bible. La première fois que l’Esprit Saint apparaît. Il faut essayer de voir les cinquante Pentecôtes de la Bible. Nous ne l’avons jamais fait, ça.

    Aujourd’hui, nous prenons l’Eucharistie. C’est aussi une Pentecôte, l’Eucharistie.
    Il faut prendre le pain et le vin. Nous allons essayer de regarder ça : le pain et le vin.

    Il y aurait beaucoup de choses à prendre pour l’Eucharistie. Il faudrait prendre le pain, le vin, l’Alliance, le Mémorial, l’Agneau, le Sacrifice, la Gloire qui remplit le Temple, l’action de grâce si vous préférez, mais nous allons prendre juste le pain et le vin pour voir cette chose extraordinaire que Jésus a faite, que Dieu a faite.

    J’ai essayé de le faire un tout petit peu, et nous allons continuer ensemble ce que dans ma pauvre petite cellule j’ai essayé de faire.

    J’ai repéré, avec Adam, le chapitre 3 de la Genèse, verset 19.

    Dans le chapitre 3 de la Genèse, vous savez bien qu’il y a eu le péché originel, le Glaive empêche de pénétrer dans le Paradis terrestre, et c’est en dehors du bonheur du Paradis terrestre, bonheur perdu, c’est là, pour la première fois qu’apparaît le pain. Cela, c’est quand-même très fort !

    L’Eucharistie, la foi et la charité sont en dehors du bonheur. C’est à l’intérieur d’une détresse qu’il y a le pain. Le pain est lié à la faiblesse de l’homme. D’ailleurs tous les anthropologues le savent, les hommes, à la limite, quand ils sont relativement forts, peuvent se nourrir uniquement de fruits, ça suffirait assez largement. Le pain apparaît lorsqu’il y a la faiblesse, le pain des forts.

    Alors c’est ce qu’il faut voir : « Dieu dit à l’homme : parce que tu as écouté la voix de la femme et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre : « Tu n’en mangeras pas », le sol est maudit à cause de toi. C’est par un travail pénible que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. Il te produira des épines et des chardons et tu mangeras l’herbe des champs. C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes à la terre parce que c’est d’elle que tu as été pris, car tu es poussière et tu retourneras en poussière. » (Genèse, 3, 17-19).

    C’est très fort ! Vous voyez comment l’Eucharistie, tout de suite ici, nous est donnée pour montrer qu’elle fait le lien entre la faiblesse dans laquelle nous sommes, la peine dans laquelle nous sommes, la détresse viscérale dans laquelle nous sommes…

    Les concupiscences ! Nous sommes désarmés par les concupiscences, et pas seulement nous : notre prochain, ceux avec qui nous nous allions. Nous sommes en alliance avec toutes sortes d’enfants de Dieu. En fait, nous sommes plus souvent désarmés par les concupiscences chez le prochain que par les nôtres, n’est-ce pas ? Mais néanmoins nous sommes désarmés, dans une détresse invraisemblable.

    Et il y a un lien entre cette détresse et la mort, et ce qui fait ce lien, c’est l’Eucharistie. Ce n’est pas joyeux, comme introduction à l’Eucharistie ! Parce que nos détresses – nous n’avons pas été mis à mort – nous lient à la mort du Christ. Nous l’avons ici, ce lien direct entre la détresse d’Adam parce qu’il est pris par les concupiscences, et la mort. Et c’est l’Eucharistie qui fait le lien entre les détresses dans lesquelles nous sommes, les faiblesses…

    Nous ne sommes vraiment pas à la hauteur, ça c’est sûr. Nous voudrions pourtant être victorieux dans l’amour, toujours pouvoir pardonner, toujours pouvoir comprendre que ce n’est rien, ce qu’on nous a fait, ce qu’on a à souffrir, ce n’est rien du tout, et c’est vrai que ce n’est rien du tout.

    Jésus a inventé l’Eucharistie pour ça, le pain, pour Adam, pour que nos détresses soient toujours relativisées par rapport à la mort du Christ, et cela nous rapproche de notre mort.

    Monseigneur Lagrange qui est évêque de Gap, qui est théologien, qui a baptisé quelques uns d’entre nous, confirmé d’autres, dit quelque chose qui est très intéressant.

    Je dis ça parce que nous avons de plus en plus des conférences d’un certain père jésuite qui s’appelle le père Martelet, qui est quelqu’un de très intéressant à beaucoup de points de vue, mais qui dit : « C’est ridicule, cette histoire de péché originel, c’est aberrant. » Un jour quelqu’un dans l’assemblée lui avait dit : « Oui mais mon père, tout de même, vous avez l’air de mettre un petit peu entre parenthèses le péché originel. La mort vient du péché, d’après la foi. Qu’est-ce que vous en pensez mon Père ? » Il l’a envoyé bouler – c’est quelqu’un qui me l’a rapporté, il n’y a pas longtemps, il y a une semaine, il y a même quatre-cinq jours – il l’a envoyé bouler : « C’est ridicule, réfléchissez un tout petit peu, la mort, c’est naturel, on doit mourir, c’est tout, regardez les animaux. Ce n’est pas le péché qui explique la mort. » Il s’est moqué. Il a donné cet argument : « Vous comprenez bien que s’il n’y avait pas eu la mort, nous serions aujourd’hui trente ou quarante milliards d’êtres humains, et même d’avantage, nous serions des centaines de milliards d’être humains, ce serait impossible. Même au point de vue de la sagesse normale, dire qu’il n’y a pas la mort est totalement idiot. Et qu’est-ce qu’ils feraient tous ces gens qui sont là encore vivants, puisque l’homme est prétendument immortel ? » Vous voyez que ce n’est pas très futé, l’intelligence métallique. On s’attache à la quantité. C’est comme la sociologie, c’est comme l’histoire, c’est comme la psychologie, c’est uniquement le démontrable, ce qui est pesable, c’est la quantité.

    Monseigneur Lagrange disait ceci – c’est dommage qu’il n’ait pas été là, à la même table – : « S’il n’y avait pas eu le péché originel, Adam aurait tout simplement gardé l’amour et la grâce, et Eve aussi par la même occasion, et il y aurait eu une multitude. Mais au bout d’un certain temps, puisqu’ils seraient restés dans la foi pendant un siècle, deux siècles, que sais-je, Dieu, le Verbe de Dieu, serait venu prendre Adam pour le faire entrer dans la Vision béatifique, et il ne serait plus sur la terre, lorsqu’il aurait atteint sa perfection. Donc il serait entré dans la Vision béatifique sans pénétrer par la mort. Il serait rentré dans la Vision béatifique par une extase d’Amour, c’est-à-dire une mort d’Amour. C’est un Amour vivant. C’est par la Vie qu’il serait rentré dans la Vision béatifique. Ça reste la même chose pour nous.

    (...) [Petite interruption au passage de la 2e à la 3e cassette]

    Chapitre 4, versets 3 et suivants : le pain apparaît pour la deuxième fois avec Caïn, premier fils d’Adam : « Au bout de quelques temps, Caïn offrit des produits de la terre en oblation au Seigneur. Abel de son côté offrit des premiers nés de son troupeau et de leur graisse.»

    C’est très important que le frère ainé donne du pain, du blé, et que le frère cadet offre un agneau. C’est ce que disent les rabbins, à cause du texte hébreu et des petites correspondances entre tel et tel mot. Il faudra que je vous le fasse du reste, nous le ferons, ne vous inquiétez pas, nous ferons à un moment des choses sur l’hébreu, parce que nous ne pouvons pas lire la Parole de Dieu sans l’hébreu. La première offrande qui est faite par les deux fils, c’est l’agneau, c’est le pain.

    Nous voyons bien qu’Abel, c’est l’agneau. Et comme nous le voyons dans l’Apocalypse (chapitre 5), l’agneau est éternel. L’agneau est sur le livre aux sept sceaux, dans l’Apocalypse, et le livre aux sept sceaux, c’est le livre de la prédestination éternelle, donc c’est notre finalité éternelle, l’agneau n’appartient pas au temps, ça appartient à ce que nous rejoignons dans l’éternité. L’agneau de Dieu fait le passage entre le temps et l’éternité. Et le pain c’est la terre, c’est très net, Caïn c’est la terre.

    L’un est agréé, et l’autre n’est pas agréé. Le Christ dans son Incarnation donne son Corps, et avec des supplications et des larmes, Il crie vers le Père pour être exaucé mais Il sera quand-même broyé (Hébreux, 5, 7). Mais son offrande est agréée parce qu’Il est l’agneau. Mais pour tout ce qui est du Mystère de Compassion – tous les échos de la Croix dans la sensibilité du corps humain –, Il n’est pas agréé.

    C’est la Volonté du Père que cette Croix se répande dans l’univers, et premièrement dans le Cœur de Marie, ce qui constitue le deuxième aspect du Glaive qui ferme le Paradis terrestre. Le Glaive doit pénétrer, « pertransibit Gladius » en latin : le Glaive te transpercera l’âme, de part en part ; le Glaive te traversera totalement, et de part en part. Ça, c’est le Mystère de Compassion, la Croix de Jésus, et nous avons fait ici même une retraite pendant quatre jours uniquement là-dessus, donc je n’y reviens pas.

    La Croix de Jésus l’a complètement broyée, et cette Croix de Jésus s’est répandue dans le cœur, le corps, la chair, l’âme, la sensibilité de toute l’Eglise. Nous devons pâtir le péché alors que nous ne sommes pas responsables du péché. Ça, c’est la vie chrétienne, et ça c’est l’Eucharistie. C’est l’Eucharistie qui nous le fait comprendre, à travers ce que nous venons de lire.

    Mais l’Agneau de Dieu, c’est l’Amour, parce qu’en grec agneau et holocauste c’est la même chose.
    Il y a de petits croisements prodigieux.

    En hébreux, le pain se dit lehem, LHM, tu rajoutes un vav, ça fait LHWM, la chair, et quand tu inverses LHM, tu as agneau, MHL. Ce sont de petits secrets de la langue hébreu, mais c’est pour dire toujours la même chose. Il faut tourner l’Eucharistie dans tous les sens, alors tu as la chair du Christ, tu as le pain de l’Eucharistie, et tu as l’Agneau, l’aspect trinitaire de l’Eucharistie.

    Mais en tous cas en grec, c’est l’holocauste. L’holocauste, c’est que tout est brûlé par l’Amour. Holocausta : causta, c’est le feu et holo, c’est tout : tout est tout brûlé par l’Amour. Cela c’est l’Agneau de Dieu, c’est l’Amour, l’Amour est agréé, l’Amour n’est pas supprimé, l’Amour n’est pas broyé, l’Amour au contraire a toute la victoire, par le sommet, dans l’Eucharistie.

    Nous l’avons ici : « Au bout de quelques temps, Caïn offrit des produits de la terre en oblation au Seigneur. Abel de son côté offrit des premiers nés de son troupeau et de leur graisse. Le Seigneur regarda Abel et son offrande, mais Il ne regarda pas Caïn et son offrande. »

    Vous voyez bien, c’est le point de vue du sacrifice qui est là.

    Et à travers ce sacrifice, cette oblation, ce premier des sept sacrifices de tout l’Ancien Testament, Abel, par la foi, a voulu offrir tout l’univers à Dieu. Nous offrons tout l’univers, nous avons besoin d’offrir tout l’univers à Dieu et de faire que cet univers soit brûlé par l’Amour, parce qu’il n’est plus brûlé par l’Amour.

    Et donc nous avons besoin de l’Eucharistie pour offrir dans l’Amour l’univers à Dieu, et pour que l’univers soit à nouveau brûlé par l’Amour.

    Et le monde, les animaux, les plantes, le cosmos, tout « soupire dans l’attente de la révélation des fils de Dieu » qui offrent l’univers pour que l’univers soit récapitulé dans la gloire, et ça se fait à travers un sacrifice, ça ne peut se faire qu’à travers le sacrifice de l’Eucharistie.

    Et ça implique que nous soyons broyés quant à notre ego, notre moi : à ce moment-là, l’Amour divin, l’éternité, notre unique nécessaire dans l’amour, prend toute la pâte, et c’est l’holocauste. Il faut tout brûler dans l’Amour.

    Dans son Eucharistie, nous supplions Jésus de se répandre et de prendre possession de nous et de souffler l’Esprit-Saint, de nous mettre sous le souffle de l’Esprit-Saint. Qu’il n’y ait plus que l’Esprit-Saint, qu’il n’y ait plus que l’Amour en face du Père, au cœur de l’Amour du Père.

    Ceux qui sont fils de Dieu sont mus par l’Esprit Saint. Il faut savoir, il faut apprendre à se laisser mouvoir, à se laisser porter par le Saint-Esprit. C’est de l’intérieur, c’est Jésus dans son Eucharistie qui souffle l’Esprit-Saint. Alors nous sommes sous le souffle de l’Esprit-Saint qui nous enveloppe et en même temps il y a une survenue du Saint-Esprit. Voyez l’Incarnation. C’est très très très très très très très très très silencieux.

    Et Abel avait le cœur pur. Du côté contemplatif, rien n’est abîmé. Et l’Eucharistie est pour nous enrichir par la foi, de manière que nous brûlions d’Amour par la foi. Et la foi, c’est la contemplation. La foi, que nous avions vue une des dernières fois, est une lumière surnaturelle qui est reçue dans notre intelligence contemplative. La foi n’est pas reçue dans notre cœur d’Amour, mais dans notre intelligence contemplative. Mais c’est par la foi que notre cœur peut brûler. Et là, de ce côté-là, rien n’est abîmé par le péché. L’agneau est agréé, mais pas l’offrande de Caïn.

    L’Eucharistie, nous nous en approchons avec un cœur pur, c’est-à-dire en voyant Dieu. C’est pour voir Dieu que nous vivons de l’Eucharistie. Alors ce serait très intéressant de regarder ceux qui vivent mal de l’Eucharistie. Vous relirez toute l’histoire de Caïn, et Dieu qui dit à Caïn : « Eh attention ! Fais attention ! Tu vis mal de l’Eucharistie, le démon est tapi à ta porte, tu as trop louché sur Abel, tu veux le tuer. »

    Il est curieux que le rebondissement, si nous n’avons pas compris, justement, ce lien avec la Vision béatifique, Adam, est que nous tombons dans la jalousie et que nous voulons tuer en nous la vie contemplative. C’est terrible ! Caïn et Abel sont en nous, évidemment. N’allons pas dire : « Un tel, c’est Caïn, et moi je suis Abel », non, ce n’est pas poli, ce n’est pas bien élevé, non, nous vivons dans la charité.

    Petit à petit, nous allons essayer de continuer.
    J’avais noté un autre passage pour nous : la première fois qu’apparaît le vin.

    La première fois qu’apparaît le vin dans l’Ancien Testament, c’est toujours dans le livre de la Genèse, je pense que vous le savez, après la troisième génération.

    La troisième génération du péché, c’est la corruption collective du déluge. La corruption collective du déluge vient casser l’humanité par le bas. Elle a les pieds dans la boue.

    La faute d’Eve, la première faute, était une faute par le haut : elle n’a pas cru. Saint Thomas d’Aquin dit que Eve, la première femme, a fait pénétrer en tant que médiatrice le mal, la mort, le péché en commettant une faute par le sommet, par la foi : elle n'a pas cru en Dieu. Elle a cru au serpent. C’est ce que dit la Genèse : « Parce que tu as cru au serpent, tu enfanteras dans la douleur »… donc c’est une faute contre la foi, et donc c’est l’orgueil. Quand l’intelligence s’exalte pour ne pas s’effacer et laisser l’Amour passer devant, c’est l’orgueil. La première faute, c’est par le sommet.

    Et vous voyez, la faute du déluge, c’est par le bas, nous avons les pieds dans la boue, et puis les deux mains pour offrir, faute intermédiaire.

    C’est beau, parce que nous avons les cinq plaies du Christ qui sont là. Dans l’Eucharistie, nous voyons les cinq plaies du Christ, les plaies des pieds du Christ, les plaies de ses mains et les plaies de sa tête. Les plaies de la tête, la couronne d’épine, c’est contre l’orgueil, mais elles atteignent jusqu’au Cœur, évidemment. C’est pour ça qu’il y a un lien entre les plaies de la tête et la plaie du Cœur.

    Par l’Eucharistie, Jésus atteint toutes les plaies de l’humanité, et quand nous nous nourrissons de l’Eucharistie, nous touchons toutes les plaies de l’humanité, de chaque être humain.

    Et nous voudrions rester tranquilles à nous tourner les pouces, en disant : « Après la Messe, je ne vois pas pourquoi j’ai tant de problèmes… Pourtant j’ai tout fait ! J’ai dit trois Je vous salue Marie une fois par semaine, et voilà que j’ai toutes les bignes », ou bien « Comment ça ? C'est terrible ! Je suis allé faire une retraite il y a dix ans, et voilà aujourd’hui ce qui m’arrive ! » C’est effrayant, des réflexions pareilles. « Et voilà, j’ai fait alliance avec Marie Reine, et regarde ce qui me tombe sur le crâne ! » …

    Nous avons vécu de l’Eucharistie, et donc c’est l’Agneau de Dieu qui a été agréé. Et donc l’Agneau de Dieu nous met dans un Amour suffisamment grand pour que nous puissions pénétrer tous ceux qui sont nés de la poussière et qui retournent à la poussière, et nous sommes donc collés à la poussière – il faudrait choisir d’autres mots – et nous avons notre part. C’est tout le Mystère de Compassion qui est là. Et donc c’est à nous de faire le lien entre les plaies de l’humanité et les plaies du Christ.

    Voyez le D éluge. A ce moment-là ça déborde, le Mystère est accompli, c’est du haut jusqu’en bas, plaie contre plaie.

    C'est ce que nous allons lire maintenant. Après le Déluge, Noé se retrouve sur la montagne, seul. Tous les autres sont enterrés dans la boue. Pas drôle ! Mets-toi à la place de Noé.

    Et Noé va offrir un sacrifice, le deuxième sacrifice de l’Ancien Testament. Il va offrir un sacrifice par action de grâce, et Dieu bénit Noé et ses fils.

    Puis Noé plante une vigne. Lisons-le, Genèse, chapitre 9, verset 20 et suivants :

    « Noé qui était cultivateur, » c’est normal, puisque c’est Abel qui est agréé, que ce soit du côté du cultivateur qu’il faille reprendre, « commença à planter de la vigne. Ayant bu du vin, il s’enivra. »

    Ce n’est pas de sa faute, puisqu’il ne savait pas. La première fois que tu bois du vin, tu dis : « Ah, c’est comme de l’eau ! », et tu bois, tu bois des litres, surtout qu’il faut chaud au Mont Ararat, alors tu bois du vin, tu bois du vin, tu bois du vin, et tu t’enivres. Mais ce n’est pas de sa faute, ce n’est pas volontaire, il n’y peut rien, vous comprenez bien, il n’a fait aucune faute.

    Le vin enivre, c’est extraordinaire ! Ceux qui fabriquent du vin savent ça. Il ne faut pas trop boire quand on fabrique du vin, sinon on ne peut plus le fabriquer.

    « Ayant bu du vin, il s’enivra et il se dénuda au milieu de sa tente. Alors Cham, le père de Canaan, vit la nudité de son père et il alla le rapporter dehors à ses deux frères. Alors Sem avec Japhet prit le manteau de Noé, et l’ayant mis sur leurs épaules, ils marchèrent à reculons et couvrirent la nudité de leur père. » L’Eucharistie.

    « Comme leur visage était tourné en arrière, ils ne virent pas la nudité de leur père et lorsque Noé se réveilla de son ivresse, il apprit ce que lui avait fait son plus jeune fils. »

    Vous voyez comment le vin réjouit le cœur de l’homme, et comme dit le Père Emmanuel à Montmorin : « Et n’attriste pas le cœur de la femme » ! Tout de suite, le vin est là comme une espèce de débordement. Il y a quelque chose de joyeux, et en même temps quelque chose de curieux dans le vin.

    Il y a cette image prodigieuse : la première fois que Jésus a vu une grappe de raisin. De toute éternité, Il a vu des grappes de raisin. Mais quand tout petit enfant, la première fois qu’Il a vu une grappe de raisin… il faut le faire ça, il faut y penser quand on fait les vendanges, quand on cueille les grappes de raisin. J’aime beaucoup cette image. Quelqu’un avait dessiné une très belle image où on voir Jésus qui porte la première grappe, la première fois qu’Il touche une grappe, et Il l’a pressée, et ça a giclé sur Lui. C'est beau comme image, parce que la grappe c’est Lui.

    Il faut presser de l’Eucharistie tout son jus. Comme dit saint Thomas, il y a deux choses avec l’Eucharistie : uti et frui : il faut en user et en abuser, et il faut en jouir. Uti et frui, c’est sûr, il faut utiliser l’Eucharistie. C’est plein de jus, l’Eucharistie. Si nous pressons Jésus dans l’Eucharistie, Il se répand partout.

    L’Eucharistie fait le lien, bien-sûr, entre notre mort et nos faiblesses, nos faiblesses et les faiblesses de tous les hommes, et le Salut du Christ, c’est sûr, mais il y a en même temps ce débordement d’Amour qu’exprime le vin. Ça déborde. Il faut l’utiliser, l’utiliser, et ça nous met dans une surabondance, tout le temps, jusqu’à ce que ça nous mette dans la nudité, parce que l’Eucharistie nous appauvrit, elle nous met nus, tout nus devant Dieu.

    L’Eucharistie, comme dit saint Thomas, est le Sacrement le plus méritoire de la foi. Notre foi vive, c’est-à-dire liée à la charité, ne peut pas grandir davantage que par l’Eucharistie. C’est le Sacrement le plus méritoire de la foi. Et il ne faut pas dire : « Moi je ne mérite rien », il faut faire attention.

    L’aspect du vin, c’est l’aspect du mérite, vous le sentez bien.

    Jusqu’avant, c’était la grâce. L’Eucharistie nous sauve, l’Eucharistie nous lie à la grâce, l’Eucharistie nous lie à l’éternité : c’est la grâce, c’est ce que nous avons vu jusqu’à maintenant, avec le pain. Tandis qu’avec le vin, c’est le mérite.

    Le mérite est une propriété de la grâce. Ah ! Ce serait bien qu’on ouvre une petite parenthèse, un petit nota bene. Il faut quand même savoir de petites choses.

    Il y a plein de gens qui disent – petite erreur pratique de la vie chrétienne – : « Oh moi je ne mérite pas qu’on me dise que je suis bien, non non, je ne mérite pas. » Quand nous faisons une louange, vous savez, l’un dit :
    « Vous pourriez essayer de prier pour obtenir une guérison, je compte sur vous.
    - Oh non, je ne mérite pas, je ne veux pas le faire, ce n’est pas à ma hauteur.
    - Vous devriez être un fils de Dieu, témoigner.
    - Ah non, je ne mérite pas, moi. »
    Nous avons souvent ces petites tentations. Je n’ai pas d’exemple dans la tête, il faudrait que j’en trouve un monstrueux, mais je n’en ai pas, c’est dommage. Un monstrueux, ce serait merveilleux, parce que dès qu'on a un exemple monstrueux, ça parle.

    Le mérite est une propriété de la grâce.
    C’est à cause du fidéisme qu’on veut rejeter le mérite.

    Le mérite, c’est quoi ? C’est qu’à partir du moment où nous vivons de l’intimité de l’Eucharistie, du caractère divin de l’Eucharistie, du caractère de cette mort vivante qu’est l’Eucharistie, à ce moment-là la grâce est là et nous avons un pouvoir prodigieux.

    Où la grâce est-elle reçue ?

    L’Eucharistie est source de grâce, ce que nous venons de voir. Quand nous assimilons l’Eucharistie et quand nous nous laissons assimiler par l’Eucharistie, et quand nous nous laissons prendre par le pouvoir bien nécessaire de l’Eucharistie, c’est une nourriture de nécessité pour la grâce, c’est nécessaire, nous le verrons bien par la suite, alors à ce moment-là la grâce vient dans notre âme.

    Et ici il faudrait peut-être faire encore un petit rappel.

    Notre corps, de l’intérieur, est assumé – vous voyez ce que ça veut dire, assumé ? – par l’âme. C’est l’âme en nous qui assume notre corps.

    Et quand notre âme spirituelle assume de l’intérieur notre corps, nous appelons ça la chair. La chair n’est pas le corps. La chair, c’est l’âme qui assume un corps. Comme l’eau et le vin : vous mettez le vin dans l’eau, et le vin ‘assume’ l’eau, il n’y a plus que du vin, et il y a encore de l’eau. Ça c’est la chair.

    Et il faut qu’il y ait de plus en plus de vin dans notre corps, il faut que de plus en plus que notre âme assume notre corps. Sinon, pour former une seule chair dans le mariage, nous pouvons toujours courir, nous formons un seul corps et puis c’est tout, nous sommes bien avancés. C’est par l’âme que nous vivons du mariage, ce n’est pas par le corps. C’est par la chair que nous vivons du mariage.

    Eh bien la chair, l’âme elle-même, est assumée par la grâce sanctifiante. La grâce est reçue du centre de l’âme et elle assume l’âme qui, elle, assume le corps. Quand l’âme se soude son corps pour qu’il y ait l’unité de la personne.

    Il n’y a pas de personne humaine si l’âme ne se soude pas son corps. Ça se travaille par les sept activités de l’homme, c’est un exercice : il faut s’intérioriser de manière contemplative, il faut s’intérioriser dans l’amour, il faut s’intérioriser dans la lumière, il faut s’intérioriser dans le travail, dans l’art, il faut s’intérioriser dans cette responsabilité par rapport à l’humanité, et il faut s’intérioriser par rapport à la création et à la sagesse du monde. C’est comme ça que notre âme assume notre corps et que nous devenons une personne humaine.

    Il faudrait ici que nous regardions toutes les questions de l’embryon. Est-ce que l’embryon est une personne humaine ? L’embryon n’est pas une personne humaine, précisément parce qu’il n’a pas eu le temps de réaliser les sept activités de l’homme qui permettent à son âme d’assumer pleinement son corps. La personne n’apparaît qu’à partir du moment où l’âme peut assumer librement, gratuitement, spirituellement, son corps. Donc on ne tue pas vraiment une personne humaine par un avortement, je vous le signale au passage, on tue un être humain, mais pas une personne, c’est la petite différence, il faut faire attention à ce qu’on dit.

    En tous cas, la grâce assume la personne, la grâce assume l’âme.

    Et vous comprenez pourquoi je dis l’âme et le corps. C’est très facile pour nous de comprendre ce que veut dire : l’âme se soude le corps. Quand tu aimes quelqu’un, si tu l’aimes, c’est lui que tu aimes, tu n’aimes pas son corps, et donc tu l’aimes là où de l’intérieur il assume son corps. Donc si tu aimes son corps, tu aimes son corps de l’intérieur de son corps, pas de l’extérieur, sinon ce n’est pas de l’amour, c’est de la bêtise, c’est autre chose, c’est très embryonnaire, ce n’est pas un amour personnel. Pour que ce soit un amour personnel, il faut habiter le corps de l’autre de l’intérieur par notre âme en se liant à son âme, laquelle assume son corps.

    Comme c’est facile à comprendre, puisque nous le faisons tous les jours, puisque nous sommes des personnes humaines. Nous ne sommes pas des bêtes, nous sommes des personnes.

    C’est intéressant, le vin. La grâce est reçue dans l’âme et elle assume l’âme sans supprimer l’âme, comme le vin est reçu dans l’eau et il assume l’eau sans supprimer l’eau mais en donnant à l’eau ce goût du vin. Quand vous mettez de l’eau dans du vin, ça ne prend pas le goût de l’eau, mais quand vous mettez du vin dans de l’eau, ça prend le goût du vin.

    Le Bon Dieu a fait les choses de manière extraordinaire.

    Et donc quand la grâce assume l’âme, ça prend le goût de Dieu, le goût de l’Eucharistie. Notre âme et notre corps n’ont plus une saveur humaine, sans supprimer l’humain. C’est une saveur eucharistique.

    La grâce est reçue dans l’âme. La lumière surnaturelle de la foi est reçue dans l’intelligence contemplative. Le péché a blessé notre cœur mais il n’a pas blessé notre intelligence contemplative, c’est pour cela que c’est par la foi que nous pouvons retrouver le salut. Et du coup par la foi nous atteignons l’Eucharistie, L’Eucharistie nous donne la grâce, et nous avons une nouvelle saveur de Dieu.

    Il faut petit à petit atteindre l’Eucharistie et par la grâce, nous vivons de la Vision béatifique.

    Cette espèce de dialectique du Christ est très extraordinaire !
    Elle est la réponse, une réponse qui respecte tout.

    « Noé qui était cultivateur commença à planter de la vigne. Ayant bu du vin, il s’enivra et il se mit à nu au milieu de sa tente.»

    Il faudrait rester là-dessus presque pendant les cinq conférences. C’est extraordinaire de voir ça, extraordinaire ! Il se mit tout nu au milieu de la tente. Au milieu de la tente, vous voyez ça ?

    Dans l’Eucharistie, Jésus est tout nu. La nudité du Christ, c’est qu’Il s’est dépouillé parce que dans l’Amour Il se dépouille toujours, parce que l’Amour qui est en Lui déborde.

    C’est ce que nous verrons peut-être dans le Nouveau Testament. Nous le verrons de manière beaucoup plus claire dans le chapitre, par exemple, 15 de l’Evangile de saint Jean sur la Vigne, et puis le chapitre qui concerne le Paraclet, l’Esprit-Saint, chapitre 17 de l’Evangile de saint Jean où Jésus demande de déborder : l’enivrement dans sa chair.

    « Noé qui était cultivateur commença à planter de la vigne. Ayant bu du vin, il s’enivra et il se découvrit au milieu de sa tente. »

    Vous sentez bien que quand nous lisons la Parole de Dieu, nous ne percevons pas tout ce qu’il y a derrière. Nous savons qu’il y a beaucoup de choses derrière une petite phrase comme ça.

    « [Question inaudible d’un auditeur]
    - La tente, il est à l’intérieur.
    - [Inaudible]
    - Jusqu’à maintenant, le pain, c’est la nécessité. Je vous donne la petite clé, c’est qu’ici, de l’intérieur de la tente, c’est-à-dire sous les espèces de l’Eucharistie, du pain, du Corps du Christ broyé, sacrifié, immolé, dans l’intérieur, Il spire l’Esprit Saint, c’est l’enivrement.

    Dans l’Eucharistie, nous vivons du Corps du Christ dans l’état où Il est actuellement, or Il est dans un état de jubilation et de gloire et Il spire l’Esprit Saint. Nous allons essayer de voir ça.

    Le pain et le vin, c’est extraordinaire !

    Bon, il faut que nous avancions.

    Tout de suite après, il va y avoir, après cette première alliance… La première alliance était avec Adam au fond. Dieu a dit : « Ecoute, nous allons faire une alliance, avec la peine, et la pénitence, et le travail, tu vas fournir une descendance qui écrasera un petit peu tout ça.

    Deuxième alliance : Noé. Une alliance par rapport à l’humanité tout entière, l’humanité pécheresse.

    Troisième alliance, c’est Abraham : alliance dans la foi.

    Sans l’Eucharistie, nous ne pouvons pas pénétrer dans la foi, et sans la foi, nous ne pouvons pas pénétrer dans l’Eucharistie.

    Or l’Eucharistie…

    Nous allons lire tout de suite, parce que si je fais le commentaire avant de lire, ce n’est pas bien. Je suis toujours pressé, c’est normal, fusée du Saint Esprit. Mais le risque, c’est que quand il y a un coup de frein dans la fusée, les wagons de derrière passent devant.

    D’abord, Abraham rencontre Melchisédech, chapitre 14, versets 17 et suivants. Alors ça, c’est très très bien :

    « Comme Abram revenait vainqueur de Chodorlaomor et des rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome sortit à sa rencontre dans la vallée de Savé, la vallée du roi. Melchisédech, roi de Salem, apporta du pain et du vin. Il était prêtre du Dieu très haut. Il bénit Abram et dit : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut qui a créé le ciel et la terre, béni soit le Dieu très-haut qui a livré tes ennemis entre tes mains ». Et Abram lui donna la dîme de tout. »

    Melchisédech, Roi de Salem, apporta du pain et du vin. Vous voyez bien que pour la première fois dans la Bible, nous trouvons le pain et le vin ensemble. Nous trouvons le pain et le vin ensemble pour la première fois ici.

    Il a fallu qu’Abraham attende soixante-dix ans de vie pénible, ardue, sous un soleil ardent, avec des troupeaux et des bêtes, et des gens qui l’accompagnaient presque aussi stupides que ses troupeaux. Il a fallu qu’il attende presque soixante-dix ans pour que Dieu lui dise : « Abram, Abram »…

    Et avec une femme qui n’était pas commode, parce que Sarah, elle était difficile à vivre, donc Abraham était très très patient. Vous verrez vous-mêmes, en lisant, que Sarah n’était pas commode. On donne souvent le nom au bout d’un certain temps aux femmes. Saraï, ça vient de la guerre, en hébreu, se battre, l’agressivité, avec un yod à la fin, pour montrer que c’est au sommet, presqu'infini. C’est une guerre qui enfante la guerre. Vous savez, il y a des femmes comme ça. Ce n’est pas drôle d’être marié avec Sarah. Si vous trouvez que c’est drôle... moi, je ne préfère pas. Abraham était très patient.

    Et au bout d’un certain temps, lui qui était un adorateur selon l’adoration de la pénitence, l’adoration d’Abel, l’adoration de Noé, il entend la Voix : « Abram, Abram, quitte ton pays et vas vers le pays que je te montrerai.»

    Et Abraham à partir de ce moment-là est rentré dans la foi. Il a fallu attendre l’âge de soixante-dix ans pour qu’il devienne le grand Patriarche et la source de la foi dans tout l’univers.

    - A partir de quel moment ?
    - Soixante-dix ans. Il a fallu attendre. Et donc il a obéi à Dieu, et comme dit l’épître aux Hébreux, il a obéi à cette Parole par la foi.

    - [Question inaudible d’un auditeur]
    - Non, pour l’instant je parle d’Abraham, je dis pourquoi Abraham est intéressant. Abraham est intéressant parce qu’il est le patriarche et le père de la foi. Et il a commencé à avoir la foi à l’âge de soixante-dix ans.

    Il a fallu pour ça que Dieu se révèle et qu’Il parle, et qu'Abraham obéisse à la Parole de Dieu.

    La foi consiste à écouter, avec la patience extraordinaire de l’Adoration, et à attendre que Dieu parle.

    Nous lisons la Bible jusqu’à ce qu’Il nous parle, nous écoutons l’Esprit-Saint qui parle.
    Il faut pour ça que l’Esprit Saint souffle doucement.

    Il faut que nous nous calmions, il faut que nous devenions un petit peu plus subtils dans notre intelligence et notre cœur, un petit peu plus agiles dans notre âme, un petit peu plus reposés dans l’amour, un petit peu plus lumineux dans notre intériorité, quand nous lisons la Parole de Dieu, quand nous nous approchons de l’Eucharistie, alors à un moment Dieu nous parle, la Bible nous parle, et nous obéissons par la foi.

    Et nous comprenons que Dieu nous demande de tout quitter, tout, toutes nos sécurités humaines : « Quitte ton pays et vas vers la terre promise, la terre que je te montrerai. »

    La terre promise, c’est le Christ. Tous les pères de l’Eglise sont d’accord pour dire que la terre promise, c’est le Christ. Il est notre terre.

    Aujourd’hui, nous pouvons dire : c’est l’Eucharistie, c’est notre terre promise : « Vas vers l’Eucharistie, vas-y, et tu obéis, tu te laisses prendre. »

    Eh bien, pour la première fois, comme c’est curieux, celui qui rentre et devient source de la foi pour toute l’humanité… C’est prodigieux ça, il faut faire le parallèle avec la Vierge, il y a un parallèle à faire entre Abraham et Marie, puisque la mère dans l’ordre de la foi pour le Nouveau Testament, c’est Marie, et le père dans l’ordre de la foi pour toute l’alliance, Ancien et Nouveau Testaments, c’est Abraham. Donc c’est quand même énorme, Abraham : il est le père de la foi.

    Et alors, du coup, apparaît Melchisédech. Alors je crois qu’il faut quand-même que je réfère au chapitre 7 de l’Epître aux Hébreux pour voir un petit peu qui est Melchisédech, parce que c’est trop important.

    Epître aux Hébreux, chapitre 7, verset 1 : « Ce Melchisédech, roi de paix, prêtre du Dieu très-haut »

    C’est extraordinaire : prêtre du Dieu très-haut, alors qu’il n’y avait pas la foi. Qu’est-ce que c’est que ce Melchisédech qui nous sort de derrière les fagots ? Nous n’en entendons jamais parler. Les seuls endroits où nous en entendons parler, c’est là, dans la Genèse, et dans l’Epître aux Hébreux. Qu’est-ce que c’est que ce Melchisédech ?

    « Ce Melchisédech, roi de paix, prêtre du Dieu très-haut, qui vint à la rencontre d’Abraham à son retour de la défaite des rois, le bénit, et à qui Abraham donna la dîme de tout le butin ; qui est d’abord, selon la signification de son nom, roi de justice ; ensuite roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix ; qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n’a ni commencement de jours ni fin de vie, et qui est ainsi devenu semblable au Fils de Dieu, ce Melchisédech demeure prêtre pour toujours. »

    Vous voyez bien, cet homme qui est Melchisédech, n’a ni origine ni fin et il est prêtre pour toujours.

    Il faut faire le lien entre Melchisédech et Abel. Abel a été agréé, et du coup il est mort, et du coup il y a Melchisédech.

    Du coup, à cause d’Abel, il y a la possibilité qu’il y ait comme une espèce d’apparition de l’Agneau, cette apparition du caractère éternel, sans fin, du sacrifice, de l’oblation, de l’Eucharistie.

    Sans l’Eucharistie, il ne peut pas y avoir la foi. Et c’est pourquoi Melchisédech se présente à Abraham et il donne le pain et le vin.

    Il ne peut pas y avoir ce lien direct et visible dans le temps avec l’Incarnation et avec la Très Sainte Trinité, sans la foi.

    La foi implique que nous nous accrochions aux deux colonnes de notre foi. Les deux colonnes de notre foi sont la Très Sainte Trinité et l’Incarnation. Voilà les deux colonnes de notre foi, les deux jambes sur lesquelles nous courons pour aller vers l’Eucharistie : l’Incarnation, la Très Sainte Trinité.

    Nous l’avons ici avec Abraham, et nous reviendrons là-dessus, parce que c’est très important. L’Eucharistie nous permet de courir dans la Très Sainte Trinité sur le pas droit, et sur le pas gauche dans l’Incarnation. Et il faut s’habituer à courir très vite.

    Vous voyez bien qu’Abraham a reçu la visite des trois anges au pied du chêne de Mambré. Sans la Révélation de la Très Sainte Trinité, sans la Révélation de l’Eucharistie, il n’y a pas la foi. C’est quand-même assez extraordinaire de voir ça.

    « Melchisédech, roi de Salem, apporta alors du pain et du vin. »

    Voyez comme c’est fort ! Il ne peut pas y avoir de fécondité, de paternité dans l’ordre de la vie, de la grâce, sans l’Eucharistie, sans les sacrements.

    Il me reste combien de temps ?
    Il me reste un quart d’heure.

    Sans les sacrements, il ne peut pas y avoir de fécondité. Abraham est père de la foi par l’Eucharistie, et donc il peut féconder la foi parce qu’il a été en contact par un signe, le signe de Melchisédech, et par un autre signe, la Très Sainte Trinité, le pain et le vin, avec l’Incarnation, avec la Très Sainte Trinité.

    Il faudrait voir toutes les inclusions, les exclusions des textes, il faudrait voir tout ça pour voir à quel point ce pain et ce vin, dans cette rencontre entre Melchisédech et Abraham, comment ce pain et ce vin représentent l’Incarnation et la Très Sainte Trinité en une seule réalité. C’est quand-même prodigieux !

    Je termine, parce qu’il me reste très peu de temps, je termine avec Abraham.

    Il faut quand-même avoir lu le chapitre 18 pour voir cette visite à Abraham :

    « Le Seigneur apparut à Abraham aux chênes de Mambré, comme il était assis à l’entrée de la tente pendant la chaleur du jour. Il leva les yeux et il regarda. Et voici que trois hommes se tenaient debout devant lui. Dès qu’il les vit, il courut de l’entrée de la tente au-devant d’eux et s’étant prosterné dans la terre, il dit : « Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas je te prie loin de ton serviteur. Permettez que l’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds, reposez-vous sous cet arbre. Je vais prendre un morceau de pain et vous fortifierez votre cœur et vous continuerez votre chemin, car c’est pour cela que vous avez passé devant votre serviteur. »

    C’est quand-même assez fort ! J’espère que je n’ai pas besoin de commenter, j’espère que petit à petit vous sentez ça. Petit à petit le Saint-Esprit nous aide.

    Abraham a reçu de Melchisédech l’Incarnation, il s’est mis à la sortie de sa tente. Nous l’avons compris maintenant, la tente, c’est la chair du Fils de l’homme qui garde et qui cache le Père et la Spiration de l’Esprit-Saint. Il s’est mis à la sortie de la tente et il regarde.

    Le Christ dans sa Résurrection vit de la Très Sainte Trinité. Il regarde et il voit la Très Sainte Trinité, il voit les Trois Hommes.

    L’Eucharistie est cette espèce d’extraordinaire lucarne pour contempler la Très Sainte Trinité.

    Et comme il a reçu l’Eucharistie de Melchisédech, et qu’il vit de l’Incarnation…

    Vivre de l’Incarnation, c’est quoi ? Par l’Eucharistie, nous vivons de l’Incarnation. C’est-à-dire que l’Eucharistie assume la grâce de l’intérieur, et – évidemment, vous le savez, c’est toujours cinq – la Très Sainte Trinité assume l’Eucharistie de l’intérieur.

    Vous commencez à en avoir l’habitude, avec l’induction de l’acte, les cinq modalités de l’acte, c’est normal qu’il y ait cette cascade de perfections.

    Esse, bonum, verum, vita, et devenir, les cinq modalités de l’acte d’Aristote.

    Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, il faut avoir fait l’induction de l’acte d’Aristote, Livre Thêta de la Métaphysique d’Aristote. Nous le ferons, ne vous inquiétez pas, je crois que c’est important.

    C’est à cause de ça que la Vierge Marie nous enseigne, par exemple, la Sponsalité. Nous avons fait la première année une retraite ici, au cours de laquelle avons regardé la Sponsalité, et nous avons montré que la Vierge Marie vivait de cinq perfections en tant que femme mariée dans son corps. Elle s’est mariée cinq fois.

    Quand Jésus dit à la Samaritaine : « Tu as eu cinq maris », à qui Jésus pense-t-Il ? C’est pour ça qu’il y a cinq sponsalités mariales, il y a cinq grandes spiritualités dans la sponsalité, grâce au Mystère de l’Immaculée Conception. Le Mystère de l’Immaculée Conception est une perfection dans l’ordre de l’être. On appelle acte toute perfection dans l’ordre de l’être, et l’acte a cinq modalités.

    Et vous croyez que l’Eucharistie n’est pas une perfection dans l’ordre de l’être ? C ’est une transsubstantiation.

    Si je ne suis pas une personne humaine, comment la grâce pourra-t-elle assumer ma personne ?
    Et si je n’ai pas la grâce ? Il faut avoir la grâce pour recevoir l’Eucharistie. Et si je n’ai pas la grâce, comment l’Eucharistie va-t-elle assumer cette grâce pour me faire vivre de l’Incarnation, ce que fait Abraham ici ?

    Abraham a vu Melchisédech, il a reçu, et il a donné la dîme, ça veut dire qu’il a tout donné, il a reconnu que c’était au-dessus de tout, que c’était la Présence de Dieu. Et du coup, vivant de l’Eucharistie, il peut contempler la Très Sainte Trinité et il peut La recevoir.

    Voilà ce qu’il y a derrière ce petit passage : « Abraham était sorti à l’ouverture de sa tente ».

    Il y a à manger dans l’Ecriture, ne vous inquiétez pas.
    On ne perd jamais son temps en lisant l’Ecriture, jamais.
    On perd son temps en lisant autre chose, sans faire de liste…

    « Il leva les yeux et il regarda. Et voici que trois hommes se tenaient debout devant lui. Dès qu’il les vit, il courut de l’entrée de la tente au-devant d’eux et s’étant prosterné dans la terre »

    Dans l’humilité. La terre, c’est l’humilité. Quand nous lisons dans l’Apocalypse : « La terre est venue au secours de la femme », c’est l’humilité.

    Il faut avoir l’humilité d’être réaliste. C’est pour ça qu’il faut faire de la philosophie réaliste. La philosophie réaliste, à partir de l’expérience, l’être, ce que demandait le Pape Jean-Paul II à tous les jeunes. Il faut faire la philosophie de l’être, de ce qu’il y a de plus concret, à partir de l’expérience. Alors nous devenons humbles devant la vérité, parce qu'elle est réelle.

    Nous ne nous prosternons pas devant des idées. Si tu vois quelqu’un qui se prosterne devant des idées, tu peux lui donner un coup de pied aux fesses.

    J’avais eu des tentations comme ça quand j’étais au Sahel, quand je voyais les musulmans, parce que je les connaissais, et quand je voyais que l’un d’entre eux faisait ça uniquement à cause de ses idées, pour avoir raison. Quand je lui disais : « Dis donc, tu n’as pas beaucoup travaillé aujourd’hui », il disait : « Je n’ai pas le temps de travailler », il se mettait tout de suite à genoux, il se prosternait. Et j’avais envie de lui donner un coup de pied aux fesses, parce qu’à ce moment-là il se prosterne devant son idée, pour préserver son idée, ce n’est pas réel. On voit ça dans Tintin, et il a raison, le Capitaine Haddock, à ce moment-là.

    On ne se prosterne pas devant ses idées. On ne s’humilie pas dans une idéologie, dans une idéologie on s’exalte. Il faut bazarder les idéologies.

    « Ah, je ne veux surtout pas lui dire ça, ça risque de le blesser.
    - Mais si c’est vrai, ça ne peut lui faire que du bien, ça mettra du temps. Tout de suite il réagira mal, d’accord, il te donnera une claque, ça ne fait rien, si ça lui fait du bien. »

    C’est extraordinaire, il faut voir ça, Abraham court dès que le Saint-Esprit est là. « Courons, courons, courons », comme dit le Cantique des Cantiques (1, 4). C’est là qu’il faut lire le Cantique des Cantiques : nous courons vers la Très Sainte Trinité, nous allons partout partout partout dans l’amour, c’est merveilleux. Et il dit :

    « Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas je te prie loin de ton serviteur. Permettez que l’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds, reposez-vous sous cet arbre. » L’eau, la grâce ; l’arbre, c’est la croix.

    « Et je vais prendre un morceau de pain », c’est l’Eucharistie, « vous fortifierez votre cœur », c’est l’Esprit Saint, « et vous continuerez votre chemin », c’est la récapitulation et l’envoi de l’Esprit Saint dans l’univers, « car c’est pour cela que vous avez passé devant votre serviteur. »

    Dieu a besoin de nous dans l’Eucharistie. Nous avons reçu l’Eucharistie, Il a besoin de nous, et Il passe pour ça. Quand Dieu nous donne une grâce, c’est pour aller à l’Eucharistie, pour donner à travers l’Eucharistie toutes les souffrances du monde, et permettre qu’il y ait l’Esprit Saint qui se répande. C’est prodigieux vous savez ça, prodigieux !

    « Alors ils répondirent » La traduction de Crampon ne me plaît pas du tout parce qu’il y a marqué « ils répondirent », au pluriel. En fait, c’est « il répondit », au singulier. Ils sont trois et Un.

    « Alors il répondit : « Fais comme tu l’as dit. »

    La parole de la foi est quelque chose d’extraordinaire.

    Est-ce que j’ai encore cinq minutes ? Ce n’est pas sûr !
    - Deux minutes.
    - Deux minutes, eh bien nous allons essayer.

    Passage suivant pour Abraham : Genèse 21, verset 14.

    Isaac est né. La servante Agar avait un petit garçon qui s’appelait Ismaël. Ismaël était plus grand qu’Isaac, alors si Isaac faisait l’imbécile, Ismaël lui donnait une… Alors Sarah n’était pas contente. Elle n’était pas commode, Sarah, je vous l’ai dit, et donc elle prenait n’importe quel prétexte pour casser la tête à Abraham – c’est l’expression de l’Ecriture : « Elle casse la tête à Abraham » – afin qu’il renvoie Agar et Ismaël, et Abraham est obligé d’obéir.

    Pourtant c’était un enfant de la promesse, c’est Dieu qui avait dit : « Tu auras un fils ». On avait fait comme ça, avec Sarah, et du coup il y avait eu le petit Ismaël. C’était l’enfant de la promesse, le premier enfant, ça venait de Dieu, il était son fils.

    Comme dit le père Marie-Do : « Pour Sarah il est un étranger, mais pour Abraham il est un fils. » Pour Abraham les deux enfants qui jouaient sur le sable étaient deux frères, mais pour Sarah ils étaient deux ennemis, deux étrangers. Sarah, c’est la guerre.

    « Dieu dit à Abraham : « Que cela ne déplaise pas à tes yeux à cause de l’enfant et de ta servante. Quoi que Sarah te demande, consens-y, car c’est d’Isaac que naîtra la postérité qui portera ton nom. Néanmoins du fils de la servante je ferai aussi une nation, parce qu’il est né de toi. »

    C’est de ce passage-là que vient la parole bien connue : « Ce que femme veut, Dieu le veut. »

    « Alors Abraham s’étant levé de bon matin, prit du pain. »

    Nous en sommes au chapitre 21, je n’ai pas sauté un seul passage sur le pain.

    L’Eucharistie apparaît ici avec Abraham – l’Eucharistie apparaît trois fois avec Abraham –, le pain qui nourrit la dimension de l’image de Dieu en nous, et qui permet à la Très Sainte Trinité d’être consolée de trouver un corps dans l’Eglise.

    Jésus a trouvé un corps dans le sang de la Vierge Marie, et la Très Sainte Trinité trouve un corps à travers l’Eglise. Nous donnons quelque chose à Dieu, c’est ce que nous avons vu au passage précédent.

    « Alors s’étant levé de bon matin, Abraham prit du pain et une outre d’eau, et il les donna à Agar et les mit sur son épaule. Il lui remit aussi l’enfant et il la renvoya. Elle s’en alla errant dans le désert de Beersheba. Quand l’eau qui était dans l’outre fut épuisée, elle jeta l’enfant sous l’un des arbrisseaux et elle s’en alla s’asseoir vis-à-vis de lui, à une portée d’arc, car elle disait : « Je ne veux pas voir mourir l’enfant. » Elle s’assit donc vis-à-vis de lui, éleva la voix elle-même et elle pleura. Et Dieu entendit la voix de l’enfant. Alors l’Ange de Dieu appela du ciel Agar en disant : « Qu’as-tu Agar, ne crains pas car Dieu a entendu la voix de l’enfant dans le lieu où il est. Lève-toi, relève l’enfant, prends-le par la main, car je ferai de lui une grande nation. » Et Dieu lui ouvrit les yeux, et elle vit un puits d’eau. Elle alla remplir l’outre d’eau et donna à boire à l’enfant. Dieu fut avec l’enfant et il grandit, il habita dans le désert et devint un tireur d’arc. Il s’installa dans le désert de Pharan et sa mère prit pour lui une femme du pays d’Egypte. »

    Et à partir de l’Egypte, il va y avoir le deuxième grand volet sur l’Eucharistie, ce que nous verrons la prochaine fois.

    Ici, vous sentez bien avec la voix de l’enfant dans le désert, le cri de l’enfant dans le désert, le cri de soif de l’enfant dans le désert : « Donne-moi à boire ! », comment l’Eucharistie est pour rassasier notre soif d’amour, c’est évident, notre surabondance, mais qu’en même temps – c’est exactement l’inverse d’une certaine manière – pour permettre cela l’Eucharistie, c’est Jésus qui s’anéantit dans un désert où Il crie de soif sans arrêt.

    Il est dans la Gloire dans son Corps, dans sa nature humaine, mais il a voulu l’Eucharistie pour que son cri de soif, à travers les tabernacles de pierre et bois – quand on dit que quelqu’un est de pierre et de bois, vous voyez ce que ça veut dire – soit la seule réponse à son cri.

    Il faut courir bien-sûr au devant du Christ et de Jésus dans l’Eucharistie, mais nous oublions toujours qu’à travers l’Eucharistie, c’est Jésus qui court vers nous.

    Nous disons souvent : « Chaque fois que vous passez devant une église, rentrez donc saluer le Saint-Sacrement, allez donc épancher un petit peu votre soif, ça vous fera du bien » et nous oublions qu’à chaque fois que nous passons devant une église, que ce soit en train, en avion, à bicyclette ou à pied, à chaque fois que nous passons devant une église c’est Jésus qui court nous visiter et qui crie de soif.

    Il est venu dans un désert, Il crie de soif, et Il veut s’emparer de nous. Il faut Lui permettre de se nourrir de nous, de s’emparer de nous et de nous étreindre. Il a soif.

    A chaque fois que nous passons devant une église, nous ne le voyons peut-être pas, mais ici la Bible nous le montre, Jésus court vers nous, Il nous étreint et nous dit : « J’ai soif » (Jean, 19, 28).

    Il dit : « J’ai soif », parce qu’il n’y a pas d’eau.

    Tandis que si nous sommes attentifs à nous laisser prendre par l’Eucharistie à chaque fois que nous passons, adoration en esprit et en vérité, à ce moment-là c’est extraordinaire de comprendre que l’Eucharistie est ce cri de soif de l’enfant dans le désert, rejeté, rejeté par le croyant, Abraham le croyant.

    Il y a cette espèce de cri de soif incessant. Nous n’avons jamais fini de nourrir la soif d’amour du Christ dans l’Eucharistie.

    Nous voyons donc à travers tous ces passages que nous avons lus sur la Genèse que l’Ancien Testament contient tout un enseignement sur l’Eucharistie, sur la Très Sainte Trinité, sur la grâce.

    Evidemment, les juifs de l’époque ne pouvaient pas le comprendre. Mais c’est l’Esprit-Saint qui a tout marqué, lettre après lettre, événement après événement, pour nous préparer à l’Eucharistie.

    C’est pourquoi l’Ancien Testament est quelque chose de très extraordinaire pour nous. Les Mystères les plus saillants de la sainteté, de la progression dans la foi, l’espérance et l’amour, sont marqués de manière beaucoup plus explicite dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau.

    Vous voyez bien comme c’est difficile de lire l’Eucharistie dans le Nouveau Testament. Tous ces aspects sont présents dans l’Ancien Testament. Ils sont présents aussi dans le Nouveau, il y a tout dans l’Evangile, mais dans l’Evangile c’est fait d’une manière un petit peu plus directe. Dans l’Ancien Testament, il y a plus de symboles.

    Je vous ai toujours dit que quand nous lisons l’Ecriture, dès que nous voyons un symbole, c’est relatif à une fonction de l’Eucharistie, à une fonction d’une personne humaine. Et plus les symboles sont grossiers, plus ils expriment des Mystères très très très profonds.

    Et c’est pour ça, je vous disais tout à l’heure : d’abord la foi, l’intelligence (péché d’Adam), puis les mains, puis les pieds dans la boue.

    Je crois que c’est ça, le passage de l’Ancien au Nouveau Testament, c’est qu’on commence par le sommet dans l’Ancien Testament, et on arrive à la fin avec les pieds dans la boue. Jésus est venu pour les gens bouchés.

    Mais dès qu’on a un petit peu de délicatesse, il faut venir dans l’Ancien Testament pour rentrer dans les grands Mystères à la lumière, bien-sûr, de la foi plénière, à la lumière de la foi de la Vierge Marie.

    Je vous salue Marie, pleine de Grâce, le Seigneur est avec vous
    Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
    Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
    Amen


    3. De Joseph au prophète Elie

    « Ô Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs
    Ô Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs
    Prends-les, brûle-les dans Ton Amour
    Ô Esprit du Dieu vivant, viens brûler nos cœurs »

    « Que l’Esprit-Saint, le Père des pauvres,
    illumine notre cœur et notre intelligence
    pour nous conduire à la Vérité tout entière »

    « Notre Dame du Très Saint Rosaire, priez pour nous »

    Si vous avez des questions à poser, vous me les posez sans difficulté, vous me mettez un petit papier : « Je ne comprends… », « J’aimerais que vous me précisiez ça ou ça ». Donc n’hésitez pas, faites-le, ça aide beaucoup celui qui parle.

    On m’a posé deux questions :

    « Comment faire pour que l’âme assume le corps ? », donc nous allons reprendre.

    Et puis : « Vous avez parlé du mérite mais je n’ai pas bien compris. » Effectivement, j’ai un petit peu débordé sur le mérite, j’ai démarré sur le mérite et puis j’ai reculé parce que nous n’aurions pas eu trop le temps de parler du mérite et de la grâce.

    Voilà donc les deux questions.
    C’est bien, ce sont deux questions qui se suivent.

    Le mérite est une propriété de la grâce.
    Le mérite est le fait que si nous vivons de l’Eucharistie par la grâce…

    Si nous sommes dans la grâce nous vivons de l’Eucharistie, vous comprenez bien, parce que si nous avons la grâce sanctifiante dans notre âme, c’est que nous sommes collés réellement, physiquement, au sacrement.

    Et tous les sacrements participent réellement à l’Eucharistie – il y a des vases communicants entre les sacrements, donc par chaque sacrement nous touchons physiquement l’Eucharistie, et le sommet, c’est l’Eucharistie.

    Dès que nous rejoignons en nous le caractère du Baptême, nous touchons l’Eucharistie. La grâce nous met en contact avec l’Eucharistie, c’est-à-dire avec ce Corps de Jésus donné en nourriture, ce que nous verrons.

    Et par conséquent, si la grâce fait que Jésus prend tout en nous, nous pouvons ou bien faire, si nous ne faisons pas l’adoration en esprit et en vérité, que Jésus ne brûle pas l’univers et ne sanctifie rien dans l’univers, ou bien faire qu’au contraire, par notre foi, notre charité et notre adoration en esprit et en vérité, Jésus prenne sa prise sur le monde et sur nous.

    Et ceci dépend de notre volonté, de notre liberté.

    Voyez ce que nous lisions : la Très Sainte Trinité est là, Abraham reconnaît : « C’est pour cela que vous avez passé devant votre serviteur » (Genèse, 18, 5).

    La Très Sainte Trinité nous apparaît à travers l’Eucharistie pour que par la grâce nous puissions mériter. Bien-sûr, c’est du fait de la grâce, mais néanmoins ça ne supprime pas notre volonté. Il faut que la grâce soit coopérante, nous coopérons, c’est nous, c’est notre cœur d’homme, c’est notre corps, c’est notre personne qui pose cet acte. Nous sommes des saints dès que nous avons la grâce sanctifiante.

    « Ah non non non, je ne suis pas un saint ! Moi, les mérites… Je ne suis pas un saint.
    - Est-ce que tu as la grâce sanctifiante oui ou non ? Est-ce que tu vis des sacrements oui ou non ? Si tu vis des sacrements, la grâce est là et tu peux quand tu veux faire que Jésus qui est là souffle cet Amour prodigieux, indicible, très extraordinaire, qui fait qu’Il peut se répandre et prendre sa prise selon sa Soif. Ça dépend de nous. Si nous ne le faisons pas, nous ne le faisons pas, ça tient à nous. Si nous le faisons, ça tient à nous aussi, et donc nous aurons la récompense, parce que nous le méritons. C’est bien nous qui le faisons, nous sommes des saints. »

    Luther refuse ça. Le Pape Paul VI, lors d’une très grande réunion de théologiens à Rome, avait dit sans aucune hésitation : « La plus grande détresse du monde d’aujourd’hui est que dans l’Eglise catholique on vive la foi comme un fidéisme. » C’est à cause du fidéisme que nous refusons le point de vue du mérite, je vais vous expliquer pourquoi.

    Le fidéisme est la foi protestante qui dit que nous pouvons faire confiance à Jésus qui nous recouvre de son Sang précieux, comme ça nous avons un habit blanc, mais nous ne sommes pas changés, la grâce sanctifiante n’a pas transformé notre pâte, et quand nous posons un acte intérieur, c’est toujours un acte pécheur. Voilà ce que dit Luther. Les seuls actes du chrétien consistent à faire confiance à Jésus qui nous sauve extérieurement, qui nous prendra quand même.

    Mais non : Jésus met la grâce dans le centre de notre âme, là où l’âme, l’esprit et le corps se nouent pour constituer la personne et la grande liberté de l’Amour et du Don. Evidemment c’est très profond.

    Luther n’était pas assez profond sans doute pour atteindre la grâce à ce degré de profondeur. Pourtant la grâce était là chez lui, certainement. Pas à partir du moment où il a abandonné le Sacerdoce, l’Eucharistie, les sacrements, non. Luther avait répondu : « Hélas, hélas, il est trop tard ! ». A partir du moment où l’on vit hors de l’Eucharistie, on se débranche de la grâce, c’est sûr. Il ne faut pas défroquer, et la première manière de défroquer c’est de ne plus vivre de l’Eucharistie.

    Le fidéisme consiste à croire de manière un peu extérieure.

    La foi est quelque chose de très profond, et de très réel, qui fait que nous pouvons quand nous le voulons faire un acte de sainteté. Nous pouvons être un saint quand nous voulons si nous avons la grâce.

    Et donc à celui qui dit : « Ah non, moi je ne suis pas un saint », je dis : « Espèce de menteur ! Quand la grâce est là, qu’est-ce qui est le plus important, la grâce ou toi ? La grâce t’est donnée, tu en fais ce que tu veux, et tu l’utilises, et tu en jouis, et tu en fais jouir l’univers, uti et frui de saint Thomas, quand tu veux. C’est toi, c’est personne d’autre, ça t’est remis à toi. »

    Dieu s’est donné complètement, Il s’est livré. Voyez Marie qui porte le Cadavre du Christ au pied de la Croix, elle offre les dernières gouttes d’Eau et de Sang, c’est tout ce qu’elle fait, elle peut le faire.

    Elle aurait pu dire : « Moi je ne suis pas prêtre pour offrir au Père le Corps cadavérique du Christ, les dernières gouttes d’Eau et de Sang, la Blessure du Cœur, la seule qui soit mortelle, et en plus l’Esprit-Saint qui sort du Cœur du Christ. Moi je ne peux pas. Mon Fils oui, moi non. »

    Jésus lui a été donné dans l’Eucharistie.

    Mériter, c’est de ne pas hésiter à faire des actes d’adoration chrétienne, à faire que ce soit Jésus en nous, par nous, dans notre peau, qui adore le Père et qui donne tout au Père.

    Et vous voyez bien la correspondance, l’unité de l’âme et du corps.
    Comment notre âme va-t-elle se souder de plus en plus un corps ?
    C ’est en faisant un acte d’adoration naturel.

    C’est facile. Nous vivons très intérieurement ce fait que nous existons et que nous dépendons de l’unique nécessaire qui est Dieu. Nous dépendons totalement de Lui, Il est notre unique nécessaire.

    Il est notre unique nécessaire et Il est l’unique nécessaire pour Lui, Il est à Lui-même l’unique nécessaire.
    Dieu subsiste par Lui-même, Dieu existe par Lui-même.

    Le fait de vivre, pour Lui, et le fait d’exister, c’est la même chose, tandis que pour nous c’est différent.
    L’être et la Vie, c’est la même chose en Dieu. Pour nous, non. Nous, nous vivons. Ta vie, ton être n’est pas nécessaire, ce n’est pas nécessaire que tu existes ; moi non plus.

    Ce n’est pas comme disait Michel Rocard, ce n’est pas du tout parce que tu es une femme et que les femmes n’ont pas d’âme ! Il disait que l’Eglise catholique, à un moment, disait que les femmes n’avaient pas d’âme. Ce pauvre homme a dit ça en pleine tribune en tant que premier ministre. Il faut être complètement givré !

    Je vous signale d’ailleurs, quand vous regardez la télévision, faites attention. On a tellement décrié l’Inquisition que maintenant vous ne pouvez pas voir un film sur le Moyen-âge ou la Renaissance sans voir qu’on brûle une sorcière, vive de préférence.

    Comptez, dans l’histoire, combien de fois on a brûlé une sorcière vive. Je peux vous dire que ce n’est pas souvent. On brûlait éventuellement les corps de ces malheureuses après qu’elles étaient mortes. C’est une manière de dire : « Ecoute, ne mets pas des malédictions et des poupées comme ça ! ». Sinon, on leur mettait un signe d’infamie qu’elles devaient porter à titre de pénitence.

    Il faut faire attention, on a tellement répété par une idéologie de haine contre la vérité de l’histoire de l’Eglise ! C’est invraisemblable, ce mensonge prodigieux !

    L’Eglise a inventé les hôpitaux, l’Eglise a inventé le soin des malades, l’Eglise a inventé aujourd’hui les mouroirs, l’Eglise a inventé les écoles.

    L’Eglise a aussi inventé la justice, c’est-à-dire qu’on ne condamne pas quelqu’un si on n’a pas la preuve absolue de sa culpabilité et sa nocivité mortelle pour la société. Avant, il n’y avait pas de justice, il n’y avait pas de jurés, ça n’existait pas, pas besoin de faire la preuve. La justice existe uniquement à cause de l’Eglise, ça s’appelle l’Inquisition. Sans l’Inquisition, il n’y aurait jamais de justice, on pourrait punir tous les innocents sans problème.

    L’Inquisition est un des plus grands apports de l’Eglise à la société humaine. Il ne faut pas dire qu’on a brûlé sur le bûcher… Vous me direz : « Oui mais on a brûlé Jeanne d’Arc quand-même ! ». Mais attention, Jeanne d’Arc, c’était politique, uniquement.

    - Mais à l’Inquisition, c’était politique aussi.
    - Voilà !, ça y est ! ... Nous y reviendrons une autre fois. Vous viendrez me voir, je vous donnerai des documents historiques sur cette question. C’est l'histoire qui discute de cela, ce n’est pas votre opinion, ni…
    - [Inaudible]
    - Non, je vous donnerai des documents là-dessus, vous les lirez, si vous voulez bien, si vous avez le temps, si vous avez du temps à perdre.

    - C’est vrai que les gens sont imbibés de ça, vous pouvez essayer de dire, mais ils deviennent d’une hargne, d’une férocité envers Dieu en disant n’importe quoi !
    - Ecoutez, fermez vos oreilles, laissez-les parler, et sachez bien qu’il y a beaucoup de choses à réajuster sur le plan de cette vérité-là. C’est comme si on allait inventer à propos des hôpitaux des choses invraisemblables sur l’Eglise. Là, il se trouve que la synarchie a inventé cette histoire d’Inquisition, ça a marché, et ça fonctionne à fond. Il aurait fallu inventer, pour les écoles aussi, un truc de ce genre.

    - La télé, c’est le moyen de…
    - La télé, c’est le moyen d’abêtissement le plus invraisemblable que le Satan ait inventé.

    Mais attention, il n’y a pas que la télévision. C’est dans l’Apocalypse, chapitre 13 : Satan demande aux hommes, par un prodige étonnant, de fabriquer une image, de donner animation à cette image, de la fait parler, et que soient mis à mort, la mort de la grâce, - tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête. Par ses manœuvres, tous les autres sont marqués au front et à la main, marqués dans leurs idées et dans leurs actes.

    Il n’y a pas que la télévision, il y a tout ce qui relève de l’image. Nous sommes dans un monde d’images. Les médias, évidemment, mais il n’y a pas que les médias. A l’université, tout est vu à partir de l’image, à partir de la psychologie. La psycho est aussi l’image de la Bête. C’est une image qui parle et qui donne vie, c’est typique. C’est bien-sûr principalement de faire une spiritualité chrétienne à partir du psychologique. C’est ça évidemment premièrement, le symbole de l’image de la Bête : faire une mystique psychologique. La télévision est un des aspects.

    Mais vous comprenez pourquoi cette ruse de Lucifer est terrible, parce que c’est par l’esprit que l’âme se soude un corps. Comment ne pas vivre de la Trinité ? Il suffit de couper l’Eucharistie de la Très Sainte Trinité, ou bien la grâce de l’Eucharistie, ou l’âme de la grâce, ou l’âme du corps. Voilà les quatre moyens dont dispose Satan - il comprend très bien ça, beaucoup mieux que nous – voilà les quatre moyens. L’image de la Bête, c’est ça.

    - [Inaudible]
    - Et voilà. Ça s’appelle la mort. La mort, c’est la séparation de l’âme et du corps. Et l’image de la Bête, c’est pour mettre à mort, l’Apocalypse est très claire là-dessus.

    Et le contraire de la Bête c'est l'adoration, nous l’avons vu dans l’Apocalypse, c’est le fait d’adorer, parce que dès que nous adorons, nous nous touchons, nous voyons que nous existons. Ça n’a rien à voir avec notre psychologie, ce que nous ressentons, de ce que nous portons, notre vécu.

    « Nous allons partager notre vécu. » J’en ai bavé de ça quand j’étais en classe de cinquième, quatrième, troisième, dans tous les groupes cathos : « On va partager le vécu », tout le temps on partageait le vécu.

    - Ça n’existe plus.
    - Comment ça, ça n’existe plus ? Ça existe bien-sûr, c’est effrayant : « On va partager le vécu » !

    Nous ne partageons pas le vécu. Le partage de vécu, c’est psychologique. Nous avons des secrets dans notre vécu, et ces secrets nous les gardons, parce que nous aimons. En nous, il y a le vécu, et ce secret, parce que nous avons de l’amour spirituel et du respect pour l’amour, nous gardons ce secret.

    Au niveau du vécu, nous gardons le secret, et au niveau spirituel de l’être, nous adorons.
    Voilà les deux moyens de nourrir le corps par l’âme et l’âme par le corps.

    L’âme se soude un corps dès que que nous voyons que nous existons et que nous sommes créés par Dieu, nous dépendons de Lui, Il est en train de nous créer en ce moment. Alors du coup toute notre vie, tout notre vécu, tous nos secrets, nous les donnons par amour. Ça, ça soude notre corps.

    Quand je suis dans une tentation du corps, quand j’ai envie de manger beaucoup de chocolat aux noisettes, alors acte d’adoration : j’existe, j’adore et je donne tout. Il faut apprendre à faire des actes d’adoration.

    Quand je suis face à quelqu’un que j’aime d’une manière un petit peu trop sensible, un petit peu trop voluptueuse, sensuelle plus exactement, voilà le terme, je suis à côté de quelqu’un que j’aime d’une manière un petit peu trop sensuelle, je sens le point de vue sensuel, alors à ce moment-là je fais un acte d’adoration.

    Le point de vue sensuel porte le corps vers l’autre, ce n’est pas l’âme, donc il faut justement que je fasse le mouvement inverse. Au lieu que mon corps aille vers l’autre, par le corps, il faut que mon corps aille vers mon âme, que l’âme se soude le corps, et que mon âme et mon corps soient donnés à Dieu dans l’adoration. Et je rejoins alors l’autre par l’être, et son âme et son corps, de l’intérieur.

    Voilà comment je peux, par l’intelligence et l’amour. Et l’intelligence et l’amour n’ont qu’une seule voie : c’est la personne humaine. La personne humaine, c’est l’unité de l’âme et de l’esprit. C’est très simple, il faut faire des actes humains.

    Ce que je vous dis là est de l’anti-psychologie. Quand je dis que c’est de l’anti-psychologie, c’est la vraie psychologie, c’est l’anti-psychologie moderne, c’est la psychologie vue par Dieu, vue selon la nature et selon la grâce, c’est le mérite.

    Vous comprenez bien qu’il faut faire des actes d’adoration, il faut faire qu’à travers notre cœur, à travers notre amour, à travers nos blessures, ce soient les blessures de Jésus qui aspergent l’univers ; qu’à travers nos détresses ce soit la détresse de Jésus qui regarde le monde. Il faut permettre cela, ça dépend de nous.

    A ce moment-là, nous devenons des consolateurs. « J’ai cherché des consolateurs et je n’en ai pas trouvé. » Nous apportons donc quelque chose au Christ et à la Très Sainte Trinité à travers l’Eucharistie. Nous méritons.

    Et le contraire de cela, c’est le fidéisme. C’est facile à comprendre. Le fidéisme consiste à dire : « Je crois, j’ai confiance que Jésus par son Sang précieux m’a sauvé. » C’est normal, parce qu’on ne fait pas d’actes d’adorations dans le fidéisme.

    Le fidéisme moderne, c’est de renoncer à la distinction entre l’être et la vie, il ne reste donc plus que le vécu. Au niveau du vécu, nous sommes coincés. Si nous restons au niveau du vécu et si nous ne faisons pas la différence entre l’être et la vie…

    Voyez ce que le Pape a dit à Czestochowa : « C’est l’être, je suis. » Rappelez-vous qu’il a pilonné là-dessus, alors ceux qui ne voulaient pas comprendre, tant pis pour eux. « Je suis. Comprenez le je suis pour voir ce que sont l’être et l’existence » – il faudrait le dire avec son accent slave, ce serait encore mieux – trente-trois fois. Alors à ce moment-là vous pouvez écouter la Parole de Dieu. C’est extraordinaire, c’est prodigieux ce qu’il a dit.

    Si nous ne faisons pas la distinction entre l’être et la vie, nous restons au niveau du vécu, nous ne pouvons plus souder notre corps à notre âme, et donc nous ne pouvons plus adorer ni aimer notre prochain.

    C’est l’image de la Bête ! A chaque fois que nous regardons la télévision, nous mettons l’imaginaire en premier.

    Par exemple, vous regardez la messe à la télévision. « Ah mais mon Père – on m’a dit ça il y a trois jours – c’est affreux ce que vous dites là. Si on regarde la messe à la télévision, tout de même, on reçoit quelque chose, c’est quand-même quelque chose qui est bien ! » Je dis non, parce que l’Eucharistie ne peut pas passer par l’image, l’imaginaire ne reçoit pas l’Eucharistie. Donc si nous assistons à la messe par la médiation de la télévision, c’est comme si nous avions crevé un vieux divan. C’est affreux à dire, mais c’est comme ça.

    Et tout le point de vue des hommes, la rencontre avec quelqu’un par la médiation du téléphone, c’est pareil. Je vais rentrer en relation avec les autres par le téléphone ou le minitel, c’est effrayant, ce minitel rose par exemple. Les gens, du coup, ont leur satisfaction du point de vue du vécu, mais par la médiation du téléphone, l’image de la Bête, qui permet de shunter le point de vue de la personne, de l’adoration et de l’amour.

    Par l’imaginaire, je ne peux pas être un homme. Je suis un homme par le point de vue du je suis, donc l’intelligence contemplative qui va jusqu’à l’amour de l’adoration et à l’amour du prochain à travers l’adoration.

    Vous comprenez cette ruse prodigieuse de Lucifer à travers les sept idéologies athées pour enlever l’envie à toute la jeunesse d’être intelligent. Vous le savez, vous avez fait trois ans : essayez d’être intelligent en philosophie moderne… vous arrêtez, vous mettez tout à la poubelle et enfin vous respirez dans le vécu ! C’est lamentable.

    Recevoir la messe par l’image, au lieu d’être reçue par l’adoration ! Remarquez bien, quand vous suivez la messe, vous ne vous mettez pas à genoux devant la télévision. C’est spontané. Vous vous êtes mis à genoux devant la télévision pendant la messe, vous ?

    - Non.
    - Vous avez déjà assisté à la messe à la télévision ?
    - Je l’ai regardée.
    - Ça vous est arrivé, et vous ne vous êtes jamais mis à genoux ?
    - A l’Elévation, je me mets debout.
    - Tu te mets debout à l'élévation, ah ! c’est déjà quelque chose.

    A quelle condition la télévision devient-elle… ? Si je me mets dans un état d’adoration par le corps et par l’âme, et si je m’unis à la réalité…

    - Oui, mais à condition que ce soit en direct.
    - Non, il faut que je m’unisse à la réalité de l’Eucharistie là où elle se trouve dans le temps et dans le lieu.

    Je peux me servir de la médiation de la télévision, si vous voulez, mais l’effort de l’esprit, c’est d’adorer le Christ là où Il est dans le Sacrifice eucharistique. Alors vous Le rejoignez. Vous pouvez, par la foi, le faire.

    Mais si vous adorez en vous mettant devant la télévision pour adorer, vous n’avez rien compris et vous n’avez rien fait du tout. Comme quoi il ne faut pas adorer l’image de la Bête. C’est très fort, l’image de la Bête !

    « De sorte que ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête soient mis à mort. Tous, grands ou petits, riches ou pauvres, libres ou esclaves. »

    - Mais il y a des malades qui regardent la messe à la télévision.
    - Ils peuvent adorer par la foi, à condition par la foi de rejoindre la réalité, pas l’image.

    Et la réalité est dans le temps et dans le lieu. C’est tout ce que nous voyons dans l’Ancien Testament sur le temps et le lieu. Le temple de Jérusalem, l’autel et le temps liturgique. Le temps et le lieu. C’est bien situé.

    L’Eucharistie, c’est réel, et c’est à travers des espèces eucharistiques, à un endroit déterminé. Nous pouvons donc nous unir à une messe quelque part, peut-être cette messe qui se dit en ce moment à la télévision, mais à condition de rejoindre par la foi la communauté qui est en train de vivre l’Eucharistie là-bas.

    - [Inaudible]
    - Il faut le faire, et c’est un exercice que nous ne faisons pas. Je vous affirme que nous ne le faisons pas.

    - Nous le faisons pour la bénédiction du Pape.
    - Pour la bénédiction du Pape, nous le faisons spontanément…
    - Nous y pensons, c’est spontané, oui.
    - … parce que le Pape est une personne. Spontanément, nous le faisons pour le Pape, nous nous mettons à genoux pour recevoir la bénédiction du Pape à la télé. Très bien. C’est normal, c’est une personne, ce n’est pas pareil que l’Eucharistie, vous comprenez.

    - Nous rejoignons la réalité de l’Eucharistie dans le temps et dans le lieu…
    - Par la foi, tu peux l’atteindre.
    - Oui, d’accord, mais, de cette messe-là, ça sous-entend… je suis terre à terre, mais ça sous-entend que l’image est en direct, sinon nous ne pouvons pas le faire.
    - Les messes sont toujours en direct.
    - Ah non !
    - Le dimanche oui.
    - Ah, le dimanche oui.
    - Je ne la regarde pas, mais je le sais.
    - Le dimanche, oui, mais il y a souvent des retransmissions.
    - Le dimanche, c’est en direct, sinon, théologiquement, ça ne peut pas coller.
    - Quand on regarde une vidéo, on ne peut pas.
    - Ce n’est pas pareil, c'est autre chose.
    - On ne peut pas.
    - Si, tu peux par la foi rejoindre la messe qui a eu lieu à ce moment-là.
    - Oui mais ce n’est pas une messe quand-même.
    - Ce n’est pas la même messe.
    - Si, tu peux par la foi rejoindre cette messe. Par la foi tu peux assister à la création du monde. Mais il faut que ce soit par la foi, et donc il faut d’abord que tu sois dans l’adoration. Tu existes, tu dépends de Dieu et tu regardes le Christ qui…
    - On peut le faire sur une messe qui a eu lieu.
    - Oui, c’est ce que je te dis. Mais la plupart des gens le font sans l’adoration, sans la contemplation, sans l’amour. Comme quoi la télévision, OK, mais il faut apprendre à gérer.

    Nous continuons ?
    Est-ce que ça va ?

    Nous allons reprendre la tranquillité d’esprit, parce que j’ai excité la marmite avec des histoires d’Inquisition, de télévision, de synarchie… Tout ça excite notre irascible, parce que nous sommes imbibés par l’athéisme militant, alors ces choses-là, nous nous disons : « Mais comment ? » Alors nous allons reprendre, si vous voulez bien.

    Après Abraham, Isaac. Je laisse passer Isaac, parce que vous connaissez bien le sacrifice d’Isaac, et donc nous allons directement à Jacob et à Joseph.

    Vous vous rappelez de Joseph. J’ai pris ce passage parce que je suis sûr que vous ne l’auriez pas repéré pour l’Eucharistie. Je pense que c’est intéressant. Quel passage auriez-vous repéré pour l’Eucharistie dans le récit de Joseph ? Aucune idée ? Eh bien quand il était en prison.

    Genèse, chapitre 40 : « Après ces choses, il arriva que l’échanson et le panetier du roi d’Egypte »

    Donc le responsable du vin et le responsable du pain du Pharaon. Pour la deuxième fois dans la Genèse, nous trouvons le pain et le vin ensemble. C’est tout de même assez extraordinaire. La première fois, nous les avons trouvé dans les mains de Melchisédech, le grand Prêtre, devant Abraham, et cette fois-ci, devant Joseph, il y a le porteur du pain et le porteur du vin devant le roi.

    « … l’échanson et le panetier du roi d’Egypte commirent une faute envers leur seigneur, le roi d’Egypte. Le Pharaon fut irrité contre ses deux officiers, le grand responsable des boissons et le chef des boulangers. Il les fit enfermer chez le chef des gardes dans le lieu où Joseph était enfermé. »

    Vous comprenez bien que Joseph, c’est normal que ce soit l’Eglise qui soit derrière, l’Eglise Corps mystique, sacerdoce royal de toute l’Eglise, la sainteté de l’Eglise.

    La sainteté de l’Eglise, c’est de produire l’Eucharistie, c’est de porter l’Eucharistie au Roi, c’est-à-dire la Très Sainte Trinité. Porter l’Eucharistie dans la Très Sainte Trinité.

    L’Eglise est le Corps vivant qui par la grâce porte l’Eucharistie dans la Très Sainte Trinité.
    Ce n’est pas compliqué, c’est ça le Corps mystique du Christ.

    Je tiens à vous dire au passage que ces petites lumières de l’Ancien Testament nous montrent que l’Eucharistie est un mémorial, un mystère, une action de grâce, un sacrifice, un repas. Nous verrons ça plus précisément. Nous avons cinq aspects.

    Souvent les intégristes nous disent : « C’est affreux, ils suppriment le sacrifice, ils mettent le repas ! ». C’est un sacrifice et c’est un repas, je ne vois pas pourquoi on éloignerait l’un ou l’autre, c’est les deux.

    Et tu en as oublié trois autres, dis-donc. C’est aussi l’action de grâce. L’action de grâce, où est-elle ? Eucharistie, action de grâce. C’est un mystère substantiellement, c'est une transsubstantiation, c’est le mystère de la Très Sainte Trinité substantiellement. C’est un sacrement, c’est une action de grâce, c’est un sacrifice, c’est un repas, c’est un mémorial.

    - On peut changer l’ordre ?
    - C'est-à-dire que j'ai montré à chaque fois, excuse-moi. C’est un mystère… Mais vous n’êtes pas dispensés d’être intelligents, donc vous pouvez chercher vous-mêmes. C’est un mystère, substantiellement, au niveau de esse.

    Les cinq modalités de l’acte : esse, bonum, verum, vita et devenir.

    Au niveau de l’être, l’Eucharistie est une transsubstantiation, c’est un sacrement, un mystère, substantiellement.

    Vous êtes d’accord ?

    Au niveau de la bonté, de l’amour, l’Eucharistie est une action de grâce.
    Nous verrons ça, ne vous inquiétez pas, c’est petit à petit que nous avançons.

    Au niveau de la grâce, l’Eucharistie est un sacrifice, Jésus a donné la grâce. C'est un sacrifice, la grappe.

    L’Eucharistie est un mémorial : « Je suis, je veille, je me souviens ».

    Et puis le corps : l’Eucharistie est un repas, elle nourrit notre corps d’un germe particulièrement nourrissant qu’on appelle la Résurrection. Je me nourris corporellement de la Résurrection, nous nous nourrissons ensemble dans un repas d’un germe qui est la Résurrection, et nous ressusciterons Corps glorieux dans la mesure et la proportion avec laquelle nous nous sommes nourris corporellement de l’Eucharistie, comme Saint Paul le dit dans ses épîtres.

    Donc continuons.

    Avec Melchisédech, c’est le prêtre qui s’approche du croyant Abraham, il lui apporte l’Eucharistie.

    Mais le Concile Vatican II nous a bien dit que le sacerdoce royal des fidèles, la sainteté, le mérite, comptent aussi pour porter l’Eucharistie. La chose la plus grande dans une messe, c’est la sainteté de ceux qui sont autour du prêtre. A ce moment-là ils portent l’Eucharistie.

    Et c’est normal que ce soit Joseph, parce qu’Abraham est le père des croyants, il est seul, tandis que Joseph est celui qui est avec ces douze. Toute de suite, il faut penser que le père des douze tribus d’Israël, c’est l’Eglise avec ses douze apôtres. Tout de suite nous le sentons bien, il y a des consonances merveilleuses. Et Joseph, c’est la charité. Abraham, c’est la foi, et Joseph, c’est cette communauté qui apparaît pour être dans une solidarité de grâce, de vérité, de vie, de lumière et d’amour autant qu’il est possible : ceux qui portent l’Eucharistie.

    « Le chef des gardes établit Joseph auprès d’eux et il les servait. »

    La charité sert ceux qui portent l’Eucharistie, le pain et le vin, et ceux qui en vivent mystiquement, celui qui porte le vin, celui qui porte le pain.

    « L’échanson et le panetier du roi d’Egypte qui étaient enfermés dans la prison eurent tous deux un songe dans la même nuit, chacun le sien, ayant une signification différente. Joseph étant venu le matin vers eux les regarda et voici, ils étaient tristes. »

    « Et voici » : « Regarde », « Regarde ici , « Voici ». « Voici », ça ne va pas : « Et regarde là » : une vision, une apparition, on comprend, révélation, le voile du Ciel se déchire. Il voit la tristesse de ceux qui portent l’Eucharistie et ceux qui veulent vivre de l’Eucharistie, c’est très fort, dans la prison de ce monde.

    « Il interrogea donc les officiers de Pharaon qui étaient avec lui en prison dans la maison de son maître et il leur dit : « Pourquoi avez-vous le visage triste aujourd’hui ? ». Ils lui dirent : « Nous avons eu un songe et il n’y a personne ici pour l’expliquer ». »

    Il n’y a que l’amour qui peut expliquer la Révélation. Il n’y a que dans la charité, ce que je vous disais au départ, que nous pouvons comprendre la Révélation.

    Il faut que l’Eglise soit unie dans une très grande charité.

    Si nous sommes sept ça ne fait rien, ça suffit, mais il faut qu’il y ait une très grande charité. A ce moment-là, l’Esprit-Saint peut s’emparer de l’un pour que la Révélation, ici, puisse se faire, que l’Esprit Saint puisse révéler son Amour.

    Et si nous ne sommes que deux, ça suffit. Il faut qu’il y ait une très grande charité. Alors à ce moment-là l’Esprit Saint peut venir.

    La charité, attention, ce n’est pas n’importe quoi ! Il ne faut pas mettre la charité à toutes les sauces. C’est très précis, la charité. Ce n’est sûrement pas par l’imaginaire que nous avons la charité, attention !

    « Ah pour la charité j'ai tout fait tout ce qu'il fallait !
    - Tu as tout fait ce qu'il fallait pour faire le contraire ! C'est purement psychologique ! »

    « Joseph leur dit : « N’est-ce pas à Dieu qu’appartiennent les interprétations ? Racontez-moi je vous prie votre songe ». Le chef des échansons raconta son songe à Joseph en disant : « Dans mon songe, voici, il y avait un cep devant moi, et ce cep avait trois branches. Il poussa des bourgeons, la fleur sortit et ses grappes donnèrent des raisins mûrs. La coupe de Pharaon était dans ma main. Je pris des raisins, j’en pressai le jus dans la coupe de Pharaon et je mis la coupe dans la main de Pharaon. »

    Voilà le songe de l’échanson. Comme c’est beau !

    Alors là, il faut interpréter par l’Apocalypse : les sept coupes.
    « Allez verser sur la terre les sept coupes de la colère de Dieu » (16, 1).
    Et qui est-ce qui verse les sept coupes de la colère de Dieu, la coupe ?

    Les sept coupes, c’est-à-dire la coupe par excellence. Sept, ça veut dire par excellence : les sept Eglises sont l’Eglise par excellence ; les sept coupes : la coupe par excellence.

    L’Eglise est une coupe de bénédiction, l’Eglise a été faite pour vivre de l’Eucharistie, pour être source de bénédiction, pour être coupe, pour être Marie, pour être Immaculée. L’Eglise est immaculée, source de bénédiction.

    « La coupe de Pharaon était dans ma main. Je pris des raisins, j’en pressai le jus »

    C’est extraordinaire comme vision de Marie, comme vision de l’Eglise ! Les coupes, vous le savez bien, c’est une vision de Marie, je pense que je ne vous apprends rien.

    « La coupe de Pharaon était dans ma main. Je pris des raisins, j’en pressai le jus dans la coupe de Pharaon », c’est la Très Sainte Trinité, « et je mis la coupe dans la main de Pharaon. Joseph lui dit : « En voici l’interprétation. Les trois branches sont trois jours. Encore trois jours et Pharaon relèvera ta tête et te rétablira dans ta charge. Tu mettras la coupe de Pharaon dans sa main selon ton premier office lorsque tu étais son échanson. Si tu te souviens de moi quand le bonheur te sera rendu et si tu daignes user de bonté à mon égard, rappelle-moi au souvenir de Pharaon et fais-moi sortir de cette maison. »

    Vous voyez comment l’Eucharistie nous sort de la prison de ce monde, du cosmos.

    C’est intéressant comme indication. C’est ce qu’il y a marqué, du reste, dans l'Apocalypse : « Vous n’êtes pas du monde ». Comment dit-on, en grec ? « Ex tou cosmou étè » : « Vous êtes hors du cosmos ». Ce n’est pas bien traduit, « Vous n’êtes pas du monde ». « Ex » : « Arrachés au monde cosmique ».

    Toute la spiritualité moderne consiste au contraire à voir que le Christ doit être pris dans le cosmos.

    Jésus crucifié et ressuscité nous arrache au cosmos, au monde cosmique.

    Toutes les énergies sont des énergies cosmiques. Le Christ cosmique du Nouvel-Age, le Christ cosmique de l’A.M.O.R.C., le Christ cosmique de toutes les gnoses, de toutes les théosophies, les énergies, eh bien l’Eucharistie nous met hors de ce Christ là qui est l’Anti-Christ.

    « Ex tou cosmou étè » : « Vous êtes arraché au cosmos ».

    Il y a quelqu’un que j’aime beaucoup, et j’utilise souvent ses livres, c’est le père Daniel Ange. Je dis ça en préambule parce que je vais dire quelque chose qui peut-être ne lui ferait pas plaisir. Je l'aime beaucoup. Il a écrit un bouquin prodigieusement fort sur le Sacerdoce, pour les prêtres. On me l’a offert, il me l’a dédicacé, c'est gentil. Eh bien il a choisi un titre abominable. Le bouquin est génial, comme tous les bouquins de Daniel Ange, mais son titre est abominable : Dans tes mains le cosmos. L’Eucharistie ! Dans tes mains le cosmos… Le Christ, précisément, nous a arrachés au cosmos. Nous comprenons bien ce qu’il veut dire, mais dans le monde d’aujourd’hui, ce titre est très ennuyeux, avec toutes les spiritualités du New-Age qui nous font pénétrer dans un Christ cosmique, c’est terrible !

    J’ai parlé à beaucoup d’entre vous, le dernier week-end, de ce que sont les énergies, du Christ cosmique, le Christ qui nous fait du bien et par lequel nous pouvons faire du bien, réellement et de manière efficace, au monde. Et Jésus nous dira : « Je ne vous ai jamais connus » (Matthieu, 7, 21-23). Ce n’est pas le Christ qui nous mettra dehors, mais je ne sais pas comment ça se passera, c’est un mystère.

    Mais dans nos mains, avec l’Eucharistie, où est le cosmos ? Où ?

    Son bouquin est génial, il m’a nourri pendant neuf mois. Ce n’est pas tout le monde qui peut écrire des bouquins qui peuvent nourrir les prêtres pendant neuf mois. Ça me nourrit certainement encore maintenant. Avec Daniel Ange, nous sommes comme ça tous les deux, donc ne vous inquiétez pas, je dis cela non pas pour le critiquer, mais pour nous faire comprendre.

    « Rappelle-moi au souvenir de Pharaon et fais-moi sortir de cette prison. C’est par un rapt que j’ai été enlevé du pays des Hébreux et ici même je n’ai rien fait pour qu’on m’ait mis dans cette prison. »

    Et dans l’Apocalypse, il y a marqué, en grec : « En opion tou tronou kaï ex tou cosmou étè ». Nous l’avons lu dans l’Apocalypse. Il faudrait que je vous l’écrive.

    Nous sommes arrachés au cosmos par l’Eucharistie, c’est-à-dire (kaï) que nous sommes… La traduction dit face au Trône, ça ne va pas. Face au Trône, ça ne nous dit rien du tout. Si nous sommes face au Trône, nous pouvons très bien être dans le cosmos.

    Non : « En opion ». En, ça veut dire à l’intérieur et en extase devant. Donc nous contemplons le Trône, c’est-à-dire la Très Sainte Trinité, c’est le Père. Nous sommes dans le Trône, par l’Eucharistie, à l’intérieur du Trône, et nous contemplons la Très Sainte Trinité de l’intérieur, et c’est pourquoi nous sommes arrachés au monde cosmique.

    « Seigneur, Tu nous as choisis et Tu nous as gardés comme la prunelle de l’œil », vous avez entendu ça : « Tu nous as gardés comme la prunelle de l’œil. » Nous sommes à l’intérieur de la Très Sainte Trinité et le cosmos est derrière nous.

    A chaque fois que nous faisons un acte eucharistique mystique – dès que nous faisons un acte d’adoration en esprit et en vérité, c’est un acte eucharistique mystique – nous sommes dans la prunelle de l’œil de Dieu, dans la Très Sainte Trinité, nous sommes arrachés au cosmos. Mais comme nous faisons partie du cosmos, le cosmos pénètre avec nous dans la Très Sainte Trinité. C’est ça, le sacerdoce de la charité.

    Joseph, c’est très fort, très très bon, excellent, il faut lire Joseph.

    « Le chef des panetiers, voyant que Joseph avait donné une interprétation favorable, lui dit : « Moi aussi dans mon songe, voici que j’avais sur la tête trois corbeilles de pain blanc. Dans la corbeille de dessus se trouvaient toutes sortes de pâtisseries pour Pharaon et les oiseaux les mangeaient dans la corbeille qui était sur ma tête. » Joseph répondit : « En voici l’interprétation. Les trois corbeilles sont trois jours. Encore trois jours et Pharaon enlèvera ta tête de dessus toi et te pendra à un bois et les oiseaux dévoreront ta chair au-dessus de toi. »

    « Là où se trouve le corps, là se rassembleront les vautours » : voilà ce que dit le Christ. « Seigneur, quand est-ce que ce sera, et où ? » Et Jésus répond : « Là où sera le corps, là se rassembleront les vautours et les rapaces. » Et vous l’avez ici. La réponse du Christ est un texte sur l’Eucharistie. « Quand est-ce que sera ton retour Seigneur ? » Ce sera dans l’Eucharistie, Jésus a répondu directement. Vous n’y aviez pas pensé ?

    « En voici l’interprétation, dit Joseph. Les trois corbeilles sont trois jours. Encore trois jours et Pharaon enlèvera ta tête de dessus toi et te pendra à un bois et les oiseaux dévoreront ta chair au-dessus de toi. »

    Voyez ça : la séparation de la tête, la crucifixion.

    - Dans la Bible de Jérusalem, on ne parle pas de la séparation de la tête.
    - Ecoutez : « En voici l’interprétation. Les trois corbeilles sont trois jours. Encore trois jours et Pharaon enlèvera ta tête de dessus toi et te pendra à un bois et les oiseaux dévoreront ta chair au-dessus de toi. » Dites-moi la traduction de la Bible de Jérusalem.

    - « En voici l’interprétation. Les trois corbeilles représentent trois jours. Encore trois jours et Pharaon te relâchera et te pendra au gibet et les oiseaux mangeront la chair » …
    - C’est une très mauvaise traduction. Comment voulez-vous qu’il le relâche pour… Jérusalem c ’est très mauvais.

    - Mais toutes sont mauvaises ! La meilleure, c’est Osty. Je vous dis que c’est Osty qui est la meilleure.
    - Osty est la meilleure, c'est sûr. Crampon est très bien.
    - Qui est-ce qui l’a ?

    « Pharaon enlèvera ta tête de dessus toi » : le départ du Christ qui est la tête du Corps mystique de l’Eglise. La Crucifixion sur la Croix.

    « Et les oiseaux dévoreront ta chair au-dessus de toi » : l’attaque de l’Eglise par les rapaces. Jésus est attaqué et par les croyants, et par les incroyants. Par les croyants parce qu’ils ne répondent pas à sa soif, et par les incroyants parce qu’ils Le piétinent. Il a inventé l’Eucharistie pour pouvoir continuer à être labouré par les hérétiques et massacré par les gens qui ne L’aime pas, qui préfèrent Lucifer qui exige, lui, qu’on attaque directement l’Eucharistie. Ce sont les trois attaques de l’Eucharistie.

    Donc vous voyez que dans l’Eucharistie, il y a encore le pain et le vin, à l’intérieur…

    C’est quand-même extraordinaire, ces trois aspects de l’Eucharistie : Joseph, l’échanson et le panetier.

    A travers l’échanson, nous avons la surabondance de la pénétration à l’intérieur de l’Amour omniprésent, éternel, victorieux de tout, parfait, de la Très Sainte Trinité – et ça, ça demeure toujours – et en même temps l’aspect de la Croix. C’est par la Croix et la séparation dans l’Eglise des membres et de la Tête, c’est-à-dire que nous sommes séparés du Christ, cette déchirure. Nous l’avons ici en toutes lettres, presque expliqué littéralement.

    - [Inaudible]
    - C’est l’aspect de l’Eucharistie que je suis en train de vous expliquer : la deuxième fois dans la Genèse où l’on voit le pain et le vin, à travers l’aspect collectif, nous avons une lecture mystique du Corps mystique de l’Eglise vivant du Corps eucharistique nous menant à la Très Sainte Trinité. C’est ça qui est expliqué dans Joseph. Nous avons Joseph, l’échanson et le panetier.

    L’Eucharistie nous fait pénétrer dans la Très Sainte Trinité et nous met en dehors du cosmos, à l’intérieur du Trône. « En opion », ça vient de là. Quand vous avez mal, dites-vous bien : « Je suis arraché au cosmos », « ex tou cosmou », et puis « en opion tou tronou eimi ».

    Nous continuons. Mais vous voyez comme quoi il y a beaucoup de choses dans l’Ancien Testament sur l’Eucharistie. Je voudrais passer au Livre de l’Exode avec Moïse.

    Moïse, c’est le législateur.

    Dans un premier temps, l’alliance théologale de la foi par Abraham est une alliance paternelle, c’est une alliance familiale. Ces aspects que nous venons de voir impliquent que ce soit vécu dans une famille d’amour et un amour familial.

    C’est ce que dit le Saint Père : « L’Eglise, c’est d’abord la famille, et l’Eglise n’est Eglise que si c’est une Eglise familiale. Donc la première chose à défendre (Synode de la Famille), c’est la famille dans l’Eglise d’aujourd’hui. »

    C’est pour cela qu’Abraham est un père, Isaac, Jacob sont des pères, c’est une famille.

    Avec Moïse, ça devient un peuple, c’est autre chose, c’est l’alliance avec le législateur.

    Il est vrai que Jésus est devenu le grand législateur, et son acte de législateur, c’est d’instituer l’Eucharistie. En tant que législateur, Il a institué l’Eucharistie.

    Et donc nous allons avoir quelque chose de très intéressant puisque c’est le point de vue du peuple de Dieu.

    Ce n’est plus la famille, ce n’est plus l’intimité familiale. Ce n’est plus entre nous, nous nous rejoignons très très fort, de manière très intime, très vraie, très volontaire, très gratuite ; c’est librement que nous restons dans le silence ; c’est librement que nous restons dans l’adoration, pour nous aider les uns les autres à nous laisser pénétrer par Dieu, par Jésus, et faire que Jésus soit là ; c’est librement.

    Mais avec le peuple de Dieu, c’est autre chose, il faut une loi.

    Alors nous allons lire ça, Livre de l’Exode. A partir du Livre de l’Exode, il y a beaucoup trop de choses sur l’Eucharistie, c'est pour ça que j’hésite à tout vous lire, mais au moins quelques petits passages.

    D’abord, premier passage : Exode chapitre 12, verset 15, avec Moïse. C’est la première loi sur la Pâque :

    « Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, il n’y aura plus de levain dans vos maisons, car quiconque mangera du pain levé du premier jour au septième sera retranché d’Israël. Le premier jour, vous aurez une sainte assemblée. Le septième jour vous aurez une sainte assemblée. On ne fera aucun travail pendant ces jours-là, vous pourrez seulement préparer la nourriture de chacun. Vous observerez les azymes », c’est-à-dire cette loi sur les azymes, « car c’est en ce jour-même que j’ai fait sortir toutes vos armées du pays d’Egypte ; vous observerez ce jour de génération en génération comme une institution perpétuelle. »

    Donc nous devons vivre ça dans l’Eucharistie. Il faut comprendre de quoi il s’agit, alors. Vous comprenez bien qu’il ne s’agit pas uniquement de ne pas dire la messe avec du pain contenant de la levure. Ce n’est pas ça la signification la plus profonde, évidemment. Alors continuons :

    « Vous observerez ce jour de génération en génération comme une institution perpétuelle. Le premier mois, le quatorzième jour du mois, au soir, vous mangerez des pains sans levain jusqu’au soir du vingt-et-unième jour. Sept jours durant, il ne doit pas se trouver de levain dans vos maisons. Car quiconque mangera du pain levé sera retranché de l’assemblée d’Israël, que ce soit un étranger ou un indigène, vous ne mangerez point de pain levé ; dans toutes vos demeures vous mangerez des pains sans levain. Alors Moïse convoqua tous les anciens d’Israël et leur dit : « Choisissez et prenez un agneau pour vos familles et immolez la Pâque. »

    [Juste avant la présentation de la fête des azymes, le Seigneur a expliqué à Moïse comment préparer l’agneau (Exode 12, 1-14) : « Cette même nuit, on mangera sa viande rôtie au feu ; on la mangera avec des pains sans levain et des herbes amères. » (12, 8)] « Puis prenant un bouquet d’hysope, vous le tremperez dans le sang qui sera dans le bassin, et vous toucherez le linteau et les deux poteaux de la porte de vos maisons avec ce sang. »

    Vous avez d’un seul coup l’Eucharistie qui avec la législation, le point de vue du législateur, devient agneau, sortie d’Egypte, pain, et salut. Nous ne l’avions pas vu jusqu’à maintenant : l’Eucharistie nous sauve.

    J’ai dix minutes ?

    - C’est fini, il est cinq heures et demie.
    - Bon, donc je termine.

    Nous avons avec Moïse le point de vue du salut. « J’ai fait sortir toutes les armées du pays d’Egypte », toutes nos forces ont été arrachées à l’Egypte, c’est-à-dire au mal, par l’Eucharistie.

    Et le pain sans levain exprime ceci…

    Le pain sans levain est le pain des pauvres. Quand vous ne mettez pas de levain, c’est la galette. Regardez la veuve de Sarepta avec Elie (1 Rois, 17). Quand vous n’avez rien du tout, vous faites des pains sans levain. C’est la pauvreté proche de la misère.

    Le pain sans levain exprime que du point de vue collectif, il faut toujours respecter le point de vue du sacré en respectant la transcendance de Dieu par l’adoration. Ça, c’est la loi collective du peuple de Dieu. Et l’adoration implique cette pauvreté radicale : nous sommes pauvres devant Dieu.

    Jésus s’est fait pauvre dans l’Eucharistie, à travers du pain sans levain – encore aujourd’hui nous devons dire la messe avec du pain sans levain – pour exprimer que nous ne pouvons recevoir l’Eucharistie que dans une vacuité totale de nous-mêmes.

    Et Jésus Lui-même s’est donné dans une vacuité totale de Lui-même pour que ces deux vacuités puissent produire l’étincelle du Saint-Esprit.

    Ça, c’est le pain sans levain.

    Alors à ce moment-là cela nous arrache à ce monde cosmique, à ce monde des énergies, à ce monde du vécu, et du coup nous pouvons vivre de l’Agneau.

    Puisque nous n’avons plus de temps, je vous donne pour mémoire le chapitre 13, versets 7 à 10 :

    « On mangera du pain sans levain pendant les sept jours. On ne verra pas chez toi de pains levés ni de levain sur toute l’étendue du pays. Tu diras alors à ton fils : « C’est en mémoire de ce que le Seigneur a fait pour moi lorsque je suis sorti d’Egypte ». Ce sera pour toi comme un signe sur ta main et comme un souvenir entre tes yeux afin que la loi du Seigneur soit dans ta bouche car c’est par sa main puissante que le Seigneur t’a fait sortir du pays d’Egypte afin que la loi du Seigneur soit dans ta bouche. En effet, c’est par sa main puissante que le Seigneur t’a fait sortir d’Egypte. Tu respecteras cette prescription au moment fixé d’année en année. »

    Vous voyez, les quatre éléments que j’ai signalés sont présents dans ce deuxième passage.

    Et enfin vous avez le chapitre 16, verset 4 et suivants : c’est la manne dans le désert, donc le pain descendu du Ciel.

    « Le Seigneur dit à Moïse : « Je vais faire pleuvoir du pain pour vous depuis le ciel. » (16, 4).

    Nous allons passer.

    Demain, il faudrait que nous passions au Nouveau Testament pour avancer, et il faudra que nous allions un peu plus rapidement.

    La manne, ça se dit « Mann hou », et ça veut dire « qu’est-ce que c’est ? » (16, 15).

    « La communauté d’Israël donna à cette nourriture le nom de manne » (16, 31).

    Avec le pain sans levain, nous avons quatre des cinq aspects de l’Eucharistie, et avec la manne du désert, mann hou, le mystère. La manne est le mystère du Pain du Ciel qui nourrit Quelqu’un qui est au Ciel, et qui est pur Esprit, ce que nous verrons. Jésus va expliciter tout cela, ne vous inquiétez pas.

    En tous cas, mann hou, la manne qui est dans le désert, qu’est-ce que c’est que ça ?

    Nous n’avons pas le temps.

    Dans la fuite de David, notez le fait que, dans le chapitre 21 du premier Livre de Samuel, versets 1 à 10, David va dans le Temple et demande au prêtre Achimélec de lui donner du pain pour lui et ses hommes, et le prêtre lui donne du pain consacré.

    Nous passons donc d’Abraham le père de la foi à Moïse le législateur, à David le roi. Le roi, c’est la sainteté. C’est la première fois qu’apparaît le pain consacré. David se nourrit du pain consacré. Nous avons là le lien entre la grâce et l’Eucharistie.

    Et Jésus y fait allusion à un moment dans l’Evangile, vous vous rappelez. Jésus fait allusion à ces deux passages dans l’Ancien Testament : mann hou, la manne dans le désert, le mystère (Jean, 6, 32 et suivants) et le pain consacré mangé par David (Marc, 2, 23-28), c’est extraordinaire ! Il ne parle pas des racines des autres aspects dans l’Ancien Testament, pourtant il y en a, nous venons d’en voir. Il faut attendre David, chapitre 21, versets 1 à 10.

    Puis nous avons un passage qu’il faut absolument lire, Premier livre des Rois, chapitre 17, verset 6.

    Evidemment, ce lien entre l’Eucharistie et la Très Sainte Trinité s’enveloppe dans le point de vue de la grâce, et c’est Elie qui nous le fait comprendre.

    « Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande matin et soir, et il buvait de l’eau du torrent. » (1 Rois, 17, 6).

    Elie se nourrit de l’Eucharistie par la médiation des corbeaux. Ça symbolise tout simplement le ministère sacerdotal. Il se nourrit, dans son désert, dans l’adoration, près du torrent de Kerit.

    Et du coup, au passage suivant – c’est comme Moïse avec les pains sans levain et l’agneau – il convoque au Mont Carmel tous les prêtres de Baal pour faire le sacrifice, pour faire ce signe sur l’autel :

    « Construisez un autel, moi j’en construirai un ».

    Il faudrait le lire, c’est fou, quel dommage !, ce serait extraordinaire de lire ! Chapitre 18, verset 38. Pendant toute la journée, les quatre cent cinquante prêtres de Baal construisent un autel, ils se lacèrent et ils crient. « Allez, criez » dit Elie, et le feu du ciel ne tombe pas sur l’autel des prêtres de Jézabel. Alors du coup à la fin de l’oblation du soir, Elie dit au peuple : « Approchez-vous. » Il prend douze pierres, creuse autour, arrange le bois et place le taureau en morceaux sur le bois, puis il demande que de l’eau soit versée dessus une fois, deux fois, trois fois, et l’eau remplit le fossé. « Seigneur, montre-leur ce qu’est l’Eucharistie » (je traduis). A ce moment-là le feu du ciel descend et brûle tout : le taureau, les bois, la pierre, la terre et l’eau. C’est l’holocauste.

    L’autel, dans la sainteté, au-delà... Entre l’Eucharistie – la sainteté, David – et la Très sainte Trinité, le mystère, il y a l’autel. Nous avons toujours cinq, mais vous le savez bien : toujours cinq mais derrière cinq il y a sept.

    L’Immaculée, Marie, s’insère ici comme l’autel de l’Eucharistie, et l’Eglise s’insère entre l’Eucharistie et la grâce.

    Les sept soubassements eucharistiques des sept Dons du Saint-Esprit sont là.

    Et donc nous arrivons à la fin, avec Elie. Lisez-le, c’est quand-même extraordinaire, pour comprendre qu’en Marie tout est brûlé, tout est pris par la Très Sainte Trinité. Il n’y a pas un mouvement dans l’intériorité de l’Immaculée qui ne soit pas actué par l’Esprit-Saint pendant toute sa vie. Elle n’a jamais eu un acte par elle-même. C’est tout l’Esprit-Saint qui a actué Marie.

    Ça veut dire qu’il faut que nous le fassions, vous comprenez. C’est pour ça que je vous dis qu’il faut se mettre sous le souffle de l’Esprit-Saint.

    Je vous demande pardon parce que j’ai été un peu long, peut-être un petit peu excité, et je ne vous ai pas aidé à rentrer dans l’Esprit-Saint.

    Il faut que nous rentrions dans l’Esprit-Saint, sous le souffle de l’Esprit-Saint, et il faut que nous demandions à Jésus d’être là en nous et de souffler cet Amour tellement discret, tellement extraordinaire. Il faut sentir ce souffle de Jésus qui à travers nous veut saisir la pâte.

    Si nous n’avons pas de levain, c’est pour qu’il y ait l’Esprit-Saint. Le levain, c’est le moi. Et il faut qu’il n’y ait que l’Esprit-Saint. Que moi je disparaisse et qu’il n’y ait que l’Esprit-Saint. A ce moment-là, ça remplace le levain. C’est pour ça que dans l’Eucharistie, il ne faut pas de levain, il faut être pauvre, il faut qu’il n’y ait plus que l’Esprit-Saint.

    Il faut petit à petit que l’Esprit-Saint prenne la place, que Jésus nous transforme vraiment. A ce moment-là, Jésus nous a sauvés, Il nous a sortis du cosmos, du mal, de l’Egypte, par l’Eucharistie.

    Il faut que nous rentrions là, parce que c’est bien d’en parler, de le méditer, de le lire, de le constater, mais maintenant il faut supplier Jésus de nous y faire rentrer.

    Nous allons dire le chapelet justement pour demander à la Sainte Vierge de nous aider à ça jusqu’à demain matin.


    4. D’Elie au Nouveau Testament

    Je vous propose un exercice sur l’Eucharistie que vous pouvez faire tout seuls quand vous serez chez vous : c’est de prendre par exemple le thème du silence et de regarder le silence de la Genèse jusqu’à l’Apocalypse.

    Ce serait très fort de faire une fiche du silence. Dès que vous repérez le mot silence, ou tout ce qui se rapporte un peu au silence, vous faites une fiche et vous repérez cette immense progression.

    La Parole de Dieu nous mène au silence du Verbe de Dieu ; du Christ d’abord sur la Croix, quand Il est mort et que son Cœur s’ouvre, et ce silence nous mène au silence du Verbe de Dieu qui se repose dans la passivité substantielle de l’Esprit-Saint.

    Le silence est un mot-clé pour l’Eucharistie, je tiens à vous le signaler.

    C’est pour ça que c’est bon, très très bon, si nous en bavons pour le silence. C’est le tam-tam du vieil homme : silence ! C’est dur ! Le silence…

    Attention, il y a plusieurs manières de faire silence :
    le silence stoïcien : « je suis quand-même capable de me taire »…,
    le silence parce que nous avons soif intérieurement, nous sommes un être humain donc nous avons une soif intérieure humaine,
    le silence religieux parce que nous sommes un adorateur,
    le silence chrétien,
    et le silence de la Très Sainte Trinité.
    Les cinq, toujours, cinq c’est merveilleux !
    Pourquoi est-ce que nous avons cinq doigts dans une main ?

    « Ô Esprit du Dieu vivant, viens toucher mon cœur
    Ô Esprit du Dieu vivant, viens toucher mon cœur
    Prends-le, brûle-le dans ton Amour
    Ô Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs »

    Très bien.

    Nous allons reprendre notre petite méditation biblique sur l’Eucharistie.

    Je n’ai pratiquement pas eu de question puisqu'apparemment tout le monde est d’accord, tout le monde suit, c’est très bien. Personne ne se pose de problème métaphysique, donc nous pouvons continuer allégrement dans la voie que la Providence nous a fixée.

    Et puisque nous en étions arrivés à Elie, il faut reprendre ici. J’aurais voulu tout de suite aujourd’hui démarrer sur le Nouveau Testament, mais comme nous n’avions pas fini, il faut quand-même terminer sur l’Ancien Testament.

    Et donc vous voyez ce que nous avons fait hier.
    Nous avons regardé le pain à travers l’alliance fondamentale.

    Le pain apparaît après le péché, le lien entre la poussière, le corps, et la mort.

    Première alliance avec Adam.

    Deuxième alliance, avec Noé.

    Troisième alliance, avec Abraham, par la foi.

    C’est la foi qui justifie.

    La foi n’est pas facultative, la foi est un Commandement de Dieu. C’est pour ça que c’est un péché, de ne pas avoir la foi. C’est le refus d’obéir à la Volonté de Dieu qui donne tout ce qu’Il a, on se met en dehors.

    La foi réclame une obéissance.

    C’est pour ça que dans le monde d’aujourd’hui, il est si difficile d’avoir la foi, parce que nous sommes les petits fils de Hegel, il ne faut pas l’oublier. Dans l’aphorisme du maître et de l’esclave, Hegel compare l’intelligence humaine d’Abraham qui est l’esclave, il doit obéir, tandis que Jésus est le maître. Hegel dit que la foi avilit par l’obéissance.

    Pourtant, le petit bébé qui obéit à son père et à sa mère, et qui a un amour prodigieux pour eux, il se grandit.

    Dès que nous obéissons – obéir, ob ire en latin – nous allons au-devant de celui que nous aimons. L’obéissance structure l’amour de l’intérieur.

    Quelqu’un qui n’aime pas n’obéit pas. C’est pour ça que la foi ne peut plus pénétrer dans le monde d’aujourd’hui, à cause de Hegel. Pour Hegel, l’amour n’est pas humain, l’amour rend esclave, l’homme est rendu Dieu par la dialectique de l’esprit, il faut être autonome.

    Comme si l’autonomie de l’homme était abîmée par l’amour de Quelqu’un qui est plus grand que lui, et qui lui donne cette liberté, et qui lui donne l’être !

    Toujours est-il que nous avons l’alliance avec Abraham.

    Et nous avons vu à partir des textes qu’apparaît de plus en plus le point de vue de l’assomption du corps par l’âme, puis l’assomption dans l’Eucharistie de la chair par la grâce – alliance avec Abraham – puis ensuite alliance avec le législateur, Moïse, et enfin les alliances avec le roi et les prophètes.

    Nous avons vu ce début tout simple, et l’Eucharistie qui ne cesse de porter l’humanité dans sa désobéissance, c’est-à-dire sa difficulté énorme à rentrer dans l’amour, à aller toujours au-devant de celui que j’aime, ob ire, parce qu’il est plus grand que moi.

    Je ne peux pas aimer quelqu’un qui est plus petit que moi, c’est une chose très importante à comprendre.

    On n’aime pas son chien, c’est-à-dire qu’on n’obéit pas à son chien.
    Nous obéissons à quelqu’un qui est plus grand que nous, qui nous dépasse.

    Mais, par rapport au chien, nous respectons le fait qu’il soit un chien. C’est ce que dit Aristote à propos de la manière humaine d’aimer dans l’univers : si ce sont des êtres inférieurs à nous, nous les aimons en les contemplant, nous les aimons par la connaissance.

    L’homme se grandit par la connaissance des êtres qui lui sont inférieurs et il se grandit par l’amour, donc l’obéissance, par rapport aux êtres qui lui sont supérieurs.

    Et lorsque nous nous lions à une autre personne humaine, c’est forcément quelqu’un qui nous dépasse. Et donc nous nous mettons relatifs à celui que nous aimons, sinon ce n’est pas de l’amour ; du moins, ce n’est pas de l’amour humain.

    L’éthique à Nicomaque d’Aristote nous montre ça de manière prodigieuse.

    Je suis face à quelqu’un, et comme je ne le perçois pas de l’extérieur mais par le point de vue de la chair, toute la dignité de sa personne se noue dans un immense mystère, au point de vue de l’être, c’est abyssal, c’est un abime qui s’ouvre devant moi, alors je suis relatif à lui, et du coup, ça me grandit. Sinon, je ne peux pas l’aimer.

    Rechoisir tous les jours celui que nous avons choisi suppose de faire cette ascèse anti-hégélienne.

    Ceux qui n’ont jamais lu Hegel, ça ne vous dit rien du tout. Ceux qui l’ont lu, ceux qui ont milité dans l’hégélianisme, ou l’anti-hégélianisme, parce que le marxisme, c’est du matérialisme dialectique, une réaction violente face à Hegel…

    - Je pense toujours à Marx, moi, c’est surtout du marxisme dont nous sommes imbibés.
    - Oui, ça dépend des gens.

    Aujourd’hui, la jeunesse est imbibée surtout par une conséquence de Hegel.
    Hegel a éclaté en sept néo-hégélianismes, un du point de vue de la praxis.

    Et aujourd’hui les jeunes sont nietzschéens, alors ils mettent une opposition là où il y a une complémentarité au niveau de la création : « Si je veux être créateur, alors à ce moment-là il vaut mieux que je mette dehors le Créateur, parce que si Dieu est Créateur, je ne suis pas créateur. »

    Il y a une espèce de dialectique. C'est un parasitage qui s’est fait par les idéologies. Il faudrait que vous lisiez Glucksmann pour ça, ou Clavel. Clavel qui avait déjà pensé ça avant sa conversion au catholicisme et qui a continué à le faire après sa conversion au catholicisme. Et Glucksmann, soixante-huitard de ma génération, soixante-huitard sympa. Moi aussi j’étais dans les rues de Paris en 68.

    Donc c’est ça qui est assez extraordinaire, de voir que l’Eucharistie est déjà dans cette grande montée.
    L’Eucharistie va récapituler dans le point de vue le plus bas ce qu’il y a de plus haut.

    Nous avons, dans l’ensemble de l’économie divine, cette montée jusqu’à l’Incarnation, parce que cette grande prophétie de l’Eucharistie se trouve réalisée pour la première fois dans le Mystère de l’Incarnation : le Verbe de Dieu s’est fait chair.

    Et donc c'est si difficile de comprendre le Mystère de l’Eucharistie si nous n’avons pas rencontré Marie.
    Quelqu’un qui n’a jamais rencontré Marie ne peut pas rentrer dans le Mystère de l’Eucharistie, c’est sûr.

    Vous voyez comme tout ça est à la fois très extraordinaire, et en même temps il y a une sagesse, c’est parfaitement ordonné. C’est extraordinaire de voir ça petit à petit.

    Bon, continuons donc.

    Nous en étions arrivés à David, puis ensuite Elie pour les prophètes.

    Il faut voir que toutes ces alliances successives...

    L’alliance avec Adam dans une plénitude de bien, de grâce originelle, sans aucune trace de fêlure métaphysique due aux séquelles du péché originel qui sont en nous.

    Le péché originel est le dogme de la foi le plus facile à croire, parce que nous l’expérimentons tous psychologiquement.

    Ce n’est pas normal, c’est ce que dit Aristote : il est affolant de voir que toutes les réalités naturelles que nous constatons sont orientées vers leur bien, vers leur plénitude, et la seule réalité de l’univers que nous constatons ne pas s’orienter vers sa finalité naturelle, c’est l’homme. Il est plus en propension par rapport à son autodestruction que par rapport à son bien. L’homme est la seule réalité naturelle que nous constatons comme ça. Et Aristote ajoute que c’est incompréhensible. Pour le philosophe, c’est incompréhensible.

    Et même Hegel est d’accord avec Aristote là-dessus. Aristote bute, mais Hegel est d’accord parce qu’il est protestant, il est fidéiste, donc il refuse le Créateur, il refuse le point de vue de l’être. Hegel dit qu’il n’y en a qu’un qui forme, c’est Aristote.

    Si vous voulez respirer dans le point de vue de l’intelligence, il faut vous aider avec Aristote, parce que c’est le seul qui parle à partir de l’expérience, pas à partir de l’idée. Le philosophe a horreur des a-priori. Tu n’as pas le droit, si tu es philosophe, de dire autre chose que ce que tu expérimentes réellement, pas psychologiquement, réellement.

    Alors, vous voyez bien que ça ne marche pas avec la grâce originelle.

    Avec la pénitence, ça ne marche pas non plus, ça aboutit au Déluge.

    Avec l’alliance paternelle, du père, de la famille, ça ne marche pas non plus, c’est la débandade, ça aboutit à l’Egypte.

    Alors du coup, on prend le peuple et le législateur, ça ne marche pas avec la Torah, c’est la débandade.

    On est obligé de mettre un roi, David, etc. Ça ne marche pas avec les rois… regardez la débandade, au bout d’un certain temps, de l’alliance avec les rois.

    Alors du coup les prophètes sont là pour rappeler à la royauté et au peuple d’Israël que ce qui compte avant tout, c’est l’Amour ; c’est de rappeler la primauté, toujours, de l’Amour ; et que l’Amour passe par le dépassement de nous-mêmes dans la souffrance, l’Amour fait que nous enfantons dans la douleur. L’homme s’enfante lui-même par l’Amour, et c’est dans la douleur, c’est sûr, dans les larmes.

    C’est incompréhensible, philosophiquement. Aucun philosophe n’a trouvé. C’est vrai, nous butons là sur quelque chose. Au point de vue sagesse naturelle, c’est drôlement embêtant. Tout s’explique, mais pour l’homme, nous comprenons l’immense dignité de l’homme, ça nous le comprenons, nous comprenons que nous devons lutter pour ça, mais nous n’arrivons pas à comprendre comment ça se fait qu’avec ses seules forces vives il n’y arrive pas, globalement.

    Alors il y a la Révélation qui nous dit que c’est à cause des séquelles du péché originel.

    Eh bien Jésus, Lui, va reprendre, notamment par le point de vue du Mystère de l’Eucharistie, par le point de vue de son Incarnation, Il va reprendre toutes ces alliances. Il sera en même temps le Prêtre, le Prophète, le Roi, le Père et le Nouvel Adam. Seulement ce ne sera pas successif, tout est rassemblé en Lui.

    C’est pour ça que la lecture de l’Ancien Testament est quelque chose de prodigieux, parce que nous lisons toutes ces dimensions du Christ : l’aigle, le visage de l’homme, le taureau, le lion, les quatre aspects des quatre évangélistes, les quatre Vivants de l’Apocalypse (4, 7) qui sont « en opion tou tronou », en extase à l’intérieur du Trône, par rapport à ce Feu ardent du fait qu’Il est en même temps le Spirateur.

    Il faudra que nous revenions dessus, si nous avons le temps, parce que malheureusement ce n’est pas une retraite de cinq jours.

    Il spire l’Esprit-Saint.

    - Pourquoi la Spiration de l’Esprit-Saint ?
    - Quand tu aimes quelqu'un, tu deviens son bien. Si quelqu’un t’aime, c’est que tu l’attires, et tu ne peux attirer quelqu’un que si tu es, par rapport à lui, quelqu’un de bon. Quelqu’un qui est bon attire, c’est pour cela que Dieu nous attire.

    Nous résistons, par orgueil, nous mettons la marche arrière, le frein à main, le frein à pied, mais malgré tout, il y a une attraction. « Moi ? Aucune résistance. » Oui, d’accord, mais nous avons bien attaché au pare-choc, derrière, de bons câbles d’acier. « Pourtant je me mets en première, je mets le crapaud, je mets le réducteur, je mets les quatre roues motrices, et… » oui, mais il y a le câble.

    Mais nous sommes quand-même attirés par la bonté suprême de Dieu puisque l’Amour éternel nous attire.

    Dès que tu aimes quelqu’un, c’est parce qu’il t’attire, et donc il est plus grand que toi, ce que je vous disais tout à l’heure. Il y a une espèce d’aspiration, et du coup, tu ne peux plus vivre pour toi-même, c’est l’autre, et donc tu expires, et du coup, en expirant en lui, tu viens être brûlée comme une inspiration d’Amour.

    La Spiration est l’inspiration, l’expiration, l’aspiration, au carré parce que vous êtes deux. Ça va ?

    Ce serait très joli de regarder au point de vue sémantique : ex-spiration, in-spiration, et a-spiration. Nous voyons bien que tout ça, ça s’annule. Et vous êtes deux, donc au carré, communion des personnes. Ça fait Spiration. C’est le seul mot qu’on a trouvé pour voir qu’entre le Père, dans la Très Sainte Trinité…

    Dans la Très Sainte Trinité, il y a un seul Dieu. Comment expliquer que dans la Très Sainte Trinité il y a un seul Dieu et trois Personnes, et chacune des trois Personnes est Dieu unique à Lui tout seul ? Comment expliquer ça ?

    Eh bien ça s’explique par l’Amour, parce que Dieu est Amour, l’Etre de Dieu est l’Amour.
    C’est pour ça que Dieu est l’unique nécessaire, Il se suffit à Lui-même parce qu’Il est tout Amour.

    Mais s’Il s’aime Lui-même dans un repli sur Soi total, ce n’est plus de l’Amour, c’est de ... ?
    Il faut connaître ce terme très important : le contraire de la Spiration c'est l’ipso-ipsisme. Ipso : moi, moi-même, en moi-même ; isme : l’idéologie du moi qui se retourne sur le moi-même dans moi-même : moi au cube. C’est le contraire de la Spiration.

    - Je n’ai pas compris la différence entre l’inspiration et l’aspiration. Par l’expiration…
    - Par l’expiration, tu meures dans l’autre, c’est ce que vit l’autre que tu veux vivre, sinon tu ne l’aimes pas.

    - J’expire en elle. Alors l’inspiration, c’est le contraire ?
    - Puisque tu expires dans l’autre, tu viens l’habiter, et donc tu inspires l’autre.

    - Et l’aspiration ?
    - L’aspiration, c’est que tu l’attires. C’est simple.

    - Donc il y a une expiration, suivie d’une inspiration…
    - Non, ce n’est pas suivi, c’est simultané. Mais quiconque a aimé comprend ça tout de suite. [Rires]. Dès que tu fais un acte d’adoration en esprit et en vérité, c’est ça que tu vis : Jésus meurt en toi, tu meurs dans le Christ, Jésus t’attire, Jésus s’est laissé happer par toi.

    - [Inaudible]
    - Elle me pose la question : pourquoi Spiration ? J’explique Spiration.

    Dans la Très Sainte Trinité, il est bien évident qu’il y a une Personne, Dieu est un pur Esprit et donc Il a une activité, Il est vivant, Dieu est un Être pleinement vivant, c’est une Vie parfaite.

    Or Il est pur Esprit.
    Un esprit, qu’est-ce qu’il fait ?
    La chose la plus grande de la vie spirituelle, c’est de contempler, donc Dieu contemple Dieu.

    Quand Dieu contemple, c’est le Principe, le Père.
    Dieu contemple, c’est le Père.

    Il contemple qui ? Il contemple Dieu.
    Dieu est contemplé, c’est le Verbe, le Fils.

    La contemplation de Dieu est tellement parfaite que quand Dieu contemple, c’est une Personne.
    Parce que Celui qui contemple est toujours séparé de Celui qu’Il contemple. C’est pour ça qu’il y a une distinction radicale, parce que la contemplation en Dieu est forcément parfaite, donc il y a une séparation qui va jusqu’à la substance en Dieu. Sinon sa contemplation n’est pas divine, sinon Il n’est pas Dieu.

    Et du coup le Verbe de Dieu… Quand tu contemples quelqu’un, tu es face à lui. Comme la contemplation en Dieu est parfaite, quand Dieu contemple, Il est donc séparé, sous un certain rapport, de Celui qu’Il contemple. Et qui est contemplé ? C’est Dieu qui est contemplé. Donc il y a une distinction qui va jusqu’à la substance entre Dieu qui contemple et Dieu qui est contemplé.

    C’est pour cela qu’il y a cette double Hypostase, en disant : il y a le Père, il y a le Fils. Il y a Dieu qui contemple, le Principe de toute sa Vie contemplative en Dieu, et puis Celui qui est contemplé, le Verbe.

    Quand vous vous contemplez vous-même apparaît en vous un fantasme qui vous représente intérieurement ; et à partir de ce fantasme, un concept de vous-même ; et dans ce concept un verbe de vous-même ; et vous contemplez ce verbe de vous-même. Si vous vous contemplez vous-même, il y a un processus, par le jeu de l’intellect possible et de l’intellect agent (actif) qui fait que naît un verbe en vous.

    Quand nous nous contemplons nous-mêmes, le verbe de nous-mêmes est très débile, tandis qu’en Dieu la contemplation est parfaite, et donc ce Verbe n’est pas du tout débile !, et par conséquent c’est effectivement Dieu qui est contemplé, ce ne sont pas des fantasmes, parce qu’il n’y a pas de fantasme en Dieu.

    Les gens qui ramènent tout au point de vue psychologique ne peuvent pas être croyants. C’est à ça que vous reconnaissez quelqu’un qui est croyant et quelqu’un qui n’est pas croyant. Quelqu'un qui n'est pas croyant ramène tout au niveau de l’image. Et il ne peut pas faire autrement, il est né dans ce milieu-là.

    Je disais ça à quelqu’un hier. Personnellement, et vous non plus, nous ne sommes pas nés dans un monde où c’est l’image, l’image, l’image tout le temps, le point de vue psychologique tout le temps. Les gens vivaient normalement, ils avaient une vie familiale qui était normale. Ce n’était pas du tout les idéologies.

    Je me rappelle, j’étais petit, mais ça me marque quand-même, mon papa mettait la radio une fois par jour. « Au revoir mes amis, et à dimanche prochain pour les dernières nouvelles de demain. » Sinon, pour tout le reste, nous avions une vie normale, tandis qu’aujourd’hui…

    [Interruption de l’enregistrement en fin de troisième cassette.
    La quatrième cassette manque.]


    5. Dans l’Evangile de Jésus selon saint Jean

    [Le début de l’enregistrement de cette partie est sur la quatrième cassette, manquante.
    Le début du texte ci-dessous correspond donc au début de la cinquième cassette.]

    (...)

    Troisièmement, troisième repas.

    Marie-Madeleine verse un parfum qui est à peu près l’équivalent de vingt millions de centimes, l’équivalent d’une année de salaire, dans un flacon d’albâtre pas plus grand que ça. Elle verse du nard sur les pieds de Jésus.

    Il y avait de quoi, d’après les spécialistes, embaumer toute la ville de Jérusalem pendant une semaine avec ce parfum. C’est ce que dépensait toute la ville de Jérusalem pendant la Pâque. Il y avait quand-même deux millions d’habitants pendant la Pâque.

    Judas a dit : « Ah, les pauvres ! » C’est terrible, le parfum, parce quand on louche sur l’argent… Tu jettes l’argent, comme on fait en Afrique quelquefois : le griot joue du tam-tam, alors les marabouts arrivent et jettent un billet. On peut toujours ramasser l’argent par terre, mais un parfum, on ne peut pas, c’est gâché. Judas a horreur de ça, Judas n’aime pas ça.

    Judas n’était pas à Cana, Judas était à la multiplication des pains, et Jésus après la multiplication des pains dit… Nous allons lire ça, nous allons nous contenter de lire, ce sera déjà pas mal, donc nous allons y revenir, mais en attendant :

    Troisièmement : la gratuité extraordinaire de l’Amour.
    C’est l’action de grâce de Marie à Bétanie.

    Jésus a ressuscité son frère, et elle est dans une gratitude totale. Il l’a sauvée du démon, puis après de sept démons, du mal, elle est arrachée, elle est libre, et Il a donné la vie à son frère (Jean, 11). Par gratitude, elle se livre tout entière aux pieds de Jésus. Elle a écouté son enseignement et maintenant elle donne tout. C’est extraordinaire. L’Eucharistie, action de grâce, nous l’avons dit.

    Quatrièmement : Jésus institue l’Eucharistie au cours du dernier repas.
    Evangile de saint Jean, chapitre 13. Le point de vue de l’Institution.

    Puis cinquième repas. Jésus ressuscite, les 153 poissons sur les bords du Lac de Tibériade, et Il dit : « Venez manger » (Jean, 21, 12). Il avait préparé Lui-même le repas : un poisson sur la braise. Il donne à manger le poisson qui est sur la braise.

    Saint Augustin dit que le poisson, ictus… « Iesus Christos Theo uios soter », en grec, « Jésus Christ, Fils du Dieu Sauveur », donne ces initiales : ICTUS, et la transposition du grec en latin donne poisson.

    Donc le poisson qui grille sur les braises ardentes de la Résurrection, c’est le Christ qui se donne à manger Lui-même.

    Il récapitule les 153 poissons de la barque de Pierre, c’est-à-dire la barque du Pape sur les eaux limitées du temps. Le lac, c’est le temps. Vous prenez de l’eau, ça fuit comme le temps. Vous ne pouvez pas saisir le temps, ça fuit, le temps, comme dit Héraclite. Et la barque de Pierre… nous savons bien, je vous ai dit ça tellement souvent que tout le monde peut le répéter.

    Et Jésus demande de compter les poissons. Jésus sait qu’à la fin des temps, notre intelligence sera une intelligence sur la quantité, alors Il demande de compter les poissons : 153.

    Je m’éloigne de 153, sinon j’en ai pour deux heures !

    En tout cas, vous voyez, 153, c’est le mystère de l’Eglise, c’est la barque de Pierre, la barque du Pape. La barque de Pierre exprime l’Eglise du Pape qui jette les filets dans l’univers des pécheurs et qui ramène les poissons sur le rivage solide de la Résurrection. A ce moment-là, il n’y a plus qu’un seul poisson à manger, c’est Jésus. 153, c’est le Corps mystique de l’Eglise, et en fait il n’y a qu’un seul poisson à manger, c’est le Christ ressuscité.

    Vous avez donc ici ces cinq aspects, dans l’Evangile de saint Jean, du Mystère de l’Eucharistie : cinq repas. Ça structure tout l’Evangile de saint Jean. L’Eucharistie est la trame de tout l’Evangile de saint Jean, comme c’est la trame d’ailleurs de tout l’Ancien Testament.

    Et Cana (Jean, 2) exprime que nous ne pouvons atteindre le Mystère de l’Eucharistie qu’à travers l’oraison. Il faut vivre du Saint-Esprit, il faut supplier l’Esprit-Saint. Il faut accepter, il ne faut pas refuser que l’Esprit-Saint anime nos âmes, nos cœurs, nos corps, nos intelligences.

    La multiplication des pains, chapitre 6 de l’Evangile de saint Jean.
    Le grand lieu, c’est le chapitre 6, alors nous y allons.

    J'ai presque envie de vous le résumer plutôt que de le lire, parce que sinon ce serait trop ong.

    D’abord j’ai presque envie de vous dire quand même, pour les nouveaux qui ne connaissent pas, 153. Oui, parce que quand-même, il ne faut pas oublier que dans la multiplication des pains, tu as cinq poissons pour commencer, et cinq mille hommes. Et à la fin, 153 poissons. Entre les deux, qu’est-ce qui s’est passé ?

    Aujourd’hui, nous sommes en classe de maternelle, pour notre intelligence, donc il faut commencer par 1 + 1 + 1. Comme dit le Père Emmanuel : « Ah, vous avez suivi les retraites avec le Père Patrick. Qu’est-ce qu’il est emmerdant ! 15 – 4 + 1 = 12, moi ça me fatigue. » J’espère que ça ne vous fatigue pas trop ? Donc 1, 5, 3… Il ne vous a jamais dit ça ?

    - Si si.
    - Moi, ça m’embête depuis quatre ans, les chiffres !
    - Il les faut.
    - Bon.

    Le mystère de l’Eucharistie, c’est-à-dire : pour faire partie de l’Eglise de Jésus et passer du caractère un petit peu marécageux du Lac de Galilée…

    Nous sommes quand-même en sécurité parce que nous sommes dans l’Eglise de Pierre, dans l’Eglise du Pape, ça, ça va, mais pour faire partie de ces 153 poissons, c’est-à-dire pour aller jusqu’à la victoire de l’Amour et de la Résurrection, c’est-à-dire jusqu’au terme de l’Eucharistie, il faut quand-même commencer par ce qu’exprime le point de vue du 1.

    Le 1, c’est l’adoration. Nous ne pouvons pas approcher de l’Eucharistie si nous ne sommes pas des adorateurs. Il faut adorer.

    Il faut d’abord voir que nous sommes seuls. Qu’il y a seulement Dieu qui est seul dans ma solitude, et qui fait que j’existe. Et donc, c’est Dieu seul qui compte pour moi. D’ailleurs pour tous les sacrements, il y a 1, 5, 3. Je dois adorer, je suis dans un état d’adoration, c’est-à-dire que je dépends totalement de Dieu, 1, parce qu’il y a un seul Dieu. Il est l’unique nécessaire.

    A l’ermitage, j’ai eu chez moi quelqu’un - je ne dirai pas son nom - pendant neuf mois, il faisait oraison pendant cinq heures chaque jour, sans s’arrêter. Au bout de neuf mois, je lui ai dit : « Qu’est-ce que tu fais dans ton oraison, qu’est-ce que tu contemples ? »

    Il me dit : « Je contemple l’Ipsum Esse Ipsisme …… » Ça vous en bouche un coin ! C’est-à-dire : « Je contemple Dieu qui est Un et qui existe par Lui-même. Et c’est nécessaire qu’Il existe, et c’est cette nécessité dans l’existence de l’Etre premier que je contemple. Celui qui subsiste, c’est l’unique nécessaire. C’est la nécessité métaphysique totale. Je suis englouti là-dedans. »

    Cinq heures de suite ! Cinq heures, ce n’est pas mal ! Moi, je n’y arrive pas.

    Vous voyez, il passe de 1 à 5. Je suis convaincu que pour faire cinq heures d’oraison dans l’unique nécessaire, il faut la grâce. C’est naturel, pourtant, de contempler l’unique nécessaire, nous n’avons pas besoin de la grâce, mais cinq heures de suite, il me semble qu’à cause du péché originel, il faut la grâce quand-même.

    5, c’est la grâce, le Mystère de Marie, le Mystère de la grâce.

    Comme je vous l’ai expliqué ce matin, 1, c’est Dieu, mais à l’intérieur de Dieu, Il est contemplatif, Il engendre un Verbe intérieur. Dieu contemple, Lumière née de la Lumière. Quand Dieu contemple, Il engendre un Verbe, le Verbe est engendré, il y a une fécondité en Dieu.

    La contemplation en Dieu c’est le Verbe, c’est le Fils de Dieu, deuxième Personne de la Très Sainte Trinité. 2, la contemplation.

    3 : les deux premières Personnes de la Très Sainte Trinité s’aiment et forment une nouvelle Réalité qui est la troisième Personne de la Très Sainte Trinité. L’Amour en Dieu, c’est 3.

    Quand Dieu décide de créer à l’extérieur de Lui-même tout un univers, toute une création, son acte créateur, sa création, c’est 4. Les 4 éléments, les 4 coins de l’univers, etc.

    Mais Dieu crée par Amour, donc l’Amour veut l’unité, donc il faut qu’il y ait une relation entre Dieu et la création. Cette relation qui fait qu’il y a l’unité entre Dieu et sa création, 5, c’est ce qu’on appelle la grâce.

    Et la grâce en personne, « Je vous salue Marie pleine de grâce », la grâce en personne, la grâce incarnée, c’est Marie. De même que Dieu incarné, le Verbe incarné, c’est Jésus.

    La grâce est quelque chose de créé, c’est la relation entre la créature et Dieu qui n’est pas créé. Dieu n’est pas créé, Il est incréé, tandis que nous, nous sommes créés. Mais quand l’Incréé se met en relation avec nous qui sommes créés, cette relation est forcément créée.

    - Et en tant que Verbe ?
    - Le Verbe de Dieu, Lui, Il est « engendré, non pas créé », puisque le Verbe est éternel. Il est incréé, puisqu’Il est Dieu, Il est incréé, le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu. Dieu contemple éternellement, donc Il n’a jamais été créé, Il existe toujours. Ça va ?

    Bon. 5, c’est la grâce, et la grâce en personne, c’est Marie. Le mystère de l’Immaculée Conception, la plénitude de grâce, c’est le mystère de Marie. C’est le mystère, au fond, de la Source de grâce, puisque la Source de toutes les grâces, c’est le Cœur ouvert de Jésus, c’est le mystère de la Plaie du Cœur.

    5, c’est le mystère de Marie, c’est le mystère de la grâce, c’est le mystère des sacrements et de l’Eucharistie, et enfin c’est le mystère de l’Eglise. Voilà les cinq significations du chiffre 5, mais avant tout c’est le mystère de Marie.

    Nous pouvons, par les seules forces de notre intelligence naturelle, sans la foi, sans la Révélation, sans la grâce, toucher notre Créateur, comme Plotin Le touchait réellement, L ’adorait naturellement. Il suffit que nous soyons un tout petit peu intelligents pour ça.

    « Ah mon Père, vous savez, moi j’ai la foi, je crois bien qu’il y a quelque chose qui existe là-haut, qui fait que tout ça existe.
    - Ce n’est pas la foi, c’est du bon sens, ça prouve que vous avez du bon sens. Savoir qu’il y a quelque chose qui existe ne relève pas de la foi, il suffit d’être un tout petit peu intelligent, d’être un peu éveillé. Il y a quelque chose qui existe, mais évidemment qu’il y a quelque chose qui existe. C’est une découverte ? »

    « Ah j’ai la foi, j’ai découvert qu’il y avait un œuf sur le plat à midi.
    - Ce n’est pas la foi ça. C’est normal, enfin, il ne faut pas dire des choses pareilles. »

    La foi, c’est quoi ? La foi, c’est…

    J’adore Dieu, j’atteins Dieu, je touche mon Créateur, je touche l’Etre premier, ça, c’est possible.

    Mais pour rentrer à l’intérieur de sa Vie intime et voir qu’il y a trois Personnes, Le connaître d’une manière personnelle… Quand vous connaissez quelqu’un personnellement, il y a une communion des personnes. Or il se trouve qu’en Dieu, il y a trois Personnes.

    Donc pour passer du toucher de la créature par rapport à son Créateur, lequel est un vrai toucher qui va jusqu’au physique, c’est naturel, il n’y a pas besoin de la grâce, ni de la foi. Pour adorer, je n’ai pas besoin de la foi, il faut être sévère là-dessus.

    « Moi, j’ai perdu la foi.
    - Ce n’est pas sûr. Tu as rejeté une tradition familiale, ce qui n’est pas pareil. »

    C’est quoi, la tradition familiale ? La tradition familiale ce n’est pas la communion des personnes, la tradition familiale c’est le point de vue d’une ambiance religieuse.

    J’espère que je vous ai bien choqués en parlant du musulman à qui on donne un coup de pied aux fesses quand il se prosterne, parce que c’est ce qui se passe de la même manière quand on rejette la foi d’une tradition familiale : on donne un coup de pied aux fesses de sa famille, parce que dans sa tradition religieuse il y a quelque chose qui ne va pas, et on rejette ça.

    Et on rejette toujours un aspect faux de la religion parce qu’on a la foi, justement, et on ne supporte pas le scribe qui est là, le pharisien, la tradition religieuse. Il y a quelque chose de psychologique là-dedans, c’est insupportable !

    Mais la foi, c’est tout à fait autre chose, c’est de vouloir vivre de l’Amour et de la communion des Personnes, de rentrer dans l’intimité de Dieu. Souvent nous avons gardé la foi, vous savez, mais nous confondons.

    La tradition familiale ce n’est pas la foi, la tradition familiale c’est une ambiance religieuse. L’ambiance religieuse, c’est par rapport au Créateur, ce n’est pas par rapport à la Très Sainte Trinité.

    Vous n’avez jamais vu l’Esprit-Saint se balader dans la famille. Tu as vu, toi, l’Esprit-Saint se balader dans la famille ? Moi je n’ai pas vu, j’ai vu mon père qui disait la prière, alors sa narine se soulevait à mesure, ça faisait éclater de rire ma sœur, mon père restait stoïque, mais à la fin de la prière tout le monde était tordu de rire, nous étions neuf par terre, tous les soirs. C’était la grosse fête, je vous assure, la fête du soir. C’est ça la foi ? C’était sympa. Chez nous c’était sympa.

    Par la prière familiale, nous essayons d’exprimer ensemble qu’il y a quelque chose qui nous dépasse : le Créateur. Ce n’est pas la foi.

    Vous savez ce qui se passe entre un mari et une femme, entre un père et une mère, alors pour faire une prière qui ait toute sa force… Alors on rejette la tradition familiale, c’est un peu normal, parce qu’on a besoin d’authenticité et on respecte la foi.

    Nous avons reçu la grâce de la foi.

    Du coup, nous avons besoin de repasser par le mystère de Marie, le mystère de l’Eucharistie, 5, le mystère du Cœur blessé de Jésus.

    Il faut rencontrer personnellement cette Plaie ouverte, ce Baiser de l’Agneau de Dieu.
    Il faut avoir la rencontre personnelle avec Jésus.
    Le Nom de Jésus, rien que le Nom de Jésus.

    Nous sommes capables, comme dit l’épître aux Romains, chapitre 10, verset 10, nous sommes capables de prononcer avec nos lèvres le Nom de Jésus pour qu’Il descende dans notre cœur et qu’Il l’atteigne, dans une expérience personnelle d’Amour.

    Il faut supplier, évidemment, en même temps, la Sainte Vierge de nous aider. Il faut supplier l’Esprit Saint d’être là. Il faut aimer notre prochain quand nous faisons ça. Et il faut que notre intelligence soit réveillée.

    Si ces cinq conditions sont réunies, à ce moment-là nous pouvons rencontrer personnellement, dans une expérience réelle et personnelle, Jésus crucifié, Jésus qui nous aime. Alors nous sommes bouleversés.

    Ça, c’est 5. Il faut que nous passions par le mystère de l’Eucharistie, il faut que nous passions par le mystère de Marie.

    Nous adorons, mais c’est avec la grâce que nous pouvons passer de cette adoration à la Très Sainte Trinité.

    Parce que nous ne pouvons pas rentrer dans l’intimité de la Très Sainte Trinité, comme dit le Cantique des Cantiques (7, 9), en haut du palmier – grimpez en haut du palmier, allez-y, c’est haut, un palmier ! – pour saisir les grappes de la Très Sainte Trinité, l’intimité. C’est pour ça que nous ne pouvons pas atteindre la Très Sainte Trinité à la force du poignet. Nous pouvons monter à la force du poignet, mais dans huit siècles nous ne serons pas arrivés : Tour de Babel, nous n’y arriverons pas.

    Nous pouvons adorer, ça d’accord, mais pour la Très Sainte Trinité, il faut la fusée du Saint-Esprit qu’on appelle la grâce.

    C’est Marie, ce cheval blanc prodigieux de l’Apocalypse, le cheval blanc, fusée du Saint-Esprit, la grâce.

    Par la grâce, par Marie qui nous fait rentrer dans la Plaie du Cœur, ah ça y est, nous rentrons à l’intérieur de Dieu et nous saisissons le Père, nous sommes en communion avec le Christ, pour faire une seule vie avec Lui, et nous sommes dans la jubilation du Saint-Esprit.

    Et comme les trois Personnes ont une manière de nous aimer totalement différente, nous connaissons distinctement le Père, le Fils et l’Esprit-Saint expérimentalement parlant.

    Et ça personne ne peut nous l’arracher.
    Et ceci est en nous à l’état de germe, vous comprenez ?

    Voilà ce que fait le mystère de l’Eucharistie.

    Nous donnons cinq pains et deux poissons, et du coup Marie…

    Mille est un mystère de l’Immaculée Conception, comme je vous l’ai dit. C’est facile à comprendre, parce que les dix Commandements de Dieu, c’est-à-dire l’amour du Père, l’amour du Fils et l’amour du Saint-Esprit, et l’amour plénier au point de vue humain (7) qui se rassemblent en Marie, et multipliés au cube parce qu’elle vit des dix Commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain dans ses trois dimensions de l’homme, dans la Résurrection et dans la Très Sainte Trinité : 10 x 10 x 10, soit 1000 : voilà le mystère de l’Immaculée Conception.

    Quand l’Immaculée Conception est passée par l’Eucharistie, ça y est, le mystère de l’Eglise est là, le Corps mystique est arrivé.

    Voyez comme le Pape Paul VI disait, dans Mysterium Fidei, que le Corps mystique c’est quelque chose qu’on a inventé dans l’Epître et que les Pères attribuaient à l’Eucharistie ; et aujourd’hui on dit que le Corps mystique c’est l’Eglise.

    Nous sommes passés du 12e siècle : deuxième repas, au 20e siècle : cinquième repas.

    Voyez les petites choses auxquelles il faut faire attention. C’est un signe, ça aussi.
    Il y a beaucoup de petits jalons comme ça dans la contemplation, la profession de foi de l’Eglise.

    Evidemment, il est normal que plus l’Eglise se rapproche de la fin, plus le petit reste se fait petit. Là, ils sont cinq mille, et il n’y avait pas beaucoup de pains. C’est sûr, à la fin, c’est le petit reste. Ce n’est pas gênant, c’est même beaucoup mieux.

    Nous allons commencer à lire l’Evangile de saint Jean, chapitre 6.

    Jésus prend les cinq pains et les deux poissons, les multiplie pour ces cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.

    Ça, c’est quand-même assez génial ! Comptez : quand il y a cinq mille hommes, il y a forcément les femmes ; et il y a forcément deux fois plus de femmes, pour suivre un prophète (en général, c’est comme ça, parce que les hommes travaillent) ; et puis il y a les enfants, à cette époque-là ils étaient nombreux ; donc ils étaient quand-même vingt mille au moins.

    Alors il y avait un petit garçon qui avait un petit sandwich que sa maman avait préparé.

    Les apôtres disaient : « Jésus, il y a quelque chose qui ne va pas, Il ne se rend pas compte, c’est un prophète, Il n’a aucun sens des réalités, nous nous trouvons maintenant à vingt kilomètres de la première boulangerie, nous sommes vingt mille, nous allons tous mourir. Après on dira : « Regardez ça ! », et qui est-ce qui va prendre tout dans les dents, c’est nous. » Il y en a qui murmurent, mais enfin il y en a un qui a louché : il y a un enfant qui a cinq pains et deux poissons.

    « Jésus monta sur la montagne et là il s’assit avec ses disciples. Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche. »

    C’est l’approche de la Résurrection.

    « Jésus ayant levé les yeux », la contemplation du Christ, « et voyant qu’une grande foule venait à lui dit à Philippe : « Où achèterons-nous du pain pour que ces gens aient à manger ? »

    Jésus savait très bien que les apôtres trouvaient ça un peu gonflé.

    « Il disait cela pour l’éprouver, parce que lui savait ce qu’il devait faire. Philippe lui répondit : « Deux cents deniers de pains ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive une miette. »

    On sent qu’il est énervé.

    « Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : « Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons… »

    Il n’avait rien dit jusqu’à maintenant, mais puisque Jésus dit qu’il faut leur donner à manger, lui avait louché : « Moi je n’ai rien à manger, mais lui il a cinq pains et deux poissons », il avait fait comme Caïn et Abel, il avait louché sur le pique-nique du petit garçon. Comme c’était quelqu’un qui était formé par Jésus depuis quelques mois déjà, il n’avait rien demandé.

    « … mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » Jésus dit : « Faites-les asseoir ». Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. »

    L’herbe est toujours le symbole de la grâce. Quand Jésus est sur la montagne, Il est sur le sommet de son Mystère, donc Il s’installe dans le Verbe, Il regarde vers le Ciel, Il contemple le Père, Il s’assied, Il prend la nourriture eucharistique et Il donne. Vous voyez : la grâce. Il faut s’asseoir et se reposer dans la grâce.

    « Ils s’assirent donc au nombre d’environ cinq mille. Jésus prit les pains, et ayant rendu grâce, Il les distribua à ceux qui étaient assis ; Il leur donna même les deux poissons, autant qu’ils en voulurent. »

    Jésus se donne Lui-même et Il donne le mystère de l’Eglise à chacun d’entre nous. Ça c’est quand-même extraordinaire. A travers le mystère de l’Eucharistie, Il se donne Lui, son corps, son âme, sa grâce, sa Divinité, la Très Sainte Trinité, et sa Gloire, les cinq ; et en même temps Il donne Marie et Il donne l’Eglise. Et donc quand nous vivons de l’Eucharistie, Il donne en même temps les deux poissons. C’est prodigieux !

    Or je tiens à vous dire, puisque nous sommes dans le 5…

    Il faudrait que je vous fasse un jour un tableau à cinq colonnes. Vous avez le tableau à sept colonnes, à partir des sept dimensions de l’homme, et il faudrait faire un tableau à cinq colonnes, à partir des cinq modalités de l’acte, mais il faut progresser encore au point de vue intellectuel.

    Quelles sont les cinq parties du Corps mystique qui est l’Eglise ?

    Allez, vous, vous avez appris votre catéchisme, vous vous en rappelez : quelles sont les cinq parties du Corps de l'Eglise ?

    L’Eglise est un Corps. L’Esprit-Saint nous rassemble dans un seul Corps.

    Première partie du Corps mystique de l’Eglise : la T ête. La T ête, c’est qui ? C’est le Christ ressuscité.

    Le lien entre la T ête et les membres, c’est Marie.

    Résurrection, Assomption, qui s’ouvrent pour nous embrasser dans le mystère de l’Eucharistie.

    Du coup, ils enfantent les saints, l’Eglise triomphante, toutes les âmes séparées jubilant dans la vision béatifique, touchant le Corps ressuscité du Christ et trouvant à travers le Corps ressuscité du Christ dans leur âme la consolation de la séparation de leur corps en (…).

    Ensuite, les âmes qui ne sont pas encore dans la vision béatifique, qui sont dans la purification. En ce moment, c’est la semaine où nous pensons principalement à eux, du 1er novembre jusqu’au 7 novembre. C’est l’Eglise souffrante, ce sont ceux qui souffrent, mais ils sont heureux parce qu’ils sont sauvés, et ils ont un amour prodigieux, une espérance et une charité parfaites. Ils n’ont plus la foi puisqu’ils ont vu le Christ ressuscité, mais ils n’ont pas pénétré encore dans la Très Sainte Trinité. C’est l’Eglise souffrante, l’Eglise purifiée.

    Et enfin, l’Eglise militante. C’est l’Eglise de la terre, tous ceux qui étant baptisés, ont la foi, qu’ils le sachent ou qu’ils ne le sachent pas, qu'ils aient la foi explicite ou la foi implicite, le musulman par exemple qui est chrétien sans le savoir.

    Je me rappelle de Sadou, quand on distribuait la nourriture aux affamés au Sahel. Sadou était un homme extraordinaire. C’était un Bouzou. Les Bouzous forment une tribu qui est esclave des Touaregs.

    Je n’ai pas eu vingt mille hommes, j’ai eu cent mille hommes à nourrir pendant un an. J’avais vingt-quatre ans, j’étais plus jeune que le Christ et je n’avais pas le pouvoir de multiplier les pains. Je vous affirme que j’ai essayé de multiplier les pains, ça n’a pas marché. (…)

    En même temps, vous aviez l’Eucharistie. Je ne sais pas si vous connaissez la Basilique d’Ars. C’est une Basilique presque souterraine, en béton. Sur l’autel, vous avez beau mettre plein de calices, plein d’hosties dedans, vous n’atteignez pas vingt mille hosties. Et il y avait vingt mille communions à donner. Vous voyez le problème ?

    Alors le brave Ephraïm, qui est un type que j’aime bien, repérait les prêtres qui étaient là et qui concélébraient, et qui avaient perdu la foi – qui n’avaient pas perdu la tradition familiale mais qui avaient perdu la foi, vous voyez la différence ? Un curé qui a perdu la foi se repère immédiatement – et il disait : « Vous donnez la communion ».

    Alors ils y allaient, et quand il n’y avait plus que dix hosties dans le calice et qu’il y avait encore mille personnes devant eux… il y avait encore mille hosties. Après ils revenaient, et ils célébraient l’Eucharistie d’une manière un petit peu plus fervente.

    Moi-même j’ai vu des multiplications eucharistiques.

    Donc quand j’ai vu tous ces affamés, j’ai fait comme Judas : « Mais enfin les pauvres, c’est important non ? Allez Seigneur, il faut multiplier les pains, vas-y » mais ils ne se multipliaient pas. J’ai dit : « Seigneur, Tu es gonflé quand-même ! ». Il faut voir le contexte. Je ne connaissais pas la langue du pays, l’haoussa. C’était sur mes épaules tout ça. Et en plus ce n’était pas mon métier, je n’étais pas venu pour ça, j’étais venu pour être animateur culturel, franchement ce n’est pas la même chose.

    - C’était en quelle année ?
    - 1974-1975.

    - Vous parliez du musulman.
    - Oui, il y avait Sadou qui était là au milieu. Sadou était quelqu’un d’extraordinaire, parce qu’il était esclave jusqu’au bout des ongles. Il était de la tribu des Bouzous, mais très pauvre. Et c’était un musulman, un adorateur, ah ça oui ! Quand il a vu qu’il y avait des pauvres qui manquaient de pain, à qui on ne donnait pas leur dû…

    Les milliards envoyés par l’UNICEF, le CCFD etc, allaient dans les banques suisses, je n’ai pas vu un centime arriver dans la bouche des affamés, je peux vous le dire personnellement. Les seuls qui sont arrivés sont venus du Secours Catholique Caritas Rome. J’ai reçu peu, je ne me souviens plus exactement des chiffres, mais très peu. On voulait les homicider, on voulait en profiter pour faire une espèce de génocide.

    Et lui, Sadou, était disponible pour la gratuité et dans la gratuité, dans un amour gratuit, et c'était par rapport au pain.

    J’ai essayé de me faire aider par les musulmans au maximum, mais au bout de six mois, j’ai abandonné, je n’ai pris que des chrétiens, parce que les musulmans, systématiquement, détournaient, dès qu’ils pouvaient. Il n’y avait que les chrétiens qui ne gardaient rien, même pas un grain, pour eux. Ils étaient trop respectueux, ce n’était pas à eux.

    Je vous affirme qu’il n’y avait que Sadou qui était musulman qui respectait le pain des pauvres, il est le seul. Oh, il adorait. Il n’avait pas la foi chrétienne explicitement.

    A la fin, il m’a dit : « Moi, je suis musulman ».
    Je lui ai dit : « Je suis encore plus musulman que toi, encore plus, beaucoup plus. C’est difficile pour t’expliquer. Mais c’est bien.
    - Toi et moi, on a la même foi.
    - C’est vrai. »

    A la fin, tout à fait à la fin, parce que quelqu’un qui est religieux et qui a la foi sans le savoir, est un homme secret et il vit intérieurement, il m'a dit à la fin, avant que je parte :
    « Maekita...
    - Oui, qu'est-ce qu'il y a ?
    - Je vais te dire quelque chose.
    - Ça va.
    - Maekita, tu sais, moi j’aime Dieu.
    - Je le sais, j’ai vu. Et tu Lui parles ?
    - Oui.
    - Et Lui, Il te parle ?
    - Oui.
    - Comment ?
    - La nuit, quand je dors, le ciel se déchire et Il vient me parler, Il me dit : « Tu vois, Sadou, ça c’était bien, et ça c’était moins bien ». Alors le matin quand je me réveille, je fais comme Dieu a parlé.
    - Oui, et quand Il te parle tu vois quelqu’un ?
    - Oui.
    - Et à quoi ressemble-t-Il ? Un ange, une libellule, un papillon ?
    - Un homme.
    - Comment est-Il habillé ?
    - Avec une tunique.
    - De quelle couleur ?
    - En blanc.
    - Et… Il n’a pas une ceinture en or ?
    - Oui.
    - Il est noir comme toi ou blanc comme moi ?
    - Plutôt comme toi.
    - Il n’a pas une barbe ?
    - Oui.
    - Est-ce que tu demandé à ton marabout qui c’est ?
    - Oui, j'ai demandé au marabout.
    - Est-ce que le marabout t'a dit qui c'est ?
    - Le marabout m'a dit qui c'est.
    - Qu'est-ce qu'il a répondu ?
    - Il a dit : « C’est Sidna Issa ». »

    Donc quand Dieu parle, c’est le Verbe, et le Verbe, c’est Sidna Issa. C’est en toutes lettres dans le Coran. Sadou vivait du Christ, il était chrétien, et ayant donc la grâce, il pouvait faire partie de l’Eglise et donner le pain aux pauvres.

    Tandis que quand je retournais à Maradi, au village, il y avait ces espèces de chrétiens soi-disant catholiques ou protestants – il y en avait environ soixante-dix – qui se prélassaient l’après-midi dans la piscine, avec des Africains en costume blanc qui leur présentaient le whisky. A trois cents mètres de là je faisais des distributions de nourriture.

    Je vous affirme que ça faisait peine à voir. Alors lequel avait la foi chrétienne ?

    Je suis allé une fois à la piscine parce que je devais aller à Niamey, qui était à quatre cents kilomètres. Piscine, whisky, cigares... on m’a dit : « Ah c’est vous qui vous occupez de la nourriture, ah mon ami ! Merveilleux ! Je suis très heureux de vous connaître, très très heureux, c’est bien ce que vous faites !
    - Oui, merci. Je cherche une voiture pour aller à Niamey.
    - Oui, c’est très bien. J’ai entendu dire que c’est affreux, il paraît qu’on frappe les éprouvés, quelle horreur ! »

    Ils n’y étaient jamais allés ! Et c’est moi qui avais la cravache.

    « C’est moi qui ai la cravache. Vous voulez que je vous jette dans la piscine ? Je cherche une voiture pour aller à Niamey. »

    C’est incroyable ça ! Quand on regarde les distributions de nourriture qu’il y avait après la guerre de l’Iran, à la télévision, il y avait de ces scènes ! C’est honteux, la manière dont ils distribuaient la nourriture aux Kurdes.

    - Honteux !
    - C’est une honte !

    Des gens qui ont faim, il faut quand-même savoir ce que ça veut dire. Quand on a faim, c’est épouvantable, on ne peut pas imaginer pire que ça ! A un moment donné, c’est l’estomac qui se replie sur lui-même et qui se dévore lui-même. Une fois que c’en est là, évidemment, vous ne pouvez plus rien faire. C’est épouvantable !

    Alors vous vous rendez compte, la fureur dès qu’ils voient un camion arriver, ils se précipitent, et ils sont deux ou trois mille. Mais s’ils se précipitent, ça fait au moins deux cents morts. Il faut avoir une cravache. On ne tape pas sur eux, évidemment. Je vous donne le système, si jamais un jour vous le faites. Vous sortez du camion, vous les mettez à distance et vous faites le tour en tapant par terre. Du coup, ils rigolent, et ils se tiennent à distance. Mais je n’ai jamais frappé personne.

    Il y en avait quelques uns qui malheureusement le faisaient, mais c’était les marabouts, et c’était obligé qu'ils soient là parce que le préfet m’avait donné l’autorisation de distribuer de la nourriture à condition que les gens aient l’impression que ça vienne des marabouts. Les marabouts frappaient sans hésiter. Je l’empêchais immédiatement, dès que je le voyais, c’est évident. Pour eux c’est normal, il faut comprendre la mentalité aussi. Eux non plus ne veulent pas qu’il y ait deux cents morts, et ils ne maîtrisent pas trop. Pourquoi est-ce que je parle de tout ça ? Vous me faites déraper sur des histoires invraisemblables !

    Vous comprenez la foi de celui qui est au bord de la piscine ?

    « Ah mon Dieu, vous avez frappé les éprouvés !
    - J’ai sauvé leur vie autant que je peux ! »

    Et quelquefois il vaut mieux dire : « Espèce d’idiot ! » si ça peut le sauver.

    - Ah, il m’a dit : « Espèce d’idiot ! » !
    - Oui, mais du coup tu n’es pas tombé dans le précipice.
    - Je n’y avais pas pensé…
    - Il serait peut-être temps que tu y penses. »

    « Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. »

    Beaucoup de grâce dans le milieu de l’Eucharistie.

    « Ils s’assirent donc au nombre d’environ cinq mille. Jésus prit les pains, et ayant rendu grâce, Il les distribua à ceux qui étaient assis ; Il leur donna de même les deux poissons, autant qu’ils en voulurent. Lorsqu’ils furent rassasiés, Il dit à ses disciples : « Recueillez les morceaux qui restent afin que rien ne se perde ». Ils les recueillirent et remplirent douze corbeilles des morceaux qui étaient restés des cinq pains d’orge après qu’ils eurent mangé. Ces hommes ayant vu le miracle que Jésus avait fait disaient : « Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde ». Sachant donc qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi, Jésus se retira de nouveau seul sur la montagne. »

    Jésus ne donne pas la multiplication des pains pour qu’on le fasse roi, c’est-à-dire pour qu’Il ait le pouvoir. Il donne la multiplication des pains pour être encore plus pauvre. C’est pour ça qu’Il s’en va.

    Les gens se disent : « Ah, génial ce type ! Non seulement il est prodigieux, mais en plus… ». Allez voir le spectacle de Robert Hossein, il paraît que c’est bien, vraiment c’est bien.

    - Il paraît que c’est merveilleux.
    - C’est très bien. Vous pouvez y aller, c’est très très bien.

    Vous voyez bien : « Il est prodigieux ce type, prodigieux ! Et en plus, on n’a plus besoin de travailler. Du pain, du poisson tant qu’on veut, plus besoin de travailler ! ».

    Du coup Jésus dit non, Il s’en va. Il a lâché tout le monde.

    S’Il a lâché les disciples, c’est que les disciples aussi s’étaient dit : « Ça y est, qui va être le premier ministre, le ministre des affaires étrangères, le ministre de l’économie et des finances… ? ». Judas, c’était le ministre des finances à tous les coups ! Judas se disait : « Ça y est, j’y suis arrivé, j’étais sûr, j’étais allé voir une voyante quand j’avais douze ans, et elle m’avait dit : « Tu seras ministre des finances du plus grand, du Roi des rois ». Et ça y est, j’arrive, j’en étais sûr, ça va se réaliser, je tiens mon truc, ils vont en baver : les impôts... »

    « Le soir venu, ses disciples descendirent au bord de la mer et étant montés dans une barque, ils traversaient la mer dans la direction de Capharnaüm. »

    Et voilà ! Il les envoie à travers la mer.

    « Il faisait nuit et Jésus ne les avait pas encore rejoints. »

    Jésus était parti dans la montagne, Il priait.

    « Cependant la mer soulevée par un grand vent était agitée. Quand ils eurent ramé » ...

    Allez, à la pénitence, vous vouliez un petit peu vous gaver, dans les fauteuils du palais de Ponce Pilate et d’Hérode. Allez, ramez ! Et quand vous aurez ramé et que vous serez épuisés, on va attaquer la falaise. Oui, parce que c’est beaucoup plus difficile d’attaquer la falaise que de ramer. C’est une petite expression de Marius et Olive.

    « Quand ils eurent ramé environ vingt-cinq à trente stades »

    Vingt-cinq à trente stades, vous vous rendez compte ? Il faisait déjà nuit, donc ils ont ramé plus de six heures, et ils n’ont fait – je ne sais pas si vous connaissez le Lac de Tibériade – ils n’ont fait que quelques centaines de mètres en six heures !

    Vraiment, le Seigneur multiplie les pains, Il fait ce qu’Il veut, et Il nous fait ramer comme ça ! Avec Jésus, il y avait de quoi être complètement psychotique au bout de trois jours, on passait de la névrose à la psychose irrémédiable, il y avait du travail pour les psychanalystes… Ils boudent, ils murmurent, puis d’un coup multiplication des pains, ça y est on est arrivé, ah ! et hop, après on rame… C’est affolant, on passe d’un sommet à l’autre, mais on ne s’y retrouve plus au point de vue psychologique avec Jésus.

    Si pour vous c’est la paix psychologique qui compte, n’allez pas avec Jésus, il ne vaut mieux pas.

    « Ils virent Jésus marchant sur la mer et s’approchant de la barque, alors ils furent pris de panique. »

    Maintenant c’est la panique, en plus. Une espèce de spectre qui arrive, tu vois ça ? La panique !

    « Mais Jésus leur dit : « C’est moi, n’ayez pas peur ». Ils voulurent donc le prendre dans la barque, et à l’instant, la barque se trouva au lieu où ils allaient. »

    Le mystère de la multiplication des pains, de la barque, et puis l’explication du mystère de l’Eucharistie qui vient tout de suite après.

    Donc, entre la multiplication des pains et le mystère de l’Eucharistie explicité dans ce que nous allons lire après, nous avons ici une structure extrêmement forte.

    L’Eucharistie, le pain multiplié ici, est dans la barque de Pierre qui est dans la lutte. C’est pour ceux qui doivent lutter dans la barque de Pierre dans ce monde agité où tous les vents sont contraires.

    Comme disait Péguy, vous connaissez ça parce que vous l’avez entendu des vingtaines de fois, quand vous êtes sur le fleuve, le fleuve coule, coule, coule.

    Vous connaissez la Moldau de Smetana. Cette musique extraordinaire commence par l’eau qui coule de la montagne, du sommet, goutte à goutte, formant un petit ruisseau d’eau. C’est la source de cette rivière qui après dévale par torrents et éclate sur les rochers, puis après elle devient un fleuve s’écoulant lentement qui va (...).

    Si vous ne ramez pas à contre-courant, vous êtes foutu. L’homme, disait Péguy, c’est celui qui rame à contre-courant.

    Parce que si vous allez sur le fleuve, vous vous laissez conduire par le fleuve, l’esprit du monde. Les vents sont contraires par rapport à l’homme. Et si vous regardez bien et qu’il y a un cadavre – c’est ce que disait Péguy – à côté d’une barque, même si vous ne ramez pas, le cadavre va plus vite que la barque. Ça veut dire que si vous êtes un homme mort intérieurement – vous n’êtes plus un homme, vous êtes une bête, au point de vue de l’intelligence et du cœur – vous allez plus vite dans la chute.

    En fait il faut ramer en sens contraire, il faut aller à contre-courant. L’homme, c’est celui qui remonte vers la source, il remonte vers sa source, et donc il faut remonter le fleuve à contre-courant.

    L’homme, c’est celui qui aspire à son Principe dans l’ordre de l’être, son Alpha, et à sa Finalité, son Oméga.
    Ce sont les deux Principes : Alpha et Oméga.

    Tout cela, c’est de la philosophie, mais il faut vite revenir :

    Ils rament, ils sont au milieu, ça fait des heures qu’ils rament, ils n’ont fait que quelques centaines de mètres, ils n’en peuvent plus.

    L’Eucharistie, c’est pour nous, c’est pour ces gens-là.

    Quand l’Eucharistie rentre, Jésus est présent, Jésus devient présent dans la barque. C’est la présence personnelle de Jésus dans la barque, qui nous retire de la panique, qui nous met dans la paix.

    Eucharistie égale présence : Jésus est présent par l’Eucharistie.

    Donc c’est dans la lutte, c’est pour nous donner la paix, c’est la présence réelle et personnelle de Jésus, c’est en même temps une présence efficace.

    J’ai ramé pendant des heures, c’est tout juste si je n’ai pas reculé, et dès que Jésus est présent, le kilomètre et demi qui me reste est parcouru en un instant. En une seconde, ça y est, nous sommes arrivés. Présence efficace.

    - [Inaudible]
    - La multiplication des pains a eu lieu à une heure bien précise, et donc là : « Le soir venu, ses disciples descendirent au bord de la mer et étant montés dans une barque, ils traversaient la mer dans la direction de Capharnaüm. Il faisait nuit et Jésus ne les avait pas encore rejoints. »

    - [Inaudible]
    - Oui, c’est d’après l’Evangile selon saint Matthieu, saint Marc et saint Luc.
    - D’accord.
    - Ecoute, fais toi-même la recherche, je te dis ça de mémoire. C’est d’après les Synoptiques, écrits par trois évangélistes. Donc on voit à peu près combien de temps ils ont ramé.

    La présence est efficace. Il faut regarder le point de vue profond. La présence est efficace : dès que Jésus est présent, nous sommes arrivés dans la Résurrection.

    On dit en théologie que l’Eucharistie est un sacrement, et qu’un sacrement est un signe efficace qui réalise une présence réelle qui donne la paix et qui nous met dans la Très Sainte Trinité, donc la Résurrection, le rivage.

    A partir de ce moment-là, nous sommes prêts pour recevoir le grand enseignement du Christ sur le mystère de l’Eucharistie. C’est ce qu’il y a dans les versets suivants, et je crois que nous aurons quarante minutes pour pouvoir méditer ça.

    Nous avons vingt minutes pour souffler, détendez-vous !


    6. Chapitre 6 de l’Evangile de saint Jean

    (…) dans l’Evangile de saint Jean, faites-vous-même le travail, en essayant de voir ce qui est par derrière.

    Nous avions vu qu’en effet ce qui est derrière, c’est que l’Eucharistie est un repas, l’Eucharistie est un mémorial, l’Eucharistie est un sacrifice, l’Eucharistie est une action de grâce, l’Eucharistie est un sacrement, c’est le mystère des mystères, le mystère de la foi, la source de la charité et la force de notre espérance.

    Ce qui est en puissance substantiellement dans l’Ancien Testament se trouve en acte dans le Nouveau Testament.

    Ce que le Christ est dans l’Eucharistie, l’Eglise l’est mystiquement.

    Ce que nous avions vu, c’est qu’à chaque fois dans l’Eucharistie, nous possédons, nous tenons dans nos mains la Résurrection du Christ et notre propre résurrection.

    Nous pouvons passer du temps à l’éternité.

    Nous pouvons toucher, habiter, demeurer et offrir la Plaie du Cœur au Père et à la Très Sainte Trinité.

    Nous pouvons offrir Marie au Christ ressuscité.

    Et nous pouvons jouir de la Spiration du Saint-Esprit et donc vivre du Saint-Esprit.

    Voilà les cinq choses que nous trouvons dans l’Eucharistie.
    Nous l’avons vu à travers l’Ecriture, presque pas à pas.

    Maintenant, puisque tout le monde est arrivé, nous allons voir un petit peu la suite dans l’Evangile directement.

    J’ai fait ça comme ça, mais faites vous-mêmes la recherche, nous essayons ensemble de travailler.
    Je tiens à vous dire que je n’avais pas préparé la retraite, donc nous avons trouvé cela ensemble, c’est bien.
    Nous allons pouvoir écrire un livre où on mettra : « Collectif Saint Saturnin ».

    « Que l’Esprit-Saint, le Père des pauvres,
    illumine notre cœur et notre intelligence
    pour nous conduire à la Vérité tout entière »

    « Notre Dame du Très Saint Rosaire, priez pour nous »

    Rentrons tout de suite dans l’enseignement où Jésus directement nous enseigne le mystère de l’Eucharistie, chapitre 6 de l’Evangile de saint Jean.

    Nous ne regardons pas l’Evangile de saint Luc, ni le chapitre 13 de l’Evangile de saint Jean, ni les autres repas.

    Il enseigne directement tout le temps, mais enfin là, c’est quand-même assez extraordinaire.

    Souvenez-vous simplement de ce que nous avons vu : c’est dans la lutte de l’Eglise que l’Eucharistie est donnée. Alors l’Eucharistie, deuxièmement, c’est la venue de Jésus dans la lutte de l’Eglise, qui réalise une Présence réelle et efficace et qui nous mène à la Résurrection.

    Voilà ce que nous avons vu à l’instant à travers cette histoire, après la multiplication des pains.

    Les hommes n’ont pas compris le signe de la multiplication des pains , et du coup Jésus les envoie sur la barque, et à travers ce quadruple signe de la barque, Il explique ce que c’est que le mystère de l’Eucharistie. C’était un signe. Et à partir de là Il va expliquer.

    Vous voyez, vous avez encore 5 là : un signe, efficace, présence réelle, qui nous mène à la Résurrection, et c’est dans la lutte.

    Or du chapitre 6 jusqu’au chapitre 11 de l’Evangile de saint Jean, la lutte est effrayante. A partir de ce moment-là, Jésus est complètement bousculé, on essaie de Le lapider, on essaie de Le faire taire, on Le contredit, on L’insulte, on Le calomnie, on Le critique de plus en plus, et Lui suscite presque cette lutte extraordinaire parce qu’Il n’hésite pas à dire la vérité.

    Si vous voulez être tranquilles, bien dans vos pompes et dans vos pantoufles, surtout ne cherchez pas la vérité et ne soyez pas témoins de la Vérité. Là, vous serez tranquilles. Politiquement, vous serez bien dans vos pompes, mais vous aurez amené toute l’humanité dans le courant du fleuve, c’est-à-dire jusqu’au précipice.

    Il faut proclamer la vérité, la vérité sur l’homme, la vérité sur la vie, la vérité sur l’amour, la vérité sur le Créateur, et si possible, si la grâce nous en est donnée, la vérité sur la Révélation.

    Jésus, Lui, est témoin de la vérité, au milieu des luttes. Nous verrons, du chapitre 6 au chapitre 11, qu’à partir de là il va y avoir une lutte invraisemblable contre le Christ, et Il ira jusqu’à la mort.

    Saint Luc explique qu’à partir de ce moment-là, « Jésus fixa son front sur Jérusalem » (Luc, 9, 51), c’est-à-dire qu’Il n’a pas cessé d’avancer vers Jérusalem, géographiquement – pour ceux qui font de la géographie – c’est-à-dire jusqu’au Golgotha. Il va vers le Golgotha, résolument.

    Le démon l’empêche, par des luttes invraisemblables, d’aller vers le Golgotha.

    Même saint Pierre : « Non, tu n’iras pas te faire crucifier, nous l’empêcherons !
    - Arrière, Satan, passe derrière moi. »
    (Matthieu, 16, 22-23)

    Personne n’y comprend rien, c’est la lutte, et même nous, quand nous lisons l’Evangile de saint Jean, chapitres 6 à 11, c’est l’anarchie complète, ça se bouscule de tous les côtés, alors nous ne comprenons pas : « Comment se fait-il qu’il y ait tout ça dans l’Evangile de saint Jean ? Il n’y a pas d’ordre, nous n’arrivons pas à trouver une trame. »

    Oui, il y a une trame, parce qu’à partir de là Jésus dit « Je suis », et Il dit « Je suis » sept fois.

    « Je suis », c’est la présence de Dieu. Dieu existe et Il est présent : « Je suis ».

    Il le dit trente-trois fois, en grec : « Ego eimi » – je l’ai calculé moi-même dans le texte grec – et ces trente-trois fois se ramènent en sept affirmations. Il dit au moins sept fois : « Je suis le Pain de vie », Il dit plusieurs fois : « Je suis la Résurrection », et ça se ramène à sept affirmations.

    Jésus dit : « Avant qu’Abraham fut, Je suis » (8, 58) : Il est Dieu, point de vue de la substance.

    Et puis ici, chapitre 6, Il dit immédiatement : « Je suis le pain de vie » (6, 35 et 48).

    Voilà les deux affirmations de base, l’alpha et l’oméga du Christ dans l’Eucharistie.

    A partir de ce moment-là, Il va dire : « Je suis la Résurrection » (11, 25).

    Entre la Présence réelle dans l’Eucharistie, Transsubstantiation, et la Présence vivante, le pain et le vin, il y a les cinq aspects de l’Eucharistie.

    Je suis la Résurrection » (11, 25), « Je suis la Lumière du monde » (8, 12 et 9, 5), qui nous fait passer du temps à l’éternité. Nous le savons bien du reste.

    Les bouddhistes, qu’est-ce qu’ils font ?

    Ils rentrent à l’intérieur de l’âme, ils atteignent l’âme par l’induction de l’âme, par la méditation tout simplement, par l’intériorité, un peu à la manière de Plotin d’ailleurs, ils atteignent en eux l’âme, et en deçà de l’ego, la source de l’unité de l’ego et de cette vie prodigieuse qui est en eux, ils s’engloutissent à l’intérieur, en deçà de l’ego, et ils voient la source de leur vie intérieure, de l’âme, et ils voient que c’est de la lumière. C’est la lumière qui actue leur diaphane intérieur.

    Et ils voient que s’ils vont à la limite de la source de cette lumière qui actue le diaphane intérieur, ils touchent la lumière qui actue le diaphane de tout l’univers. C’est ce que disait Plotin, les dernières paroles de Plotin : « J’essaie de conjoindre le divin qui est en moi et le divin qui est dans l’univers. »

    Le passage du temps à l’éternité, c’est tout à fait le point de vue de l’âme.

    Je n’atteins pas Dieu, évidemment, par là. Par la voie d’intériorité, je n’atteins pas Dieu, vous comprenez bien. Mais l’éternité oui, c’est vrai, par l’Eucharistie, si je la vis de manière très intérieure.

    « Je suis la Porte » (10, 9) : la porte, c’est le bois. C’est l’ouverture du Cœur qui est la porte d’entrée dans l’intimité divine. Le Cœur du Christ s’est ouvert, nous pouvons rentrer dans le Saint des Saints, c’est-à-dire la Très Sainte Trinité. La porte, c’est la croix. A chaque fois que Jésus dit : « Je suis la Porte », dites-vous bien que la Porte, c’est la croix.

    « Je suis le bon Pasteur » (10, 11) qui mène vers les gras pâturages, qui donne sa vie pour ses brebis.

    « Je suis le Fils de Dieu » (10, 36). Le Fils de Dieu, c’est la Personne divine.

    Vous voyez la différence : la Résurrection, c’est le Corps, et le Fils de Dieu, c’est le Verbe dans la Très Sainte Trinité, qui nous donne l’Esprit-Saint.

    Tout l’Evangile de saint Jean, que ce soit dans sa trame, j’allais dire dans sa structure, dans sa trame progressive ou dans sa structure sans arrêt, c’est toujours l’Eucharistie.

    Il faut voir que saint Jean, quand il était à la Cène eucharistique, était collé sur l’Amour de Jésus, sur la poitrine, et il avait les yeux fixés sur l’Eucharistie. Il faut voir, à l’institution de l’Eucharistie, la place qu’avait saint Jean. Il était coincé entre le Cœur, l’Amour de Jésus, et l’Eucharistie. C’est la place qu’il avait.

    Vous vous rappelez que nous avions placé le mystère de Marie ici, et le mystère de l’Eglise là.

    C’est de la méditation que nous faisons là, ce n’est pas de la contemplation.
    Il faut essayer de contempler, et demander au Saint-Esprit de nous aider à contempler.

    La Parole de Dieu est vivante, la Parole de Dieu est une nourriture.

    Quand vous lisez Shakespeare, quand vous lisez quelqu’un qui est prodigieusement intéressant, très intelligent, quand vous lisez Nietzsche, c’est très intelligent, ce n’est pas un idiot, c’est un génie, c’est un corrupteur mais c’est un génie…

    C’est comme Gainsbourg, c’est un génie au point de vue artistique, c’est génial, mais c’est un corrupteur. C’est un très bon artiste, deuxième dimension de l’homme, mais du point de vue de la sixième dimension de l’homme, la coopération, c’était un anarchiste, il le disait lui-même d’ailleurs.

    Quand vous lisez donc Nietzsche, le texte, quand vous lisez même Plotin qui est génial, c’est intéressant, quand vous lisez Simone Weil, La pesanteur et la Grâce, c’est génial, ça vous intéresse, ça vous forme à la rigueur, ou ça vous déforme, ça dépend, mais tous ces écrits ne sont pas une nourriture.

    Tandis que la Parole de Dieu est une nourriture, parce que c’est la seule Parole qui existe dans notre univers qui soit conjointe avec son Auteur.

    C’est l’Esprit-Saint qui est l’Auteur principal de l’Ecriture, c’est une Personne, et donc quand nous nous nourrissons de l’Ecriture Sainte, de la Parole de Dieu, la Personne pénètre avec la Parole de Dieu, et c’est pourquoi c’est une nourriture.

    Il faut voir les recherches que nous faisons en ce moment sur l’ordinateur pour comprendre que ce n’est pas une parole qui vient des hommes. Aujourd’hui, grâce à Dieu, depuis deux ou trois ans, nous savons qu’il est impossible que ça vienne des hommes.

    Et nous avons fait des expériences par ordinateur semblables à celles faites sur la Bible sur texte original, sur trois cents autres textes qui sont censés être sacrés ou géniaux, Shakespeare compris, et il n’y a que l’Ecriture sainte qui réponde à ces critères de miracle permanent, à chaque lettre, de chaque lettre à chaque lettre, du début jusqu’à la fin.

    Et si vous faites sauter une lettre, tout explose. Le caractère prodigieux des Juifs, c’est qu’ils ont gardé la moindre lettre, même s’il y avait une apparente erreur.

    Nous sommes obligés de nous incliner. Si quelqu’un n’a pas eu ce petit document, je vous le donnerai. L’ancien document. Nous n’avons pas encore sorti notre nouveau document, c’est en cours. Ça n’a aucune espèce d’importance, nous le savons, nous, par la foi, que ça vient de Dieu. C’est pour ceux qui ont du mal, il faut avoir un peu d’amour pour les gens à qui il faut des preuves informatiques.

    - Et pour le grec ?
    - Là, c’est autre chose, non nous ne pouvons pas parce que nous n’avons pas de texte original. Nous avons cinq ou six hypothèses de texte original pour le…

    - Parce que l’Eglise …[inaudible]… à un original araméen.
    - En Matthieu oui, il y a un original en araméen.

    - Et les autres ?
    - En grec.

    - Même Jean ?
    - Oui.

    - Jean à Patmos, c’est grec ?
    - Grec.

    - Il a écrit en grec.
    - Oui, il a écrit en grec.

    C’est curieux, d’ailleurs, que Dieu ait voulu qu’il y ait eu cinq langues pour constituer la Bible : l’hébreu (la Genèse), le copte, le grec, l’araméen, et puis la langue sacrée qui n’est pas dans la Bible mais qui est la langue de l’Eglise, le latin. Mais elle est quand-même dans la Bible puisqu’on a le fameux écriteau.

    - Mais mon Père, l’Ancien Testament, c’est de A à Z en hébreu.
    - Non, pas les originaux.

    - Le Tanar, c’est de A à Z.
    - Le Tanar, oui, mais pas le Livre de Job par exemple, et il y a des parties entières des Septantes qui sont en grec dans l’original. Tu vois, ce n’est pas si simple. Mais il y a toute une partie de travail qui est faite sur le copte.

    - De toutes façons, ce sont toutes des langues sacrées parce que Dieu les a choisies pour donner la Révélation.
    - Oui, si tu veux.

    - Donc logiquement, on pourrait faire la même chose sur le copte, sur le grec, etc.
    - Il y a tout un travail qui est fait sur le copte, et je peux te dire que c’est assez hallucinant.

    Je vais vous donner un petit aperçu. C’est quelqu’un qui s’appelle Monsieur Crombette qui fait ça, et c’est édité par le C.E.S.H.E., Centre d’Etudes Scientifiques et Humaines sur l’Ecriture.

    Il est un des plus grands spécialistes des hiéroglyphes égyptiens. Il avait découvert un texte de hiéroglyphes et il avait pu traduire – ce n’est pas si facile – parce qu’il s’était rendu compte que la langue égyptienne, le copte et l’hébreu ont les mêmes racines, et qu’il y avait une langue qui était à l’origine de ces trois langues qui étaient communes. A partir de là, il pouvait traduire.

    Il s’est rendu compte de choses absolument prodigieuses, qu’il y avait exactement les mêmes consonances. Puis il a vu par une espèce de miracle, de prodige, de hasard, qu’il y avait comme des harmonies entre le copte et l’hébreu aussi, pas seulement avec l’égyptien.

    Il a traduit un jour un texte sur l’Egypte où on voyait : « Joseph traversa le Nils, les eaux se séparèrent, et il monta faire sa sépulture en Israël » à partir du texte en hiéroglyphes. Il a regardé le texte correspondant dans la Genèse – c’est un très grand spécialiste du copte primitif – il a regardé, et il ne connaît pas bien son hébreu, alors il l’a fait transcrire en phonétique en hébreu, puis il l’a écrit en copte. Le copte est une langue monosyllabique, c’est-à-dire que les syllabes représentent des mots. Au lieu de traduire l’hébreu, il s’est dit : « Tiens, je vais traduire le copte, pour voir. »

    (…) Vous avez des choses prodigieuses, comme par exemple le Déluge. Ce n’est pas expliqué, pourquoi il y a eu le Déluge, dans la Genèse. Vous le mettez en copte, et la traduction est prodigieuse.

    Le texte de la Genèse explique, par cette mutation de l’hébreu en copte, qu’à l’origine, Dieu avait créé effectivement l’univers, et comme on voit autour de certaines planètes, cette espèce de nuée autour de Saturne, cette espèce d’anneau aqueux – je n’y connais rien, en astrologie. Là, autour de la terre, c’était de l’eau en suspension qui tournait, qui était suffisamment translucide quand-même par rapport au soleil. Mais avec la perturbation du mal, notamment des puissances des ténèbres, du péché aussi de l’humanité, la Genèse explique qu’il y a eu un phénomène où l’axe de la terre s’est déplacé : ça a fait basculer l’axe de la terre, et ça a provoqué simultanément – c’est ce qu’explique le copte, alors tu as l’explication, dans la Genèse, de ça – ça a provoqué simultanément des secousses telluriques prodigieuses, des secousses sismiques, des engloutissements de continents, l’apparition des océans, la séparation des continents, d’un seul coup des phénomènes de reliefs inattendus, et en même temps, du coup, à cause du changement de l’axe, un changement dans les conditions de condensation de l’anneau, l’anneau s’est condensé et ça a provoqué le Déluge. Il faudrait que je rentre là-dedans très précisément pour voir si c’est sérieux ou pas.

    Mais il faut avouer qu’il y a des choses prodigieuses dans la Bible. Nous ne sommes pas au bout de nos…

    Il y a une autre recherche qui se fait à Paris, absolument extraordinaire, où on traduit en notes, do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, les lettres de l’alphabet hébreu, et on fait la symphonie. Il paraît que c’est absolument extraordinaire !

    Vous ne pouvez pas savoir toutes les recherches qui se font ! Et nous savons aujourd’hui que c’est le seul texte qui soit comme ça. Impossible que ça vienne des hommes, totalement impossible. Nous, nous savons que ça vient de Dieu.

    Alors des gens vont dire : « Oui, ça vient des…

    - Des extraterrestres.
    - Des extraterrestres. Laissez-les… puisqu’ils ne veulent pas comprendre. Même après leur mort, quand ils verront le Christ ressuscité, ils diront non. Alors ce n’est pas la peine d’insister, on ne peut pas les sauver contre leur gré, ce n’est pas possible. L’orgueil ne s’avoue jamais vaincu, jamais.

    - Après leur mort, quand-même ?
    - L’orgueil ne s’avoue jamais vaincu.

    Continuons :

    « La foule qui était restée de l’autre côté de la mer avait remarqué qu’il n’y avait là qu’une seule barque et que Jésus n’y était pas entré avec ses disciples, mais que ceux-ci étaient partis seuls. D’autres barques cependant étaient arrivées de Tibériade près du lieu où le Seigneur, après avoir rendu grâce, leur avait donné à manger. »

    Quand nous nous nourrissons de la Parole de Dieu, c’est l’Esprit-Saint qui pénètre en nous en même temps que la Parole. C’est pour ça que c’est une nourriture. Et nous ne pouvons pas lire la Parole de Dieu en dehors d’une spiritualité eucharisque. Nous le faisons en présence du Père qui nous envoie l’Esprit-Saint à travers la Parole, à ce moment-là nous vivons de l’Ecriture Sainte comme il convient. C’est une nourriture.

    « Quand les gens s’aperçurent que ni Jésus ni ses disciples n’étaient là, ils remontèrent dans ces barques et allèrent à Capharnaüm à la recherche de Jésus. Et l’ayant trouvé de l’autre côté de la mer, ils lui dirent : « Seigneur, quand es-tu venu ici ? Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été repus. »

    Vous vous êtes gavés, et c’est pour ça, uniquement.

    « Travaillez, non pas pour la nourriture périssable, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera, car c’est lui que le Père, Dieu lui-même, a marqué d’un sceau. » (Jean, 6, 22-27)

    Premier enseignement de Jésus sur l’Eucharistie : le travail (versets 26 à 32). Tout de suite, c’est le travail. Immédiatement, c’est le point de vue du travail. Ça, nous ne l’avions pas vu dans l’Ancien Testament.

    Le travail, c’est quoi ? L’art, c’est quoi ? La dimension artistique en nous, c’est transformer la matière. Nous sommes face à la matière, c’est le gros problème du matérialisme dialectique : nous sommes face à la matière et il faut la transformer. Alors nous travaillons, dans la peine. C’est la faute d’Adam (Genèse, 2) : « Tu travailleras dans la peine pour gagner le pain. »

    Et donc Jésus, ici, tout de suite, lie au travail, d’abord, premièrement. C’est pour ça que je vous dis toujours : « Il faut respecter la messe du dimanche », parce que la messe du dimanche est le seul moyen de faire que notre travail devienne chrétien.

    L’art chrétien n’existe pas, on ne peut pas baptiser l’art. Dans l’art, c’est l’homme qui est créateur, ce n’est pas le chrétien, parce que c’est ton inspiration qui s’inscrit dans la matière, c’est ton génie qui s’inscrit dans la matière. Et Dieu demande que ce soit l’homme qui soit créateur et travailleur, pas le chrétien. Voyez l’Encyclique du Saint Père, Laborem Exerçans, sur le travail. La charité ne pénètre pas dans le travail.

    Elle peut pénétrer, oui, par l’Eucharistie. Comment est-ce qu’on fait ? Parce que par l’Eucharistie…

    Vous comprenez bien que la plus grande transformation de la matière qui se soit réalisée dans notre univers, c’est quand Jésus sur la Croix, dans sa mort, dans sa Croix glorieuse, a pris la matière du corps humain et Il l’a transformée. Il n’y a jamais eu une transformation de l’univers aussi grande, aussi prodigieuse, que dans la mort du Christ.

    Le travail de Jésus sur la croix, c’est de reprendre toute la matière dans l’univers, dans nos corps, à chacun d’entre nous, dans son Corps, pour le transformer dans la Spiration de la Résurrection. C’est un travail que fait le Christ sur la croix, c’est la plus grande transformation de la matière qu’Il ait jamais réalisée, la plus grande transformation de l’univers.

    Et donc quand dans le cycle naturel, parfaitement naturel, du rythme du cosmos – c’est bien le cosmos, c’est la matière –, le rythme du cosmos… Pythagore avait bien vu, avec ses calculs, que le rythme cosmique était un rythme de sept jours. Et notre rythme de travail face au cosmos est un rythme de sept jours. D’ailleurs nous voyons bien dans la Bible quelque chose qui nous rappelle ça : les sept jours de la Création.

    Notre travail de la semaine n’est pas chrétien. Nous le faisons du mieux que nous pouvons, de la manière la plus géniale qui soit, la plus droite possible, mais il ne faut pas mélanger ce qui est inmélangeable : ce n’est pas chrétien.

    Comment est-ce que ce sera chrétien ? Il faut que nous mettions notre travail, le septième jour qui est la fin du cycle naturel cosmique, dans la patène du prêtre, dans le calice, dans la Plaie du Cœur, et Jésus vient par l’Eucharistie transsubstantier, baptiser notre travail par une miséricorde rétroactive : Jésus baptise l’enfant après qu’il est né. (…)

    La semaine d’après, vous aurez plus de force, évidemment, mais pour une autre raison, dans votre travail. Votre travail sera encore plus humain, encore plus génial peut-être, encore plus éveillé. Mais il ne sera pas chrétien, il sera humain. C’est bon, ce sera un vrai travail, mais si vous ne le mettez pas sur la patène eucharistique le dimanche suivant, le travail de cette semaine ne sera pas un travail chrétien. 5 x 8 = 40 heures de vie chrétienne foutues, du point de vue chrétien. Du point de vue humain, ce n’est pas foutu.

    Ça veut dire que la valeur méritoire… Méritoire, rappelez-vous, la grâce et le mérite. Le corps et l’âme forment la chair, l’âme dans la grâce forme le mérite, la sainteté. Notre travail ne mérite pas la vie éternelle. Nous faisons le bien : « Je n’ai jamais volé, je n’ai jamais tué. - Oui, mais tu n’iras pas au Ciel pour autant. Si tu veux que ton travail mérite, ça veut dire qu’il ait la même valeur que la valeur du travail de Jésus crucifié transformant le monde, il faut le mettre dans l’Eucharistie. »

    Premier enseignement du Christ. C’est quand-même assez prodigieux, c’est quand-même assez extraordinaire de comprendre que la matière du sacrement de l’Eucharistie, c’est le travail. Il n’y a pas que le travail, le travail est le premier mot de ce passage.

    « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été repus. Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera, parce que c’est lui que le Père, Dieu, a marqué d’un sceau. » (Jean, 6, 26-27)

    Vous reprenez vous-mêmes et vous refaites le cycle. Et sans arrêt il va revenir : 5, 5, 5, 5, 5. Ça va être extraordinaire, vous voyez. Je ne peux pas m’arrêter partout, ce n’est pas possible. Je peux vous donner quelques petits flashs comme ça, mais à vous de demander à l’Esprit-Saint de vous montrer tout cela à partir de la Révélation, de la foi, et puis de la réalité intérieure de ce que vous expérimentez lorsque vous vous livrez dans l’holocauste de l’Eucharistie à la manière de l’Immaculée. Ce n’est pas à notre manière que nous nous livrons à l’Eucharistie, il faut le faire à la manière de l’Immaculée.

    « Ils lui dirent : « Que devons-nous faire pour faire les œuvres de Dieu ? » [ergon tou Theou]. Jésus leur répondit : « Voici l’œuvre que Dieu demande, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé ». »

    C’est par la foi que nous accédons à l’Eucharistie. C’est ça, l’œuvre de Dieu. Le vrai travail que nous puissions faire, c’est faire une œuvre de foi. Notre travail devient chrétien si par la foi nous le faisons pénétrer dans le travail de la Résurrection, qui est le travail de la Croix.

    « Ils lui dirent : Quel miracle feras-tu afin que nous le voyions et que nous croyions en toi ? Quelles sont tes œuvres ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, ainsi qu’il est écrit : « Il leur a donné à manger le pain du ciel ». Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, c’est mon Père qui donne le vrai pain du ciel. Car le pain de Dieu est le pain qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

    Le Père nous attire et l’éternité descend dans le temps pour le salut du monde (versets 32 à 46).
    C’est l’éternité qui descend dans le temps, deuxième aspect de l’Eucharistie.

    Nous allons avoir ici, dans le discours, cinq affirmations, c’est-à-dire : « En vérité, en vérité, je vous le dis » cinq fois. Et ces cinq affirmations sont toujours sous cinq aspects chacune. De toutes façons, saint Jean, c’est toujours cinq et sept, ce n’est pas compliqué. Saint Pierre, vous remarquerez si vous lisez les Epîtres de saint Pierre, c’est structuré par trois. Ce sont des petites choses qui sont réjouissantes à constater.

    « Et ils lui dirent : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain. » Jésus leur répondit : », ah ! pour la première fois, « Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Mais je vous l’ai dit, vous m’avez vu et vous ne croyez pas. Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et celui qui viendra à moi, je ne le jetterai pas dehors. Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté mais la volonté de celui qui m’a envoyé », le sacrifice, l’Agneau.

    « Or la volonté de celui qui m’a envoyé est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donné mais que je les ressuscite au dernier jour. Car c’est la volonté de mon Père qui m’a envoyé que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle », Commandement du Père : Vie éternelle, nous l’avons encore ici, « et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Les Juifs murmuraient à son sujet parce qu’il avait dit : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel », et ils disaient : « N’est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, celui dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc peut-il dire : « Je suis descendu du ciel ? ». Jésus leur répondit : « Ne murmurez pas entre vous. Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. ». »

    Etre attiré par ce qu’il y a de plus vrai dans le mystère de Jésus sur la terre, c’est le signe qu’il y a un Amour de la première Personne de la Très Sainte Trinité sur toi, mais dans son authenticité la plus réelle, dans son authenticité substantielle – pas les frous-frous qui l’entourent – la foi, c’est le signe que le Père nous a choisis et qu’Il nous attire.

    « Et moi je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : « Ils seront tous enseignés par Dieu ». Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. »

    « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire », c’est le verset 44.

    « C’est que personne n’a vu le Père, sinon celui qui est de Dieu ; celui-là a vu le Père. En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. »

    Troisième aspect de l’Eucharistie : le pain du ciel donne la vie éternelle (versets 47 à 52).

    « Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel afin qu’on en mange et qu’on ne meure pas. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour le salut du monde. »

    Nous y sommes. Le Père nous attire par la Plaie du Cœur, c’est évident, c’est ce qui est écrit dans toute l’Ecriture. « Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » : l’attraction du Père, c’est à partir de la blessure du Cœur. C’est ce troisième aspect qu’il y a dans ce troisième « en vérité, en vérité, je vous le dis » (verset 47). C’est très fort, c’est très très fort.

    « Là-dessus les Juifs disputaient entre eux en disant : »

    Vous voyez comment l’adorateur, 1, a du mal avec 5, l’Eucharistie. Il bute sur les cinq plafonds à crever pour rentrer dans le mystère de l’Eucharistie et vivre de la Très Sainte Trinité. Les Juifs sont de vrais adorateurs. Ce ne sont pas des adorateurs en esprit et en vérité, mais ce sont des gens qui ont le sens de Dieu, et qui ont une grande intelligence, c’est ça qui est prodigieux avec eux. Qu’est-ce que c’est intéressant ! Je jubile à chaque fois que je suis avec un Juif, au moins je n’ai pas l’impression d’être à côté d’une larve. Enfin on respire, parce qu’ils ont le sens de l’Absolu. C’est extraordinaire, c’est vrai qu’il y a quelque chose de très curieux chez les Juifs. Je le constate à chaque fois, même au Sahel dont je vous parlais tout à l’heure, parce qu’il y a les Peuls Bororos. Les Peuls Bororos sont juifs d’origine. Ils sont complètement noirs, et ils sont d’origine sémite.

    - De quelle religion sont-ils ?
    - Ils sont musulmans, mais ils sont d’origine sémite. Du point de vue humain, il y a quelque chose qui dépasse tous les autres, c’est sûr. Il y a une espèce de liberté chez le Bororo, qu’on ne trouve pas chez les autres. Tu connais, il y en a au Tchad. Les Peuls Bororos Foulfoulbés sont les meilleurs. Bon, c’est un autre problème, nous n’allons quand-même pas discuter…

    « Là-dessus les Juifs disputaient entre eux en disant : »

    Il faut comprendre comme nous avons du mal à rentrer dans le mystère de la foi. Ce n’est pas facile. Jésus nous attire et nous donne tout, mais il faut quand-même que nous lâchions du lest, il faut que nous desserrions le câble qui retient le pare-choc arrière de la voiture, que nous desserrions le frein à main, que nous mettions le contact, que nous passions la première au lieu de la marche arrière, et que nous allumions les phares, de préférence, sinon nous buttons dans le pilône en face et nous ne serons pas plus avancés… Nous avons cinq choses à faire. Et nous préférons mettre les rétrofusées, je ne sais pas pourquoi. Nous descendons le fleuve. « Oh, quelqu’un qui me dépasse ! – le cadavre – il va plus vite que moi vers le précipice. »

    « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang », le sang apparaît, c’est le vin, « vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure », la demeurance, « en moi et moi en lui. Et comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. C’est là le pain qui est descendu du ciel. »

    Vous voyez l’action de grâce : « J’ai tout reçu du Père, je vis par Lui », la gratitude, la demeurance dans le Père. Quatrième aspect de l’Eucharistie : la demeurance dans le Père (versets 53 à 58).

    « Il n’en est pas comme de vos pères qui ont mangé la manne et qui sont morts, celui qui mange de ce pain vivra éternellement. »

    Génial ! Il fait la paix dans le monde entier, Il réveille l’intelligence de tous les hommes de l’humanité. Nous allons peut-être en voir un comme ça. C’est ce que disent les bouddhistes : « Avant le 20e siècle apparaîtra le dernier bouddha ». C’est ce que disent les musulmans : « Le dernier Imam est pour notre génération ».

    - Près de Castellane il y a un [inaudible], j’ai vu ça à la télé.
    - N’y allez pas ! J’y suis allé, à Castellane. J’ai eu des visites de Lituaniens, je me suis dit : « Je vais leur montrer à quel point les occidentaux sont givrés. » Du coup, nous avons fait les Gorges du Verdon, nous avons vu ce prodige de la nature dans les Gorges du Verdon. Nous avons dit la messe le matin avant de partir. Avec Jésus dans le corps et dans le ventre, il n’y avait pas de problème, le Pain des forts, nous pouvions y aller, nous pouvions admirer la nature. Et du coup, nous sommes allés jusqu’à Castellane. Et à Castellane, un paysage prodigieux, nous voyions en bas le lac de Castellane, bleu-vert, magnifique, les montagnes, et puis un village. Et puis dans ce village, il y a des grands tableaux : « Fais la paix », « Fais la paix avec toi-même », « Fais la paix avec les autres », « Donne ta vie », « Amour », des grandes affiches merveilleuses. Et puis, une synagogue. Vingt mètres plus loin, une mosquée. Quarante mètres plus loin, une pagode. Un peu plus loin… Trente temples de religions différentes, et au milieu de tout ça, trônant, le Bouddha, dix-sept mètres de haut, dans la béatitude et la compassion. Face au Bouddha, Jésus, vingt-sept mètres de haut, le Christ cosmique, le Christ cosmique avec le glaive qui fait face au bouddha, avec la lumière de toutes ces énergies : c’est la lumière du cosmos. Et puis, un petit peu plus loin, trente-trois mètres de haut, le dernier Christ, qui est à la fois Bouddha et Christ, et qui dans son amour rassemble le Christ et Bouddha dans la dernière réunification de l’homme dans le divin. Il s’appelle Monsieur Bourdin, le mec.

    - Mon Père, vous oubliez de dire que la statue de la Sainte Vierge a un rayon laser à la main.
    - Il y a cinquante moines là-dedans. Mille prêtres dans le monde entier. Chacun de ces mille prêtres anime un groupe pour faire la paix par les énergies… J’en passe et des meilleures. Je suis parti de là avec les Lituaniens, je leur ai dit : « Vous voyez, on fait de l’œcuménisme ici ! ». Mais seulement, pendant un jour ou deux, j’ai eu – pourtant je vous affirme que je n’ai jamais ces trucs-là – j’ai eu sans arrêt des voix, des mantras autour de moi. J’ai dû faire deux exorcismes pour m’en débarrasser. Je ne sais pas comment font les gens qui n’ont pas le pouvoir que j’ai.

    - [Inaudible]
    - Nous y sommes passés sans rentrer, nous y sommes allés pour voir. Et comment font les gens qui vont là-dedans ?
    - Ils n’en sortent plus.
    - Moi, c’est resté à l’extérieur. Celui qui est en état de grâce, ça ne pénètre pas, mais les pauvres gens qui rentrent là et qui ne sont pas en état de grâce, ça rentre en eux et ils ne s’en rendent même pas compte, ils sont infestés. C’est incroyable ! C’est exactement comme le code barre, c’est la même chose. Ce sont les énergies.

    - Ce type avait l’air vraiment fou.
    - … non… non… non non… non… mais non. [Rires] Il n’est pas intelligent.

    - Donc Monsieur Bourdin alias… heu…
    - Monsieur Bourdin, c’est son nom, c’est un Français.

    - Et c’est le Maitreya ?
    - Mais non, ce n’est pas le Maitreya. Le Maitreya, ce n’est pas du tout lui, bien-sûr que non.

    - Et…
    - Ecoute, n’y allez pas, je préfère vous le dire, il ne vaut mieux pas. Sinon, venez me voir après. Mais ne me fatiguez pas avec ça, parce que j’en ai marre aussi, de voir ces gens… C’est dingue !

    « Cette parole est dure. Qui peut l’écouter ? » Jésus sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce sujet leur dit : « Cela vous scandalise ? »

    Imaginez donc que cette espèce de Maitreya arrive, prodigieux, qui… [rires], mais oui, mais oui, ce qu’il fait est prodigieux, apparemment c’est vraiment Dieu qui est là.

    C’est ce que dit la Vierge de la Salette : l’Anti-Christ ressuscitera même des morts. Alors si on s’appuie sur les miracles, vous savez ! Il faut s’appuyer sur la foi, nous nous appuyons sur l’Eucharistie, et nous nous appuyons sur Marie, c’est tout, nous ne nous appuyons pas sur les miracles.

    Et voyez, il fera du bien, il fera la paix dans le monde : « Mais il est merveilleux ce type, il est génial, c’est plus qu’un prophète. »

    Et puis supposez que le Christ n’ait jamais existé – ce n’est qu’une supposition – et que nous ayons ce bonhomme qui arrive dans dix ans – heureusement que Jésus est venu avant ! – et puis qui vous dise, au bout de six mois que vous le suivez : « Vous devez manger ma chair, sinon vous n’aurez pas la vie en vous. » Vous diriez : « Monsieur Bourdin débloque. Moi, je le suis, c’était prodigieux, mais là il commence à transpirer du cerveau. Non, là, il y a une dysfonction cérébrale, il disjoncte... » Forcément ! Il faut comprendre ça. Il y a le murmure, comme c’est difficile, et Jésus le sait, ça.

    « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ! »

    La Très Sainte Trinité, cinquième aspect de l’Eucharistie.

    « C’est l’Esprit-Saint qui vivifie, »

    C’est-à-dire : il n’y a que si vous voulez vivre de la Très Sainte Trinité que vous pouvez comprendre ce que je dis.

    « C’est l’Esprit-Saint qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit [Spiration] et vie [Vie éternelle], mais il y en a parmi vous quelques uns qui ne croient pas. Car Jésus savait dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le trahirait. »

    Au premier repas, à Cana, Judas est absent, c’est normal, c’est le vin. L’oraison consiste à vivre de la Très Sainte Trinité. Nous commençons par l’oraison. Et ici, Judas est absent. Judas ne fait pas oraison, donc il n’accède pas à l’Eucharistie, il ne peut pas, l’orgueil est trop fort.

    Judas est là au deuxième repas. Deuxième repas, multiplication des pains, pour nourrir le corps, pour être repu. Judas est là. Mais quand Jésus explique que le pain pour nourrir le corps, en réalité, c’est pour vivre de la Résurrection, et à travers la Résurrection de l’éternité, de la plaie du Cœur, de la grâce et enfin de l’Esprit-Saint, et qu’il faut se nourrir de la chair du Fils de l’homme, il dit non. C’est la première fois que Judas a dit non. La trahison de Judas a démarré par rapport à l’Eucharistie. Le refus de l’Eucharistie est rentré dans le cœur de Judas.

    Et après, aux autres repas, nous allons voir Judas.

    Judas, à l’action de grâce, il est là : « Comment ça, la gratuité pure ! »

    L’action de grâce, c’est quoi ?

    Jésus a reçu, à travers la foi de Marie, sa chair. Marie a donné sa chair à Jésus, alors avant de partir dans la Résurrection, Il l’a laissée toute seule, il faut bien qu’Il ait une action de grâce, qu’elle ait un lien avec l’Esprit-Saint, avec Lui dans la Résurrection, et donc il faut bien qu’Il lui donne quelque chose. Il ne laisse pas uniquement ce sacrifice … [inaudible] … Et en même temps, elle vit uniquement de la croix. Il faut bien qu’Il fasse une action de grâce. Elle Lui a donné son corps, sa chair à Lui. La chair qu’Il a reçue, c’est elle qui Lui a donné, alors il faut bien qu’Il remercie, qu’Il ait une gratitude.

    C’est pour ça qu’on dit que l’Eucharistie est une action de grâce. Jésus a inventé l’Eucharistie en action de grâce, pour remercier Marie. Elle Lui a donné une chair passible, pour souffrir, et du coup Il lui donne la chair glorieuse sous le mode de l’Eucharistie en action de grâce. Eucharistie en grec, ça veut dire action de grâce : Eucharistia. C’est lié à Marie, directement. Action de grâce, réponse d’amour de Jésus.

    Judas ne supporte pas l’amour gratuit, le don gratuit total, parce qu’il ne comprend pas, alors il dit non. La Résurrection, non, il préfère le messianisme temporel. L’action de grâce, non, il y a les pauvres. Judas, tout le temps il dit non, comme Satan. Et comme il est intelligent, il sait qu’il faut descendre vers le bas, en dessous, c’est toujours ça de gagné, c’est la méthode de la synarchie.

    Après, Judas est là au moment du mémorial. Judas va se nourrir du corps de l’Eucharistie, et du coup le démon pénètre en lui et Judas trahit.

    Enfin, au cinquième, la Plaie du Cœur, Judas est absent : il s’est pendu. Donc il est absent à l’alpha et à l’oméga.

    C’est Lanza Del Vasto qui a écrit un livre sur Judas, il ne dit pas ça, c’est dommage. C’est beau de voir le mystère de Judas à travers le mystère de l’Eucharistie, ça fait comprendre beaucoup de choses.

    Nous avons ici, donc, ces cinq aspects du Mystère du pain de vie.

    Je voudrais terminer en expliquant quand-même « Je suis le pain de vie ».

    - Il est six heures.
    - Il est six heures ! Ça veut dire quoi ? Que j’ai cinq minutes ?
    - Oui.

    - Tout cela est structuré par « Je suis le pain de vie ». L’Eucharistie est une Révélation au plus haut du mystère de la Très Sainte Trinité, et je vais vous expliquer pourquoi.

    Quand Il dit : « Je suis », c’est le point de vue de l’Etre de Dieu éternel, pas dans la création. « Je suis » est Dieu en tant que Dieu avant la création, dans l’éternité.

    Donc Lui, le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu, Celui qui joue le rôle de l’Epouse dans la Très Sainte Trinité, qu’est-ce qu’Il est, dans la Très Sainte Trinité ? Il est le Pain du Père.

    Quelle est la vie du Père ? C’est une vie contemplative, je vous l’ai dit, et donc Il contemple son Verbe, Il s’en nourrit, Il l’assimile. La contemplation est une assimilation intentionnelle – c’est-à-dire qui respecte : si je te contemple, je t’assimile en moi tout en te respectant, sans t’abîmer –, c’est une assimilation intentionnelle d’amour. En fait, c’est une mutuelle assimilation, bien entendu : « Je suis le pain de vie » : le Père contemple et le Verbe de Dieu est contemplé, le Père est l’Epoux et le Verbe l’Epouse.

    Dans le mariage, le mari contemple son épouse, et l’épouse se laisse dévorer par son époux dans une manducation d’amour, assimiler par lui, bouffer, consommer, dévorer. C’est merveilleux !

    Mais le pain se transforme en vous, quand vous l’assimilez. Et quand tu te nourris de l’Eucharistie, toi, et que tu manges l’Eucharistie, tout le problème est là…

    Quand une vache mange de l’herbe, c’est un degré de vie beaucoup moins grand, l’herbe, par rapport à la vache, alors l’herbe se transforme dans la vache, les cellules de l’herbe se transforment en cellules de vache. Et toi qui es un homme, quand tu manges la vache – vous connaissez le petit refrain – les cellules de la vache se transforment en cellules de ton corps à toi.

    Mais quand tu manges l’Eucharistie, tu te rends compte ? Lequel est dévoré par l’autre ? C’est évidemment Jésus qui nous dévore, qui nous prend dans la Très Sainte Trinité. L’Eucharistie, c’est l’ascenseur divin.

    Mais quand c’est le Père et son Verbe ? Ils sont substantiellement égaux, alors Lequel est Celui qui dévore l’Autre ? Et c’est pourquoi dans cette assimilation, Ils sont tous les deux transformés dans une Vie, « Je suis le Pain de vie » : le Père contemple son Fils complètement, et du coup c’est la Vie de l’Esprit Saint qui apparaît.

    C’est une Révélation sur la manière dont l’Unité se fait entre les deux premières Personnes pour donner cette Vie divine de l’Amour. C’est très extraordinaire de comprendre ça.

    Et quand Jésus dit : « Je suis le pain de vie », il faut comprendre que nous devons offrir Jésus à la Très Sainte Trinité, nous offrir et offrir tout le Corps mystique à la Très Sainte Trinité, parce que c’est la Très Sainte Trinité, le Pain de Vie.

    Donc « Je suis le pain de vie », c’est le Corps du Christ, c’est le Corps mystique du Christ, et c’est la Très Sainte Trinité. Vous pouvez mettre ‘égale’ : « Je suis le pain de vie » = le Corps du Christ = le Corps mystique du Christ = la Très Sainte Trinité. En mathématiques ça ne fonctionne pas, mais pour le mystère de la grâce c’est réel, substantiel. C’est beau, c’est très grand !

    Nous regarderons demain comment l’Eglise, avec saint Thomas, parle du mystère de l’Eucharistie.


    Avec saint Augustin et saint Thomas d’Aquin

    Pour terminer cette courte, trop courte méditation sur l’Eucharistie à partir de la Révélation, de la Bible, je vous ai dit que ce serait bien de regarder ce que dit saint Thomas d’Aquin sur l’Eucharistie.

    Saint Thomas dit beaucoup de choses sur l’Eucharistie, c’est évident. Nous avons ici la table des matières de ce qu’il dit sur les questions qu’il traite sur l’Eucharistie.

    Et comme nous avons pris le thème de l’Eucharistie à travers la Bible, nous allons prendre uniquement ce que saint Thomas dit de l’Eucharistie à partir de la Bible. Autant respecter notre thème.

    Nous allons voir que tout ce que dit au fond le Magistère de l’Eglise vient uniquement de l’Ecriture.

    Et tout ce qu’il y a dans l’Ecriture vient de ce que Jésus a enseigné aux apôtres par voie orale, et qu’ils ont gardé. Il y a une espèce d’immense espace gardé par les saints, par Marie, puis ça s’est planté dans l’Ecriture.

    Mais l’enseignement oral sorti de la bouche de Jésus, du Verbe de Dieu, à travers les Prophètes, et de l’Esprit-Saint à travers tous les Inspirés, enseignement qui est dans l’Ecriture, gardé dans ce que nous essayons de vivre, l’Esprit-Saint nous le rappelle tout le temps à travers le Magistère.

    Saint Thomas d’Aquin nous fait comprendre ça tout de suite.
    Il faut aimer saint Thomas d’Aquin.

    Mais enfin quand-même, un petit peu avant, puisqu’il y avait cette structure par cinq, j’ai voulu noter ici ce qu’il dit dans la Tertia Pars, questions 73 et 79, c’est que l’Eucharistie a les noms suivants :

    Sacrificium vel hostia : c’est l’hostie, le sacrifice. Jésus est une hostie vivante.
    Le sacrifice, je vous rappelle, c’est par rapport à Abraham.

    Communio vel synaxis : c’est la communion ou la synaxe, c’est le rassemblement.
    Nous nous rassemblons tous pour nous nourrir de la communion, de la synaxe.

    Eucharistia : l’Eucharistie.

    Viaticum : le viatique.
    Le viatique, c’est que nous sommes en pèlerinage.

    Et puis il faut dire enfin missa : la messe.
    C’est le Père qui envoie son Fils en nous. Il envoie son Fils avec une tellement grande force en nous que du coup nous sommes projetés dans le monde. Le Père envoie son Fils en nous, le Fils envoie l’Esprit-Saint et du coup nous sommes envoyés dans le monde, nous sommes des Eucharisties. C’est l’envoi des Personnes divines dans le monde : missa, messe.

    C’était pour reprendre ici tout ce que nous disions à travers la Genèse, l’Exode et les Livres des Rois.

    Avant de revenir à l’Ecriture, il y a une deuxième chose que je voudrais quand-même vous dire, c’est ce que dit saint Augustin à propos de l’Eucharistie, et que reprend du reste saint Thomas d’Aquin :

    L’Eucharistie est un sacrement, et le sacrement implique une matière et une forme.

    C’est normal, puisque les sacrements renouvellent le fait que le Verbe, Dieu, s’est fait homme, s’est fait chair. Il a saisi la matière dans sa Personne pour récapituler toute la création par l’Amour. Le Verbe s’est fait chair. Dieu s’est fait matière, si je puis dire, l’Immatériel s’est fait matière pour faire une seule Réalité.

    Eh bien les sacrements reproduisent cela. La réincarnation, c’est les sacrements. C’est pour ça que quelqu’un qui refuse le point de vue des sacrements va être tenté par toutes les doctrines, les spiritualités d’inspiration réincarnationniste. La véritable réincarnation, c’est les sacrements.

    A partir de là, cette réalité des sacrements va impliquer, d’après saint augustin, un certain nombre de choses pour l’Eucharistie.

    Il va dire que dans l’Eucharistie, il y a trois moments :

    Il y a, – c’est bien compliqué, saint Augustin pour ça est terrible – avant même que l’Eucharistie, la synaxe, le sacrifice, l’hostie, la messe ait commencé, quand nous lisons la Parole de Dieu, qu’il n’y a ni hosties, ni le pain ni le vin, il y a res et signum.

    Dans un deuxième temps, il va y avoir res et sacramentum.

    Et puis ensuite il va y avoir la res tantum.

    Maintenant, je vais expliquer, puisque vous n’êtes pas nés à Rome en l’an 50 avant Jésus-Christ, vous ne connaissez pas, vous ne savez pas ce que veut dire tout ça.

    La res et signum, c’est quoi ?

    C’est ce qui est avant l’Eucharistie et qui est déjà l’Eucharistie. C’est ce qui se mange, et quand Dieu est réellement présent, res, c’est réellement Dieu qui se mange : la Parole de Dieu. Nous commençons par la Parole de Dieu. Il faut d’abord se nourrir de la Parole de Dieu, ce que nous avons fait pendant trois jours. Nous avons essayé de rentrer dans la Parole de Dieu pour nous nourrir eucharistiquement de la Parole de Dieu et pour comprendre ce que c’est que l’Eucharistie.

    Et du coup le Père, qu’est-ce qu’Il fait ? Il mange, Il dévore éternellement le Verbe.

    C’est là où nous en étions arrivés, nous avons compris ça à travers ce long cheminement.

    Et puis c’est à travers quelque chose de visible pour nous, à travers la Parole de Dieu, à travers le fait que nous essayions de vivre du mieux que nous pouvons à travers nos bêtises, nos faiblesses, nous sommes immensément loin et en même temps immensément proches, alors il y a le signe.

    Dans l’Eucharistie, il y a le signe, et le signe apparaît encore d’une manière très extraordinaire à travers le pain et le vin, la matière du sacrement. C’est symbolique, le pain et le vin, mais nous avons vu à travers l’Ecriture tout ce qu’il y a derrière le pain et le vin.

    Et puis il va y avoir offertoire, préface, canon, Transsubstantiation, consécration, et la Réalité divine va se présenter dans le sacrement, c’est-à-dire que la forme – il n’y a plus le signe du pain et du vin – est transformée en sacrement. La forme a saisi la matière, il y a eu Transsubstantiation, et Dieu, la res, la réalité divine, est cette fois-ci présent substantiellement dans le signe. Et c’est pour ça que ce n’est plus un signe, ça devient un sacrement. Ce n’est plus du pain et du vin, c’est un sacrement.

    Et puis, après, nous nous en nourrissons. Le signe a disparu complètement, pour le coup, nous ne voyons plus de pain ni de vin, terminé, le signe a complètement disparu, il ne reste plus que le sacramentum tantum, c’est-à-dire que nous sommes en train de le digérer, il n’y a plus que le sacrement. C’est ce qu’on appelle la communion, sacramentum tantum – tantum veut dire uniquement – avec la res dedans, la réalité divine est dedans.

    Et puis avec la digestion, un quart d’heure après, le sacrement lui-même disparaît, puisqu’il est digéré. Il n’y a plus de sacrement, qu’est-ce qui reste ? La res.

    Et l’essentiel de l’Eucharistie, c’est de faire qu’il n’y ait plus que la res.

    Qu’est-ce que c’est que la res ?

    Toute la foi en l’Eucharistie, c’est d’aller dans la synaxe, dans le repas, dans le sacrifice, dans le passage du temps à l’éternité et de l’éternité au temps, dans cette action de grâce, dans le mystère de la Très Sainte Trinité, dans ce mystère, dans ce caractère substantiel du sacrement et du mystère des mystères pour le Saint des Saints, pour qu’il n’y ait plus que la res tantum de l’Eucharistie.

    Qu’est-ce que la res tantum de l’Eucharistie ?

    C’est ça, la mystique sacramentelle chrétienne. Ça veut dire quoi, au moins rapidement ?

    Ça veut dire que quand tu communies, quand tu vas à la messe, il faut quand-même que tu t’y disposes, il faut quand-même que tu sois nourri de la Parole de Dieu. Tu vois les Noces de Cana : il faut que tu remplisses les jarres d’eau, six cents litres ! Normalement, c’est pour la purification, c’est liturgique. Il faut que tu te nourrisses de la Parole de Dieu, il faut que tu fasses oraison, il faut que tu vives de la charité fraternelle : il faut que tu remplisses d’eau les jarres. Alors Dieu est là, tu es un bon serviteur.

    Tu te retrouves à la synaxe. La synaxe, c’est quand nous nous rassemblons pour nous nourrir de la véritable nourriture. Le sacrement saisit le pain et le vin, c’est-à-dire tout le travail que nous avons fait, comme je vous l’ai dit. Tout le travail que nous avons fait est saisi par la Transsubstantiation et réellement transformé dans le travail de Jésus crucifié et ressuscité.

    Tu t’en nourris, troisièmement, à la Communion.

    Puis il disparaît sacramentellement.

    Il reste quoi ?

    Au point de vue divin, tout ce que nous vivons n’a de signification que par rapport au fruit, que par rapport à la finalité.

    Le bien de l’Eucharistie, c’est la fin, et la fin, c’est ce qui reste lorsqu’il n’y a plus d’Eucharistie.

    C’est prodigieux, de comprendre ça.

    Autrement dit, quand vous avez communié, vous avez cette réalité extraordinaire de Jésus crucifié et glorifié à travers vous, et puis, avec la digestion, les espèces sacramentelles disparaissent.

    Et Jésus n’est présent réellement que dans la mesure où il y a les espèces sacramentelles.

    Vous supprimez la matière, il n’y a plus de sacrement. La matière, c’est les apparences du pain et du vin.

    Et quand vous digérez, les apparences du pain et du vin disparaissent.

    Que reste-t-il ?

    Jésus disait : « Je vous dis la Vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille » (Jean, 16, 7).

    C’est très fort, cette Parole que Jésus dit.

    Sur la Croix, Jésus part vers la Résurrection et Marie reste. Le voile se déchire. L’Assomption, ce sera pour plus tard. Ce sont les lèvres eucharistiques qui s’ouvrent pour le baiser ardent pour l’humanité, l’Eglise.

    Qu’est-ce qui reste ?

    « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille », donc si la réalité de Jésus crucifié et ressuscité avec toute la Gloire du Christ ressuscité qui spire dans la Très Sainte Trinité n’est plus là, et qu’il vaut mieux que ça, ça s’en aille, ça prouve que ce qui reste après est plus grand.

    Qu’est-ce qui est plus grand que la Présence réelle, glorieuse, victorieuse, mystique, plénière, totale de Jésus crucifié et ressuscité ? Qui peut me le dire ? Qu’est-ce qui est plus grand que ça ?

    Oui, il y a quelque chose de plus grand que ça.

    - Le Corps mystique ?
    - Oui, c’est vrai.

    - La Grâce sanctifiante ?
    - Oui, mais la Grâce sanctifiante est quelque chose de créé.

    Avec le Sacrement, nous avons le Corps mystique eucharistique, per modum substantiæ, par le mode de la substance, du Christ ressuscité.

    Qu’y a-t-il de plus grand ?

    L’Eucharistie était appelée le Corps mystique, vous vous rappelez ? Jusqu’au 12e siècle, l’Eucharistie, c’est le Corps mystique. Le Pape Paul VI fait remarquer que c’est à partir du 12e siècle que petit à petit on a dit que le Corps mystique, c’est l’Eglise. C’est prodigieux ça, c’est ce que je voulais prendre avec vous comme thème, ce passage entre les deux.

    Alors, que reste-t-il après ?

    Nous parlions hier, je ne sais pas si vous vous rappelez, des cinq parties dans l’Eglise du Corps mystique. Les cinq parties du Corps mystique, c’est quoi ? C’est Jésus ressuscité, crucifié et glorifié, avec Marie, et avec tous ses membres, donc l’Eglise triomphante qui est au Ciel, l’Eglise souffrante et l’Eglise militante.

    C’est évident que si nous avons réellement le Corps de Jésus ressuscité, s’Il s’en va, c’est pour qu’Il demeure en nous.

    Il s’en va per modum substantiæ, c’est la transsubstantiation, la substance-même du Corps crucifié et ressuscité de Jésus qui disparaît.

    « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille », Il laisse quelque chose de plus grand, c’est-à-dire son Corps mystique tout entier.

    Le Corps mystique tout entier de l’Eglise est plus grand, puisque c’est Jésus ressuscité, la Tête ; la médiation entre la tête et les membres : Marie est là réellement présente dans son Assomption ; toutes les âmes qui sont dans la vision béatifique sont là, réellement présentes, animant mon corps, elles qui sont dans la vision béatifique, animant ma chair ; toutes les âmes souffrantes du purgatoire sont là ; toutes les âmes militantes de l’Eglise sont là.

    Le fruit de l’Eucharistie, c’est la Charité, et la Charité, ça va très loin.

    Les gens communient et pensent à autre chose, alors que c’est l’essentiel !

    Tout le reste, gommez-le. C’est pour ça, c’est uniquement pour ça.

    C’est extraordinaire la mutation qu’il y a entre le passage de la Parole de Dieu, la Révélation, au signe du pain ; le passage du pain et du vin à travers l’offertoire dans le travail à la communion – c’est ce qu’on appelle l’offertoire, la préface – ; puis le passage du pain et du vin rassemblant tout le travail des hommes dans le sacrement ; le passage…

    Il y a transformation, transfinalisation, transactuation, transsubstantiation à la consécration, et puis après transmutation et transglorification.

    C’est la plus grande chose de l’Eucharistie.

    Quand Jésus, la substance, ce caractère substantiel du Corps ressuscité de Jésus disparaît, c’est pour laisser quelque chose de plus grand.

    Il est évident que la substance est quelque chose de plus grand que la transfinalisation.

    Et la substance est plus grande que la forme, c’est sûr, le point de vue formel.

    L’Eucharistie, c’est plus grand que l’Ecriture, mais nous avons besoin de l’Ecriture.

    Et puis après, il faut qu’à travers l’Ecriture, toute notre peine, notre travail, nos efforts, toute notre adoration, soit mis dans la patène, et puis il va y avoir la substance.

    C’est quelque chose de mieux que la substance que nous avons eu : la perfection de l’Amour, la plénitude de l’Amour. Donc le passage de la substance à la charité, c’est évidemment énorme !

    C’est vrai que nous sommes toujours très attentifs à la messe au moment de la transsubstantiation, nous avons raison ! Nous sommes très attentifs au moment de la Communion, nous avons raison ! Ce n’est pas moi qui vais dire : « Méprisez ça, laissez tomber, arrivez à la messe plutôt les cinq dernières minutes »… eh non ! (…)

    Cette mutation qu’on appelle conversio, la conversion, c’est une révolution intérieure qui se fait par l’Eucharistie quand la substance du Corps glorieux et ressuscité du Christ qui est présent par mode de substance, per modum substantiae, disparaît.

    Alors ça opère une révolution prodigieuse, pas de nous mais du sacrement.

    Il y a une conversion qui se fait, puisqu’Il n’est plus présent.

    Tu le comprends, ça, ou pas ?

    Il y a une révolution intérieure, une conversion, une mutation totale du sacrement dans la présence réelle, totale, mystique, par la charité, de tout le Corps mystique à travers nos corps, à travers nos cœurs.

    C’est quand-même assez extraordinaire !

    Il faut que nous soyons présents à cette mutation de Jésus à tout le Corps mystique.

    Et nous portons réellement tout le Corps mystique, réellement.

    Res tantum.

    C’est de la théologie, évidemment : res et signum, res et sacramentum et res tantum.

    Voilà ce que dit saint Thomas, Tertia Pars, question 73 et question 74 :

    « L’effusion du sang et de l’eau par la plaie du Cœur du Christ est le signe, signum, et la cause, la source, de l’Eucharistie.
    L’oblation et le sacrifice du pain et du vin par Melchisédech regarde non le signe, mais le sacramentum tantum.
    La manne dans le désert, avec Moïse, regarde ce qui, dans l’Eucharistie, concerne la res tantum.
    L’Agneau pascal, avec Moïse, regarde, dans l’Eucharistie, ce qui concerne la res et sacramentum, le sacrifice.
    La res et sacramentum, que nous avons à la consécration et à la communion, de l’Eucharistie est le véritable Corps du Christ.
    La res tantum, ce qu’il y a après la mutation dans la communion, ce pourquoi nous vivons l’action de grâce, la res tantum est le fruit de celle-ci, c’est-à-dire la grâce qui nous rend présents vitalement, donc physiquement – puisque c’est vital, la grâce – à tout le Corps mystique du Christ ressuscité souffrant et glorifié.
    Et la res et signum, c’est la matière. »

    Saint Thomas dit cela, vous l’avez entendu vous-mêmes, à partir du côté ouvert du Christ, de Melchisédech, de la manne dans le désert et du sacrifice de l’Agneau pascal. Nous l’avions vu nous-mêmes, j’étais content en voyant ça ce matin.

    Il faudrait dire encore beaucoup d’autres choses sur l’Eucharistie, mais puisque nous nous réservons le point de vue de la Bible, je voudrais terminer par le point de vue de l’hébreu.

    C’est l’agneau, c’est le pain, c’est la chair du Fils de l’homme.

    L’agneau, c’est le sacrifice, c’est la res et sacramentum, c’est l’Agneau de Dieu qui est sacrifié en holocauste pour nous. C’est le pain, la matière du sacrement. Et c’est la chair, c’est le Corps mystique du Christ.

    En hébreu…

    C’est pour voir toutes ces subtilités de la Révélation. Peut-être est-ce que j’en ai déjà parlé à certains d’entre vous ? Il faudrait faire toute la théologie mystique de l’Eucharistie à partir de l’alphabet hébreu.

    L’alphabet hébreu a vingt-quatre lettres. La première lettre est le aleph, notre A à nous. Ça exprime l’ouverture à l’infini. L’hébreu se lit de droite à gauche, vous écrivez par exemple : abbA : Père.

    En écriture cursive, le aleph exprime le point de vue divin, l’ouverture à l’infini, qui se rassemble par amour dans quelque chose qui est matière.

    C’est l’aspect, au fond, de la création. La créature est créée, et elle bute, elle qui vient de l’infini de Dieu, de l’amour de Dieu, elle bute sur la transcendance de Dieu.

    Aleph est la lettre de l’adoration.

    Tout commence par l’adoration, l’admiration. Il faut être rempli d’admiration. « Remplissez d’eau ces jarres », il faut être en état d’adoration, il faut faire oraison, dans l’admiration. Il le faut vraiment.

    Je suis là, je bute, parce que Dieu est là, transcendant. [Dessin de la lettre aleph cursive]. Moi qui suis là, je bute sur la transcendance de Dieu, alors du coup je fais la culbute et je passe ici. Alors à ce moment-là, deuxième lettre, je viens ici. La deuxième lettre, c’est le beit, le B. Il faut passer par l’adoration et passer par cette espèce de conversion que réalise l’adoration, l’admiration. Aleph est la lettre du silence.

    Il faut comprendre qu’en hébreu les lettres ont une signification théologique, une signification matérielle, une signification biblique, une signification mystique. Il y a les quatre à chaque fois pour traduire. L’enfant de cinq ans, chez les Juifs, connaît toutes les lettres de l’alphabet avec toutes leurs significations : littérale, humaine, biblique et mystique. Donc nous faisons un petit travail pour les enfants de cinq ans.

    Matériellement, le aleph, c’est le bœuf qui travaille silencieusement. C’est un travail, l’adoration. C’est le silence, c’est l’admiration. Mickaël est le gardien du silence, il admire, il adore. El, c’est Dieu : ah ! L’admiration, le silence. Du coup, si cette adoration est vécue dans l’amour, il ne reste plus que l’amour.

    Et le beit, c’est la lettre de l’amour.

    Du point de vue littéral, le beit, c’est la maison, c’est pour ça que vous avez Bethlehem, Bethsaïde, Bethphagé… Bethlehem, où Jésus est né : la maison du pain. Lehem, lamed, heth et meym : le pain.

    Nous verrons tout à l’heure ce jeu de lettres extraordinaire entre le pain, la chair, l’agneau. C’est pour ça que je vous fais tout ça avant. J’espère que nous y arriverons. S’il faut que je fasse les vingt-quatre à ce rythme là… Il est dix heures vingt déjà, il me reste dix minutes ?

    - Nous avons jusqu’à onze heures.
    - Ça va.

    Donc ici, le beit, c’est la maison, la demeure. On ne construit une maison nouvelle qu’à partir du moment où il y a un amour entre un homme et une femme. « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils ne feront qu’un » (Genèse, 2, 25).

    C’est le fait d’avoir quitté son origine, d’être allé plus loin grâce à l’adoration, à l’admiration, au silence et à l’amour, et du coup il y a la clôture de l’intimité dans l’amour entre l’homme et la femme, et l’ouverture à l’infini. L’amour entre l’homme et la femme implique la clôture de l’intimité et l’ouverture à l’infini. C’est très beau, ça !

    Un amour entre l’homme et la femme où il n’y aurait pas l’ouverture vers l’infini, qui est divin, ce ne serait évidemment pas un amour humain.

    L’amour réussi, c’est pour ça qu’il y a les deux bras [dessin de la lettre cursive], l’amour entre l’homme et la femme, le secret, l’intimité, la clôture de l’intimité, le foyer. Vous voyez Jésus, Marie et Joseph. C’est dans l’amour entre l’homme et la femme, Bethlehem, qu’il y a la maison du pain.

    Il ne peut pas y avoir Eucharistie sans qu’il y ait adoration et sans qu’il y ait cet amour entre nous qui s’ouvre à l’infini grâce à la grâce.

    Ensuite, nous avons le ghimel, le chameau.

    Vous avez tout le paradis terrestre avec l’homme et la femme qui est là, mais il y a eu une petite intervention ici, l’amour entre l’homme et la femme peut évoluer, n’est-ce pas ? Alors la femme se redresse, et du coup l’homme se replie sur lui-même. Ça donne le ghimel, ça veut dire chameau.

    Mais en réalité, c’est quelque chose de positif : cet amour de la lettre précédente, en s’ouvrant à l’infini, petit à petit, il prend une très grande force. Le ghimel est la lettre de l’amour dans toute sa force.

    Et cette fois-ci il va y avoir une division. S’il y a le péché, ça va impliquer le redressement dans l’orgueil et le repliement sur soi dans l’homme et la femme. Il n’y a plus tellement la clôture de l’intimité, ça devient une complicité dans le repli sur soi et dans l’orgueil.

    Mais le ghimel exprime aussi et surtout la force.

    Voyez par exemple l’histoire des chameaux : Rebecca, qui est la femme qu’on a donnée à Isaac, c’est au bord d’un puits. Toutes les rencontres nuptiales sont au bord d’un puits. Rebecca fait boire les chameaux. Ou Rachel ? Une des deux. Rebecca, c’est avec Isaac, et Rachel c’est avec Jacob.

    On dit que la femme est médiatrice. La femme est médiatrice parce que la force de l’amour, l’intensité de l’amour, les dix chameaux, l’amour dans ses trois dimensions les plus infinies, les plus divines, et dans ses sept dimensions les plus humaines, les plus incarnées, c’est elle qui en est porteuse. Elle est médiatrice d’amour. Si une relation entre un homme et une femme n’évolue pas, ça prouve que la femme n’est plus médiatrice.

    Quand le serviteur qu’Abraham a envoyé chercher une épouse pour Isaac apporte ses chameaux et demande à boire, Rebecca fait boire les dix chameaux apportés par le serviteur.

    Entre Rebecca et Isaac, c’est le coup de foudre, premier coup de foudre de l’Ecriture. Ça veut dire que si la femme est médiatrice, elle fait naître dans le cœur – les dix chameaux – l’amour d’Isaac, et l’amour d’Isaac se réveille d’un seul coup. Les dix chameaux, c’est la force de l’amour.

    C’est pour ça que Rebecca, pour susciter cela, quand elle arrive et qu’elle voit à travers le désert son mari, saute à bas du chameau et demande au serviteur : « Qui est cet homme-là qui vient dans la campagne à notre rencontre ? - C’est mon maître. » Elle descend de son chameau. Qu’il y ait cet amour n’est possible que si la femme s’humilie.

    Il faudrait faire une fiche sur les chameaux, c’est extraordinaire.

    Vous comprenez bien que ce que nous disons sur l’homme et sur la femme, c’est valable aussi pour le mystère du Christ et de l’Eglise. L’Eglise est médiatrice d’amour. Du point de vue de l’unité du Corps mystique, Jésus ne peut rien, Il nous respecte trop.

    Ensuite. Du coup, on ne reste pas à deux, il faut que ça aille un peu plus loin, alors nous avons le daleth, la porte, l’accueil.

    Quand nous aimons, il faut arriver à saisir en nous le lieu où nous pouvons accueillir l’autre. Il faut ouvrir les portes, il faut ouvrir les bonnes portes. C’est ce que dit Jésus : « N’entrez pas par la fenêtre, entrez par la porte. Celui qui rentre par la fenêtre, c’est un voleur. » (Jean, 10, 1). Il faut rentrer par les bonnes portes.

    « Abraham avait une tente à mille portes », ça veut dire qu’il était disponible de tous les côtés, il était accueillant, c’est pour ça que la Très Sainte Trinité était là.

    « Eiheh Daleth », « Je suis la Porte » : la Croix du Christ est cette ouverture, cette disponibilité, cette attraction.

    Ici, nous avons à l’intérieur une première fécondité, exprimée par cette petite boucle qui est là [dessin de la lettre cursive], qui fait charnière.

    Les Rabbins disent que le daleth est l’accueil : la force de l’amour mutuel fait qu’il y a l’accueil d’une fécondité.

    (...) Interruption de l’enregistrement en fin de sixième cassette (il manque la 7ème cassette)