Nous méditons aujourd’hui le quatrième mystère glorieux, ce mystère que nous fêtons chaque année le 15 août, et sous lequel la France a placé son patronage.
Ce dix-neuvième mystère ( saluons au passage 19 est le huitième chiffre premier, le 8 correspondant en hébreu à la lettre heth qui désigne le Messie ; ‘8’ désigne le Messie, et ‘chiffre premier’ désigne une origine divine : ) va nous parler de l’Onction du Messie en son origine purement divine : Dix-neuvième mystère : l’Assomption vient de Dieu.
La Parole de l’Evangile est belle : « Ne soyez pas bouleversés, Je viens vous préparer une place, et quand ce sera votre heure, une fois que Je vous aurai préparé une place, Je viendrai vous chercher auprès de moi » (Jean, 14, 1-6).

Nous allons essayer de rentrer dans ce mystère en demandant au Saint Esprit, par la puissante intercession du cœur douloureux et immaculé de Marie, de nous porter, de nous éclairer, de nous saisir de l’intérieur pour nous faire rentrer à l’intérieur du mystère.
Il faut vraiment rentrer à l’intérieur de ces mystères. Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il faut méditer les mystères de l’extérieur, dans des considérations théologiques. Le mystère est vivant, le Rosaire est vivant : il doit être contemplé. Et pour contempler le mystère, il faut véritablement qu’il y ait une Pentecôte, une langue de feu qui nous pénètre profondément à la mesure de notre soif. Si les torrents de lumière flamboyante de la Pentecôte nous pénètrent ensemble dans l’unanimité, le rosaire de la Pentecôte deviendra vivant.
Voilà donc un mystère qui pour la première fois ne se trouve pas inscrit dans l’Ecriture : les deux derniers mystères du Rosaire ne sont pas marqués dans la bible. La Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte sont dans l’Ecriture, mais pas l’Assomption, qui est un mystère appartenant à la foi de l’Eglise, à la tradition de l’Eglise, à la liturgie de l’Eglise, à la dogmatique de l’Eglise, et à l’enseignement infaillible de l’Eglise (les cinq).
C’est seulement en 1950, il y a cinquante-trois ans, que le Pape Pie XII a proclamé la foi multi-millénaire de l’Eglise sur l’Assomption de la Vierge Marie, en proposant une définition expresse de la foi... Nous sommes les contemporains de cet événement unique dans l’histoire de la foi.
L’Eglise a toujours su que Marie avait connu la dormition et l’Assomption : cela a toujours été chanté, vénéré, proclamé, admiré, avec bien sûr des points d’interrogation : que s’est-il donc passé ?
« Quelle est celle-ci qui monte du désert, toute environnée de nuées et de flammes ? »
Nous allons essayer de comprendre pourquoi ce sont des choses qui ne se dévoilent, quant à la vie intime, intérieure, surnaturelle, incarnée, que vers la fin.

Nous allons repérer en premier lieu que nous fêtons plusieurs choses dans le mystère de l’Assomption célébré le 15 août :
Depuis la Pentecôte, l’Immaculée a été revêtue d’un caractère très particulier. Retenons cette formule selon laquelle « tout ce que l’Immaculée Conception est en puissance, le Saint Esprit vient l’actuer » : elle est donc, depuis la Pentecôte, transformée en sacrement du Saint Esprit. Simultanément, après la Pentecôte, par une loi divine d’équilibre de l’amour, de la lumière, de la grâce, de la vie et de l’éternité glorieuse de Jésus avec qui elle est liée, les torrents des signes et des caractères des sacrements vont être par ailleurs communiqués au monde par les Apôtres : le baptême va commencer, le sacerdoce va être communiqué, l’imposition des mains, et les sacrements vont commencer à surgir, à se manifester à profusion, immédiatement, par milliers, par dizaines de milliers. Ce sont comme les petites flammèches qui sortent du feu, du caractère qui s’est imprimé le jour de la Pentecôte en Marie et qui a fait d’elle le Sacrement du Saint Esprit.
L’Assomption contient ce qui s’est passé depuis cette naissance de l’Eglise jusqu’à la naissance de Marie au ciel : ces deux nativités sont liées l’une à l’autre. Vingt ans se sont passés ainsi, et ces vingt ans sont déjà l’Assomption. L’Esprit Saint assume toute la liberté de l’Immaculée Conception pour s’en servir.
En ce qui nous concerne, nous avons besoin de temps en temps de comprendre que grâce à nos souffrances, grâce à nos blessures, grâce à nos désirs, grâce à nos limites, grâce à nos pauvretés, l’Esprit Saint peut se servir de nous, à condition bien sûr que nous Le laissions faire et que nous Le laissions assumer la croix toute divine de nos pauvretés humaines. De ce point de vue-là, le mystère de l’Assomption contient une très grande leçon sur le rôle du Saint Esprit dans le caractère de l’Eglise.
Peut-être le Seigneur nous aidera à regarder, méditer, vivre, comment Marie a vécu cela dans le concret ; et pourquoi Marie est-elle restée si longtemps…
A partir de la Pentecôte, un deuxième torrent de grâces d’ouverture du ciel a été déversé sur le monde, sur la création, sur le Corps mystique vivant de Jésus vivant et sur la plaie vivante glorieuse de Jésus dans le cœur de Marie assumée par l’Esprit Saint : l’amour (nous l’avions vu la dernière fois).
Cet amour divin et sensible tout à la fois passe par des êtres limités, et en même temps il est illimité en intensité, en largeur, en profondeur, en universalité et en fécondité. Le mystère de l’amour éternel de Dieu doit à travers le mystère de l’Assomption, à travers le mystère de cette tension, cette course de la Pentecôte de l’amour vers l’Assomption, nous faire comprendre que l’amour ne doit jamais cesser d’augmenter.
Il fallait que l’amour augmente, si grand qu’il fût déjà (puisqu’il était déjà sans limite). Il fallait que la charité surnaturelle dans le cœur de Marie brûlé par l’Esprit Saint, en union avec tous les torrents d’amour glorieux qu’il y a dans les sacrements que les Apôtres sont en train de communiquer au monde, de ces heures-là jusqu’à la fin du monde, il fallait que cet amour de charité en Marie passe à un degré d’affinité avec l’Amour lui-même.
La charité est une vertu surnaturelle, théologale. C’est nous qui aimons, et c’est notre cœur qui est tout brûlé, tout transformé, tout accueillant de l’amour surnaturel presque sans limite du cœur ressuscité de Jésus : « Aime ton prochain ! ».
Nous faisons les actes de charité en mettant en commun tout l’amour qui va se répandre dans le cœur de notre prochain, tout l’amour que Jésus ressuscité vit au ciel, et tout l’amour qu’il répand en ce moment dans notre cœur : cette mise en commun des trois fait l’acte de charité.
Marie, dans son pèlerinage, et nous aussi finalement, les chrétiens (tous ceux qui sont appelés à être assumés, emportés dans la demeure de Dieu le Père pour la vision béatifique et pour la Jérusalem glorieuse), nous sommes tous appelés à faire en sorte que notre charité, que cet amour, ne cesse d’augmenter…
De la Résurrection, vous comprenez que Jésus est monté immédiatement dans l’Ascension, parce que l’amour à l’intérieur de Jésus est infini, substantiel, parfait et glorieux dès le départ. Dans le cœur de Jésus, l’amour n’a pas augmenté. Dans son cœur ressuscité, l’amour est aussi intense que dans son cœur d’embryon dans le sein de Marie, aussi intense que sur la croix. Il n’y a pas eu d’augmentation d’amour dans l’affection et la dilection qu’Il a éprouvé pour chacun d’entre nous à tous les instants de sa vie. Et actuellement dans la gloire, il n’y a pas plus d’amour dans le cœur de Jésus, que dans le premier instant de son Incarnation. Les profondeurs de son cœur humain sont substantiellement plongées dans l’Amour, et cet Amour qui est l’Esprit Saint fait la charité du Christ.
Marie, elle, n’est pas Dieu ; les Apôtres ne sont pas Dieu ; nous ne sommes pas Dieu ; nous sommes de pauvres gens qui courront derrière le Bon Dieu autant que nous pouvons. Jésus marche très vite parce qu’Il a beaucoup d’amour, et nous courrons derrière Lui le plus vite que nous pouvons ! A un moment Jésus s’arrête, Il voit que nous le suivons, et Il dit : « Qui cherchez-vous ? ». Et nous ne savons pas quoi dire, nous ne savons pas très bien qui nous cherchons, nous savons seulement que nous sommes attirés.
En tous cas, le jour de la Pentecôte, l’amour du cœur de Marie (même si son cœur est blessé par la Trans-Verbération, tout glorifié par le mystère de l’Ascension et de la Pentecôte, tout assumé par l’Esprit Saint), n’a pas connu encore le comble suffisant des surgissements de surabondance, de croissance, d’intensification et d’universalité qui sont dans le cœur de Jésus, et donc il va falloir que cet amour en elle augmente, augmente, augmente, jusqu’à ce que le cœur de Marie, l’amour de charité surnaturelle de la Vierge tout transformé par l’Esprit Saint (c’est un miracle incroyable qui s’est produit pendant vingt ans, de saut en saut, d’abîme et abîme, de flamme en flamme, de fournaise en fournaise, de croix en croix, il faut bien le dire aussi, de désir enflammé en désir enflammé, d’acte de foi en acte de foi) se rapproche tellement du degré d’amour flamboyant du cœur sacré de Jésus, qu’elle va atteindre un degré d’affinité avec Lui : l’amour de la femme va atteindre un degré d’affinité de charité surnaturelle qui aura même intensité que celui du cœur de Jésus.
Le vrai bouddhisme est celui-là : l’homme devient Dieu dans l’Amour. Dans tous les autres mystères Dieu se fait homme. Mais ici, du point de vue de l’amour, c’est vraiment l’humanité, la femme, la créature qui atteint par une opération du Saint Esprit (pas par elle-même, c’est évident, mais par ces torrents de Pentecôte, par cette attraction ardente de Jésus, et par l’amour de Dieu le Père dans l’humilité, dans la toute petitesse, dans la minusculité de Marie), une attraction, un amour tellement grand qu’au bout d’un certain temps, elle s’approche du terme où il ne reste plus que le dernier voile qui la sépare de ce degré d’affinité par lequel elle va vivre l’Assomption. Le Fils de l’homme et la femme vont être assumés dans une unique Résurrection, c’est-à-dire dans la victoire d’un feu d’amour humain glorifié de même intensité dans la complémentarité des personnes.
L’amour de Marie n’est pas du tout le même que celui de Jésus. L’amour de l’homme et l’amour de la femme n’ont pas même signification, n’ont pas même ardeur, n’ont pas même odeur, n’ont pas même fonction, n’ont pas même gloire, sponsalement parlant. L’homme et la femme sont dans un amour de complémentarité.
Ce mystère est un mystère de Marie (tout le monde comprend que l’Assomption est un mystère de Marie, puisque c’est elle qui est montée dans l’Assomption !) en ce sens qu’elle a vraiment été la seule et elle sera à jamais la seule à vivre de cela. Elle a atteint le dernier voile qui la sépare, et le dernier acte de foi permettant la dernière augmentation d’amour de son cœur qui la met immédiatement en affinité avec Jésus et la fait passer à l’intérieur de cette torpeur de la vision béatifique. Voilà la condition pour laquelle la Dormition est produite : son esprit est apte, à travers cette affinité et cette complémentarité d’amour avec Jésus, à être dans la torpeur de la vision béatifique. Tel se présente le mystère de la Dormition.
Dans le mystère de l’Assomption, nous allons préciser ce fait que Marie s’est endormie en Dieu par une torpeur venue de la charité. Nous savons bien ce que fait la charité : elle nous absorbe tout à l’intérieur. Quand nous prions tranquillement, sereinement, au bout d’un certain temps nous sommes comme rassemblé, absorbé : quelque chose à l’intérieur nous absorbe et nous ramène dans ce qu’il y a de plus petit et de plus ramassé au dedans de nous . Toutes les opérations de puissances sont immobilisées. L’oraison n’est pas explosive mais une implosive.
Voilà ce qui s’est passé à la Dormition : tout est rassemblé dans l’amour et le cœur extasié dans le cœur de Jésus voit qu’il est arrivé au même degré d’affinité d’amour que Lui. Seule Marie a vécu cela, et personne d’autre ne le vivra.

Les Orthodoxes, l’Eglise d’Orient, fêtent beaucoup plus la Dormition que l’Eglise latine, l’Eglise d’Occident qui fête l’Assomption.
Voici le troisième volet de ce mystère par lequel nous fêtons, outre la Dormition, le fait que Marie ait connu l’Assomption.
La Dormition est ce fait que Marie a été emportée, comme le dit l’Apocalypse (12, 14), dans le désert de Dieu avec les deux ailes du grand Aigle, pour échapper au Dragon. Du coup, aux yeux du monde, elle dort, elle s’est endormie.
Il est dommage que nous n’en fassions pas l’expérience ! Mais ce sera beau à contempler ! Il faut le contempler, c’est évident, car nous sommes les enfants de Marie : elle est le feu de la Dormition, et nous, nous sommes comme les étincelles de sa dormition sur la terre.
Marie a-t-elle connu la mort ? Elle s’est endormie ; mais cet état de torpeur n’est pas nécessairement une mort . L’Ecriture ne nous en révèle rien de précis.
La tradition, avec l’apocryphe Tractatus Virginis (vers l’an 200) nous donne le témoignage des Apôtres. Cet apocryphe est un des très rares qui ne contiennent pas d’hérésie ! [Apocryphe vient de ‘apo’, mettre de côté, et ‘crypto’, cacher : vous le cachez parce qu’il ne faut pas le lire, et vous le mettez de côté parce que cela ne convient pas, c’est pour cela qu’apocryphe est presque synonyme d’hérésie]. En effet, cette fois-ci, il fallait mettre de côté cet apocryphe parce que les gens n’étaient pas encore assez mûrs pour le comprendre . Les Apôtres et le Saint Esprit étaient très conscients de ce que, s’il avait été donné de suite dans l’Ecriture, le démon s’en serait servi…. A cause de cela, la sagesse de l’Eglise a dit : « Nous le comprendrons à la fin, quand l’Eglise aura parcouru les siècles de son pèlerinage qui correspondent aux vingt ans du parcours de l’Immaculée de la Pentecôte jusqu’à la Dormition. A ce moment-là nous pourrons commencer à soulever le voile de celle qui a passé derrière le voile dans la torpeur de la Dormition. Mystérieux !
Une chose est sûre : cet apocryphe indique que quand Marie s’est retrouvée dans ses derniers jours, l’Ange a été envoyé à tous les Apôtres (ils étaient vraiment partout dans le monde : en Espagne, en Ethiopie, en Egypte, en Inde…), et ils ont été d’un seul coup happés, attirés. La torpeur de Marie est une oraison de quiétude absolue, donc (et ce que dit l’apocryphe de ce point de vue-là est beau) cela a attiré les Apôtres, chacun séparément, où qu’ils fussent. Saint Thomas était en Inde, et il paraît qu’il est arrivé en retard, comme d’habitude. Certains d’entre eux sont arrivés miraculeusement par bi-location ; pour faire un voyage pareil, qui fut le saint Christophe qui les a amenés aussi vite, je n’en sais rien.
Pour Marie, ils ont tous été là. Il aurait pu se faire que pour le départ de saint Pierre tous les Apôtres soient là aussi, mais non : pour Marie seulement. Cela montre bien que l’Eglise est centrée sur Marie.
Devant eux, l’Immaculée s’endort dans la torpeur, faisant le dernier acte de foi avec eux, à travers eux, à travers tous les apôtres de tous les temps, les apôtres cachés, les apôtres inconnus, tous les hommes (parce que tout homme est apôtre, tout enfant est apôtre, tout embryon est apôtre). Devant eux, ce dernier acte de foi l’a mise en affinité, du point de vue du cœur surnaturalisé par l’amour, avec le cœur glorifié de Jésus.
Les Apôtres témoignent que de là, ils ont porté le corps de Marie, estimant qu’il devait être porté dans un tombeau, et je dirais environ trente-six heures après, trois jours après, « un temps, des temps et la moitié d’un temps », Thomas est arrivé. Lui n’avait pas vu la Dormition. Ce sont des petites traditions, j’avoue que ce n’est pas le mystère, mais c’est amusant. Il y a eu une affinité entre Marie et Jésus et Thomas n’était pas là. Que voulez-vous, Thomas n’était pas là pour Jésus, et l’apocryphe indique que Thomas n’était pas là non plus pour Marie. Mais il est arrivé à la fin, et grâce à Thomas, nous avons pu plonger notre main dans la plaie du côté de Jésus, et grâce à Thomas, nous avons pu voir l’Assomption : les Apôtres vont dans le tombeau, et à l’instant même où ils rentrent dans le tombeau, ils voient qu’il n’y a plus rien. Alors ils sortent du tombeau et ils ont vu le corps de Marie monter glorieusement au ciel, comme une Ascension.
Tout cela pour dire que la Dormition et l’Assomption sont différentes. Ce serait beau à mettre en film : du point de vue de l’image, la Dormition n’est pas l’Assomption. Du point de vue de la foi, du point de vue de la doctrine, nous ne savons strictement rien de ce qui s’est passé au moment de l’Assomption. Les disputes et les supputations ne sont pas inutiles :
La sainte Vierge a-elle connu la mort ou pas ? Si elle est morte, est-elle ressuscitée ? Ou alors : non, elle n’est pas morte, elle a été dans la torpeur, et de cette torpeur elle a été emportée et glorifiée au ciel, transformée dans la gloire de la Résurrection.
Eh bien nous ne savons pas. Débrouillez-vous ! Il est beau qu’il y ait au moins un mystère où nous ne sachions pas. Nous le saurons au ciel, de toutes façons. Mais nous avons quand même quelques idées sur la question.
Entre la Dormition et l’Assomption, se pose la question de la mort. Que Marie ait connu la mort ou pas n’est pas défini par l’Eglise. Elle est immaculée dans sa conception, donc elle était libérée du devoir de la mort, de la séparation de l’âme spirituelle et du corps. L’amour de Marie a-t-il été si véhément, la torpeur de la vision béatifique s’inscrivant dans le vol de l’esprit, les deux ailes du grand Aigle, telle, que cela a arraché son âme hors de son corps et qu’elle a connu une mort clinique ? A ce moment-là, Marie étant Immaculée Conception, sans péché, ce ne serait pas une mort due au péché originel, aux séquelles, au mal (il ne faut jamais oublier que la mort est une anomalie et que Dieu ne l’a pas voulue pour l’homme).
Jésus Lui aussi était sans péché, et Il a connu la mort : alors pourquoi pas Marie, vous comprenez ? Oui, mais Jésus a opéré sa mort par sa toute puissance : Il a arraché son âme hors de son corps par la vertu de sa toute puissance. Marie n’a pas fait cela : elle s’est endormie. L’Esprit Saint n’a pas arraché l’âme spirituelle de Marie en dehors de son corps, par une puissance d’amour étonnante ; je ne pense pas, ce n’est pas dans le style du Saint Esprit ; tout cela s’est réalisé de manière extraordinaire. Il est vrai que Jésus s’est ainsi arraché parce que son amour pour le Père était si grand (et le Père était séparé des hommes) qu’il a fallu qu’Il s’arrache par séparation de son corps.
Tandis que l’Esprit Saint a ramassé en Marie toute sa vie biologique, végétative, sensitive, spirituelle, affective, surnaturelle, glorieuse même, il l’a absorbée, intégrée, assumée dans la blessure de son cœur immaculé, transverbéré et glorieux, brûlé par l’Esprit Saint : une Assomption s’est produite d’un seul coup (exactement le contraire de l’arrachement hors du corps), une implosion substantielle, une Assomption à l’intérieur du vide de la blessure du cœur de Jésus où l’Esprit Saint l’a entièrement absorbée. Elle est morte comme cela, mais elle était encore dedans. Elle a connu une mort d’amour éternel, et c’est l’Esprit Saint qui a réalisé cela. Une fois qu’elle a eu atteint le degré d’affinité, le Saint Esprit a pu assumer l’unité des deux dans la blessure de son cœur transverbéré brûlé par l’Esprit Saint, réalisant à l’intérieur d’elle l’unité de toutes les Pentecôtes de tous les temps et tous les lieux, ainsi que des Pentecôtes qui devaient se réaliser dans la gloire de la Résurrection future, tout cela absorbé dans elle et réalisant cette disparition de la vie humaine, tout en gardant l’âme glorifiée et la personne de Marie à l’intérieur d’elle.
C’est pour cela que j’aurais la faiblesse de penser qu’elle n’a pas connu la mort.
Ou du moins qu’elle l’a connue.
Vous avez tous compris.
Elle l’a connue dans la mort de Jésus, parce que la mort a pénétré dans le Verbe éternel de Dieu, la blessure du cœur : quand elle est rentrée en affinité avec le cœur de Jésus glorifié, la blessure du cœur avait atteint la Personne même du Verbe de Dieu, et donc l’Esprit Saint a absorbé l’Immaculée dans la subsistance du Verbe blessé dans le cœur glorifié de Jésus, et elle a connu la mort glorifiée de Jésus dans sa Dormition. Je crois que nous pouvons dire cela.
Mais elle n’a pas connu la mort du péché.
C’est pour cela que c’est très mystérieux ! Voilà pour la Dormition.
L’Assomption est autre chose. Une suspension s’est faite : tout s’est arrêté. Le schème de ‘La Belle au bois dormant’, conte d’Andersen, est très beau : tout s’est endormi, tout est resté suspendu. Et le troisième jour, Jésus, après lui avoir préparé une place, est revenu la prendre avec Lui, et là où Il est, le Dieu vivant, elle y est aussi. Jésus est venu.
L’Assomption n’est pas la Résurrection de Marie (il eut fallu pour cela qu’elle fût vraiment morte) : elle a été assumée à partir de cette espèce de mort de la Dormition dont nous avons parlé.
Je disais tout à l’heure que le mystère de l’Assomption, de la Dormition, et cette course vers l’Assomption ne sont pas inscrits dans l’Ecriture. En fait, je pense que vous vous doutez bien que tous ces mystères-là y sont inscrits mais de manière voilée. Au cas où je n’aurais pas le temps de le faire tout à l’heure, signalons maintenant qu’en scrutant le Cantique des Cantiques et en le conjoignant avec le livre de l’Apocalypse et quelques passages de l’Epître aux Hébreux, nous avons à peu près tout sur le mystère de la Dormition et de l’Assomption.
Le Cantique des Cantiques parle de ce mystère, de la Dormition à l’Assomption. « Non, ne touchez pas à ma bien aimée, elle s’est endormie à l’ombre du pommier. Ne la réveillez pas avant l’heure de mon bon plaisir » (2, 7).
Elle s’est nourrie dans cette course de la Dormition de gâteaux de raisins (2, 5) : l’eucharistie dans son fruit (le raisin, le fruit de la vigne et le pain en une seule nourriture, dans l’unité totale : le gâteau de raisins). Elle ne vit que du fruit de tous les sacrements, en particulier du sien. C’est vraiment extraordinaire ! A l’ombre de l’arbre de la croix de Jésus, toute glorieuse, dans la croix ardente du monde qui s’incarne en elle, elle ne vit que de ce pain chaleureux de l’eucharistie, des fruits de tous les sacrements.
Et il est dit dans le livre de l’Apocalypse : « voici que je crée un monde nouveau, voici que je fais un ciel nouveau, voici que je fais une terre nouvelle » (21, 1-5). Dieu sort de Lui-même le Christ, et Il créé une terre nouvelle à partir de la terre vierge toute en torpeur dans la vision béatifique en son esprit, ramassé dans la mort d’amour du Saint Esprit à l’intérieur de la blessure de Marie dans le Verbe de Dieu, à partir de cette terre qui est d’une virginité presque incréée, à partir de cette terre dont Il va se servir comme d’une terre glaise, Dieu va créer une nouvelle créature.
La première fois, en prenant une terre rouge, de la matière mêlée de salive, et ‘rouge’, mêlée de sang, Il avait fait l’homme parfait, Adam.
Là, Il a pris et modelé de l’intérieur cette terre toute vierge, déjà parfaite, de Marie dans la Dormition, et Il a créé une terre nouvelle, un ciel nouveau : une âme spirituelle créée et une terre créée nouvelles.
Pour mieux comprendre, voyez la différence entre une boule de terre glaise et une femme dans toute sa splendeur : eh bien, entre la Dormition et l’Assomption, il y a la même différence. Comprenez-vous cette activité créatrice de Dieu qui a fait passer Marie de la Dormition à l’Assomption ?
Il est vraiment extraordinaire de voir que le corps de Marie est créé de l’intérieur dans l’omniprésence de la Résurrection, dans le moule du Verbe glorifié en Jésus en une seule Résurrection (l’unique Résurrection devient le moule de l’Immaculée Conception dans son Assomption).
Si vous mourez et que votre corps ressuscite, votre corps sera à peu de choses près le même, sauf qu’il sera ressuscité, glorifié : agile, subtil, lumineux. Il n’aura en plus que les qualités des corps glorieux.
Tandis que pour Marie, je pense que nous pouvons dire qu’il y a une différence : c’est vraiment un monde nouveau. Elle rentre en affinité non seulement avec le cœur, mais aussi avec le corps, la divinité de toute la Résurrection qui s’est elle-même faite Dieu le Fils dans Dieu le Père. Et il est extraordinaire de savoir que l’Esprit Saint à travers la Dormition de Marie a pu participer à cette Assomption de manière à connaître dans la Résurrection de Marie ce que la Résurrection du Fils vit lorsqu’elle se fait Dieu dans le Saint du Père. Les conditions, les assises de la Jérusalem glorieuses sont ainsi établies, les portes, les perles sont créées, la Jérusalem glorieuse est créée.
Marie est l’Eglise, la Jérusalem spirituelle, la Jérusalem glorieuse, la femme de l’Apocalypse, la Reine.
Si tu t’adresses à Marie, l’Immaculée est là, tu la vois. Si tu lui dis : « Ô Jérusalem glorieuse de Dieu ! », elle t’apparaîtra dans sa chair glorieuse en Jérusalem glorieuse de Dieu.
C’est plus que de la subtilité, plus que de l’agilité, plus que de la clarté. C’est la Résurrection en Marie. Mais simplement Dieu a crée une terre nouvelle, un monde nouveau, un ciel nouveau à l’Assomption.
Vous n’aviez pas pensé à cela !
L’Assomption n’est pas la Dormition. La Dormition est un mystère d’amour. L’amour n’a cessé d’augmenter, d’augmenter, d’augmenter en Marie pour atteindre le même degré de charité incandescente et glorieuse d’amour que celle que Jésus avait sur la terre et qu’Il a encore dans la Résurrection. Ce qui s’est passé dans la vie de Marie est vertigineux, et c’est très beau à contempler. Quand elle atteint le dernier voile, son dernier acte de foi va la faire rentrer dans cette affinité. Le Saint Esprit à ce moment-là absorbe tout en elle et la fait vivre de la mort glorieuse du Verbe de Dieu, et donc elle ne meurt pas. C’est clair.
Pour moi, elle meurt, évidemment, mais ce n’est pas un envol de l’esprit : c’est une instase incréée du cœur, ce qui provoque évidemment la mort, mais l’âme est substantiellement reliée, elle garde son unité, la personne de Marie reste là. Donc sous un certain rapport, elle n’a pas connu la mort, mais sous un autre rapport, elle a parfaitement connu la mort, c’est sûr.
Quand Marie est déposée dans le tombeau, Jésus vient la prendre, et dans le moule de son unique Résurrection, Il lui créé un corps nouveau, une terre nouvelle : Il crée la terre nouvelle de la Résurrection de la Jérusalem glorieuse. Marie dans l’Assomption est moulée dans le Verbe glorieux de la Résurrection, nouveau moule pour l’être humain, de manière que l’être humain ait sa mère pour tous les instants, pour tous les lieux, pour tous les temps, pour toutes les continuités, pour toutes les éternités.
Une seule Résurrection pour Jésus, pour Marie : une seule humanité intégrale glorieuse et ressuscitée.
Il reste un grand point d’interrogation qui fait l’objet de nos désirs et de nos curiosités (et là-dessus, la doctrine de l’Eglise ne dit rien) : ils sont trois, quand même. D’après saint François de Sales, Docteur de l’Eglise, Joseph est désigné comme le visage humain et incarné par lequel Jésus a voulu voir, contempler son Père, la première Personne de la Très Sainte Trinité. Saint François de Sales, qui est Docteur de la charité justement, déclare ouvertement la pensée profonde de l’Eglise : Joseph est lui aussi glorifié, ressuscité avec son corps (corps, âme, esprit). D’après ce grand Docteur de la charité, ils sont trois à être dans la gloire de la Résurrection.
C’est un aspect du mystère de l’Assomption que nous n’avons pas l’habitude de soulever. Nous pouvons nous le permettre, parce que nous aimons bien saint François de Sales. Et nous aimons bien Marie. Et Marie aime beaucoup Joseph. Et Jésus dans la gloire a avec Joseph dans la vision béatifique un amour total. Donc, puisque Marie rentre en affinité avec cet amour infini, divin, glorieux, de Jésus ressuscité avec Joseph, nous ne pouvons pas ne pas comprendre qu’à l’Assomption s’est réalisée l’installation de la Sainte Famille glorieuse. Cette Résurrection se fait en trois humanités glorifiées.
L’Eglise est infaillible, et l’Eglise n’a pas parlé : l’Eglise pressent, l’Eglise désire, l’Eglise attend, l’Eglise touche quelque chose, mais l’Eglise ne sait pas très bien quand et comment le Saint Esprit va lui dévoiler et lui faire dire ces choses-là. C’est l’Esprit Saint qui parle dans l’Eglise et à l’Eglise.
Nous devinons que saint Joseph est ressuscité d’entre les morts, sans pouvoir l’affirmer. Nous ne savons pas s’il est ressuscité en même temps que Jésus, s’il est ressuscité le quarantième jour, ce qui explique peut-être le quarantième jour de l’Ascension, ou alors est-ce en même temps que l’Assomption de Marie ? Qui peut le dire ? Bien malin celui qui peut l’affirmer.
Nous désirons beaucoup reconnaître dans ce quatrième volet du mystère de l’Assomption, ce fait que nous avons un papa glorifié, une maman glorifiée, et que nous sommes les membres vivants incarnés de Jésus vivant glorifié en Jésus glorifié, et qu’ils sont trois.

Nous en venons maintenant à la contemplation du mystère.
Quand Marie est passée de la Dormition à l’Assomption, le troisième jour, et que tout a été recréé en elle, qu’est-ce que Jésus glorifié, le Père, le Saint Esprit, la gloire de la Résurrection toute puissante, créatrice, a fait dans cette création nouvelle ? « Voici que je fais une création nouvelle ». Il a pris Marie comme Femme. Marie dans la Dormition, Marie sur la terre, est la Vierge, la Mère, la Femme. Et Jésus a repris la Vierge, la Mère dans la Femme, pour la recréer dans le ciel nouveau et la terre nouvelle de l’Assomption.
Ici, il y a quelque chose de très simple à dire : Marie, comme le dit toujours l’Eglise, est la Femme Vierge et Mère.
Normalement, lorsque tu es la mère d’un enfant, tu n’es plus vierge. Et lorsque tu es vierge, tu n’es pas la mère d’un enfant. Et plus tu donnes naissance, moins tu es vierge.
Pour Marie, c’est le contraire : sa virginité engendre l’humanité incarnée. Elle est enceinte par sa virginité, elle donne naissance par sa virginité, et plus elle va donner naissance, plus elle va concevoir, plus elle sera vierge. Son corps n’est jamais abîmé, ni par la conception, ni par la nativité, ni par la mort, ni par la résurrection. C’est quand même incroyable !
Que va faire Jésus de la virginité de la femme ? Que va-t-Il faire de la maternité de Marie ?
La virginité de Marie va être entièrement recomposée, remoulée, glorieusement, dans l’omniprésence de Dieu, dans une gloire de Jérusalem glorieuse, pour qu’elle soit l’épousée parfaite, et que les noces du nouvel Adam et de la nouvelle Eve en une seule chair intégrale glorifiée, puissent se réaliser.
Dans la tradition naturelle de l’homme, l’homme épouse une vierge (quand un homme épouse une mère, c’est une anomalie). Ils sont bien malheureux, les ménages qui n’ont pas connu cette joie naturelle des noces, parce que du point de vue de l’unité de nature et de grâce, et jusqu’à la mort, quelque chose ne fonctionnera pas. Malgré le pardon, la miséricorde. Dans toutes les religions, tu gardes ta virginité jusqu’au jour du mariage. La virginité est pour le mariage, pour l’unité sponsale, pour l’humanité intégrale de l’unité sponsale.
Donc Jésus a simplement transformé la femme dans sa virginité pour qu’elle ait une virginité divine. La gloire de la Résurrection a saisi la virginité de Marie pour que cette gloire de la féminité de Marie puisse rentrer dans l’unique gloire de la Résurrection, dans l’humanité intégrale du Verbe subsistant et glorieux de Dieu.
Du coup, elle a été l’épousée du Verbe, de Jésus, non seulement en unité d’humanité intégrale glorifiée de complémentarité (l’homme et la femme sont dans un amour de complémentarité sur le plan de la chair, sur le plan virginal, sur le plan du sang, sur le plan de la grâce, sur le plan de la gloire, sur le plan de l’éternité), mais en plus la virginité de Marie, l’épousée en Marie a été tellement assimilée à la Personne de Jésus (la Personne de Jésus, deuxième Personne de la Très Sainte Trinité, nous le savons, est féminité en Dieu, l’Epousée de Dieu le Père), qu’elle a connu les épousailles avec la Personne du Père qui est Epoux. Et pour qu’il y ait cette double épousaille, la virginité de la femme a été glorieusement transformée : elle est avec le Verbe de Dieu, l’Epousée incarnée de Dieu le Père, et en même elle est l’épousée glorieuse dans l’unique gloire de la Résurrection du nouvel Adam, Jésus.
Ce premier aspect doit se contempler.
Marie est épouse dans sa chair glorifiée, le Christ est Epouse dans sa divinité de Personne, et les deux sont conjoints dans cette sponsalité avec Dieu le Père qui est Epoux.
Rappelez-vous de ce que dit le Pape à propos de la Très Sainte Trinité : la première Personne de la Très Sainte Trinité joue le rôle de l’Epoux, la seconde Personne de la Très Sainte Trinité joue le rôle de l’Epouse. A l’Assomption, la virginité de Marie est recréée dans la chair de manière telle qu’il puisse y avoir cette sponsalité double, simultanée, à la fois incréée, glorieuse et créée en elle.


Qu’a fait Jésus de la maternité de Marie ? Marie est une femme mère : cela veut dire qu’elle est féconde. Par l’opération du Saint Esprit, par une super-venue du Saint Esprit, par la toute puissance de Dieu, dans sa chair, dans sa féminité, elle a produit le corps de Jésus, le corps de l’homme, elle a engendré l’homme-Dieu : Dieu dans l’homme et l’homme en Dieu. Elle a été mère, elle a conçu, elle a engendré, elle a donné naissance, elle a fait croître, elle l’a fait pour Lui, elle l’a fait pour les membres du corps mystique vivant de Jésus vivant, pour nous aussi, sous un certain rapport, même sur le plan corporel.
Le deuxième volet de cette contemplation consistera donc à regarder ce qu’est devenue cette maternité de Marie. Marie est devenue mère du corps mystique de l’Eglise par la substance et le fruit des sacrements, et cette transformation s’est réalisée. Cela veut dire qu’elle va continuer à être féconde, elle va continuer à donner la vie, à être mère au ciel.
Mais pour être mère il faut concevoir quelque chose de nouveau, et il faut donner naissance à quelque chose de nouveau. Cela ne se produit pas au ciel, où l’on est dans l’éternité de la gloire, dans une communication continuelle de l’instant éternel de Dieu. Il n’y a plus de dounamis à l’intérieur de la gloire éternelle de Dieu, mais une communication continuelle d’amour, de gloire incarnée et de résurrection. Marie va donc produire de la résurrection. Mais elle ne sera pas déclarée Mère (quand tu produis de la résurrection, quand tu produis des corps ressuscités, tu ne produis pas des enfants) : elle sera déclarée Reine. Sa fécondité est transformée, elle va être le moule de la résurrection, elle va réaliser la Jérusalem glorieuse.
De ce point de vue-là, voilà ce que dit saint Maximilien Marie Kolbe (j’espère qu’un jour il sera déclaré Docteur de l’Eglise parce que ce saint qui est mort à Auschwitz est vraiment le Docteur de l’Immaculée Conception) : « c’est très simple, ce que l’Immaculée Conception glorifiée au ciel est en puissance, l’Esprit Saint l’est en acte », autrement dit l’Esprit Saint est l’Acte, la perfection actuée, de l’Immaculée Conception glorifiée. »
C’est comme cela que s’est réalisée la transformation de la maternité de Marie dans la femme glorieuse, dans une femme féconde, et elle ne cesse de féconder la fameuse Jérusalem glorieuse, c’est-à-dire la communication glorieuse, la continuité.
Si vous voulez, la continuité existe par rapport à nous. Dieu n’a pas besoin de continuité, Il est dans l’éternité, mais au ciel, dans la Jérusalem glorieuse nous aurons besoin de cette continuité, et cette continuité est engendrée par Marie, femme, Jérusalem glorieuse. Son corps maternel fécond est récréé dans une fécondité glorieuse.
Contempler cette fécondité est aller regarder cette fois-ci du côté non de l’Epousée, mais du Saint Esprit, du côté de l’Acte et de la puissance. Marie n’a jamais rien voulu faire par elle-même, jamais, à aucun moment, sur la terre et au ciel : « ce que l’Immaculée Conception est en puissance, l’Esprit Saint l’actue ». C’est beau !
Il faut comprendre ce qu’est le mystère de l’Immaculée Conception dans son origine : dans le cœur de Jésus, l’Esprit Saint et le Verbe secrètent l’Immaculée Conception et la déposent par la toute puissance du Père dans le premier instant de sa vie. Mais cette Immaculée Conception ne cesse de s’exploiter par l’humilité, par la charité, par les vertus héroïques, par la grâce, par l’espérance, par le fruit des sacrements, par cette langueur insupportable d’amour, jusqu’à l’Assomption, et l’Immaculée Conception arrive à son oméga : son oméga est l’Immaculée Conception dans toute son actuation par l’Esprit Saint.
C’est pour cela que certaines personnes sont tentées de dire que Marie dans la gloire est l’incarnation du Saint Esprit. C’est une tentation ! qui montre qu’on n’a pas contemplé : la personne de Marie demeure, tandis que si Marie glorifiée était l’incarnation du Saint Esprit, cela voudrait dire que la personne de Marie aurait été anéantie, et que ce serait la Personne du Saint Esprit qui se manifesterait dans l’extériorité mariale : elle serait la seule chrétienne a connaître la mort éternelle ! Nous ne pouvons pas dire cela !
Il y a deux Personnes : à travers la personne de Marie, cette gloire extraordinaire, cette victoire de l’amour dans la résurrection de la femme et de toutes les fécondités de Dieu et de l’homme en une seule chair glorifiée, cette maternité, cette fécondité, le Saint Esprit va pouvoir féconder la continuité de la gloire qui fait précisément toute la gloire de la Jérusalem glorieuse.
Comprendre qui est Marie est très beau : elle est Vierge et Mère, elle est Epousée et Reine, elle est production de gloire, et c’est l’Esprit Saint qui fait cela. L’Esprit Saint est tout à fait Lui-même dans l’Immaculée Conception épanouie dans cette gloire de communication. Et le visage de l’Esprit Saint n’est plus la nuée, mais Marie glorifiée.
C’est pour cela que saint Maximilien Kolbe dit que si vous ne comprenez pas ce qu’est l’Acte de la puissance infinie et glorieuse de l’Immaculée Conception, dites simplement que Marie est la quasi incarnation du Saint Esprit. Mais même cela, ça ne va pas.
Quand tu regardes Jésus, c’est vraiment l’Epousée, le Verbe de Dieu tout fondu dans le Père, et du coup il n’y a plus que le Saint Esprit tout flamboyant qui se voit dans Jésus glorifié : ce Saint Esprit tout flamboyant dont on avait perçu les premiers symptômes à la Pentecôte se trouve tout manifesté dans la gloire de Marie. Il n’y a qu’une seule Résurrection, avec ces deux aspects.
Une des belles manières de contempler le mystère est de se demander comment est-ce que saint Joseph au ciel vit cela. Ce sera le quatrième volet de ce mystère.
Cela a dû être délicieux pour lui.
Pour moi, saint Joseph glorieux est la coupe où s’est réalisé le mélange de ces deux visages du mystères de l’Assomption. Quand on célèbre la messe, la coupe, ainsi que l’expliquent les midrashs rabbiniques, est liée à la paternité incarnée de Dieu, coupe où se réalise le dernier mélange, où se mélangent le pain et le vin.
Ce serait une très belle chose que de demander au Saint Esprit (car vous ne pouvez pas le produire vous-même) de vous dévoiler comment saint Joseph a savouré cet instant éternel-là. Et c’est cela l’origine de la Sainte Famille glorieuse.

Fruit du mystère : mise en place du corps spirituel.
Notre vraie demeure est la Sainte Famille glorieuse : « Je fais partie de la Sainte Famille, le Père, le Fils, le Saint Esprit, Joseph glorifié, Marie glorifiée et Jésus glorifié, ces six jours de la création qui viennent de Dieu dans l’Assomption, et je suis le septième, c’est mon repos ».
Quand je dis que je rentre dans la Sainte Famille, c’est tout simple : je rentre, je m’enfonce dans la Sainte Famille glorieuse (car l’Assomption m’a fait comprendre grâce à la Dormition que cela ne se fait pas en courant comme une fusée du Saint Esprit en essayant de m’imaginer que je rentre je ne sais où), je m’enfonce par l’oraison, mon corps va se rassembler, mon corps originel va s’inscrire comme membre de la Sainte Famille dans le Livre de vie de la Sainte Famille dont je suis devenu un fils adoptif : Marie est ma mère, Joseph est mon papa glorieux, et je fais partie de Jésus, je suis son fils, son frère jumeau, son frère aîné, son frère cadet, sa sœur. Je fais partie de la Sainte Famille ; c’est extraordinaire ; et je rentre ainsi dans la Jérusalem glorieuse. Alors mon corps spirituel venu d’en haut est fécondé dès cette terre, et surgit du dedans de mon corps originel.
C’est peut-être pour cela qu’il a fallu attendre 1950 ans pour que l’Eglise dise : « Assomption ». Il a fallu attendre les vingt siècles, c’est normal.
Petite règle, pour votre culture générale chrétienne : ce n’est pas par hasard qu’il y a eu le Concile de Chalcédoine, le Concile de Constantinople, le Concile d’Ephèse et tous les autres conciles œcuméniques de l’Eglise indivise. Pourquoi tel dogme a-t-il été proclamé définitivement, dans l’infaillibilité du Saint Esprit, absolue, irréfragable, irrécusable, irrémissible, au 3ème siècle, cet autre au 7ème siècle, et celui-là au 20ème siècle ? Tout simplement parce que Jésus a donné à Marie et à l’Eglise le pouvoir des clefs pour ouvrir, non pas les mystères, mais à tous les mystères de Dieu l’heure (l’instant) à partir de laquelle il doit commencer à réaliser sa fécondité incarnée dans le monde à partir de l’Eglise.
Vous allez mieux comprendre en prenant l’exemple d’un grand saint qui est allé directement au ciel sans passer par le purgatoire. L’Eglise le canonise seulement six cents ans après. Par exemple, sainte Jeanne d’arc, ou saint François d’Assise. L’Eglise le canonise, c’est-à-dire qu’elle le dépose sur les autels. Cela ne veut pas dire qu’il n’est saint que quand l’Eglise l’a dit : il est saint depuis le début, il est dans la vision béatifique depuis le début, il est au ciel depuis le début. Mais quand elle le canonise, l’Eglise dit : « A partir de maintenant, puisqu’il est canonisé, vous pouvez puiser dans votre vie sur la terre les trésors et les mérites de ce saint au ciel ». Les trésors et les mérites de ce saint, ou de ce martyre, ne peuvent se déverser du ciel dans l’incarnation de notre chair, de notre sang et de notre vie, qu’à partir du moment où l’Eglise a ouvert la canonisation.
Que Marie ait connu la Dormition et l’Assomption ne faisait aucun doute pour personne, depuis les Apôtres. Mais l’Eglise, et cela fait la grandeur du Pape Pie XII, se prononce. Le dogme n’est pas de dire : « Cela est une vérité dogmatique ». L’infaillibilité du saint Père n’est pas de dire : « A partir de maintenant, je dis que cela est dogmatique ». L’infaillibilité est de dire à partir de quelle heure, à partir de quel instant, ce dogme doit avoir sa fécondité : « Nous le croyons depuis vingt siècles, mais c’est maintenant que nous devons en vivre, donc je vais le proclamer comme un dogme ». Proclamer un dogme n’est pas inventer une nouvelle vérité qui n’existait pas avant, pas du tout, jamais le Pape n’inventera une nouvelle vérité. Par contre l’infaillibilité joue sur ce fait que c’est l’heure maintenant.
1950 : l’Assomption.
1953 : Marie Reine. (Nous verrons cela : la royauté de Marie est extraordinaire).
A partir de maintenant, nous pouvons vivre de ce que Marie est notre mère glorifiée au ciel, qu’elle a une fécondité incarnée glorieuse dans l’Assomption, qu’elle a une fécondité glorieuse sur nous. Cela ne peut être efficace, dans l’histoire de l’Eglise, qu’à partir du moment où l’Eglise a ouvert son pouvoir des clés sur ce dogme.
Je vois que ce que je viens de dire est trop compliqué, alors je vais dire autrement.
Supposez (je vais faire un schème de caricature parce que nous sommes des petits qui ne comprenons rien) que Marie dans l’Assomption ait le pouvoir de communiquer des rosées incarnées de grâce et de gloire, et que cela pénètre dans nos cellules, et que nos cellules brillent au moins un petit peu (mais même sensiblement et visiblement) de cette gloire produite par Marie (Marie a reçu ce pouvoir de l’Assomption : elle peut féconder de la gloire dans notre chair, elle est une matrice de gloire, voilà ce que je viens d’expliquer sur l’Assomption).
Mais si l’Eglise bloque et ne proclame pas l’Assomption de Marie par le pouvoir des clés de Pierre, elle ne peut pas le faire : sa fécondité n’est pas effective. Le jour où le Pape en fait un dogme, cette fécondité est effective en proportion de la foi et de la charité ardente que nous en avons.
Cela veut dire que les fécondités qu’a Marie corporellement depuis son Assomption, ne sont ouvertes par l’Eglise dans ses écluses efficaces et fécondes que depuis 1950, parce qu’il va falloir que nous engagions le dernier grand combat eschatologique et qu’il faut que nous ayons la force venue d’en haut jusque dans la chair, jusque dans la matière. Le grand combat eschatologique impliquant une lutte définitive où tous les éléments de la création seront impliqués, il faut bien sûr qu’il y ait des éléments de matière, d’amour et de gloire qui nous permettent d’être victorieusement confrontés à la Bête, l’anti-Christ.
Tout cela pour expliquer pourquoi le dogme de l’Assomption a été proclamé en 1950. Nous sommes la première génération a pouvoir vivre des fécondités incarnées, spirituelles et surnaturelles de l’Assomption de la Vierge Marie.
Et ce n’est pas une petite chose que de comprendre ce cinquième volet du mystère : comment vais-je savourer cela pour m’engloutir, m’enfoncer dans la Sainte Famille glorieuse et voir se féconder en moi, du dedans de mon corps originel, le corps spirituel venu de la Sainte Famille glorieuse dès cette terre, pour que le fait que je sois un fils de Marie soit vrai aussi bien sur le plan de l’esprit, sur le plan de la grâce, que sur le plan de la chair dans mon corps spirituel.
Ordinairement nous disons que Marie est notre mère parce que c’est par elle que passe la grâce. Là, elle va être la mère de notre corps spirituel avec l’Assomption, et c’est pourquoi saint Paul dit que c’est le corps spirituel qui ressuscitera, ce n’est pas le corps psychique. Marie n’est pas la mère de mon corps psychique, elle est la mère de mon corps physique spirituel qui vient de la sainte Famille glorieuse. La virginale et glorieuse conception de mon corps spirituel, c’est le Livre de vie de l’Agneau : cette conception sur le Livre de vie glorieux se situe dans la virginité glorieuse des épousailles. Sa fécondité est dans la Sainte Famille glorieuse. Du coup le Corps mystique entier et vivant de Jésus vivant n’est plus une allégorie, un symbole.
Avant on disait : « Je fais partie du Corps mystique du Christ, mais c’est symbolique puisque mon corps n’a rien à voir avec cela ; c’est uniquement la grâce, et la grâce n’est pas physique, elle n’est pas le corps, elle n’est pas biologique, la grâce est purement mystique, purement immatérielle ». Donc : « Je suis un membre vivant du Corps mystique vivant de Jésus vivant, par la grâce et uniquement par la grâce, est donc bien une expression purement symbolique » ? Eh bien oui …. jusqu’à l’assomption proclamée. A partir du Dogme de l’Assomption, cela peut ne plus être que symbolique. Quelque chose fait que mon corps est soudé par subsistance surnaturelle, certes, mais qui a sa participation corporelle à la subsistance dans le Verbe dans l’advenue de cette fécondité de l’Assomption sur l’Eglise de la fin.
C’est une trace que je laisse, sans plus.
A partir de là, nous allons pouvoir courir sur le cinquième mystère glorieux qu’avec la grâce de Dieu nous irons voir la prochaine fois.
La disposition pour contempler ce mystère, vous l’avez bien compris, c’est l’Esprit Saint : il faut que l’Esprit Saint aille jusqu’au bout de sa toute puissance de création nouvelle, et il faut se laisser entièrement actuer par l’Esprit Saint jusque dans la création de notre homme nouveau de résurrection. C’est cela qu’il faut laisser l’Esprit Saint faire, comme disposition à la contemplation de ce mystère, et nous ferons ce que Marie a vécu, nous allons pouvoir rentrer dans ce qu’elle a vécu dans la Dormition, et du coup contempler son Assomption.


Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen


Nous méditons aujourd’hui le quatrième mystère glorieux

La Dormition et l’Assomption de la Vierge Marie