Nous terminons le grand cycle du Rosaire avec ce vingtième mystère dans lequel nous voudrions entrer aujourd’hui, le cinquième mystère glorieux : le Couronnement de Marie comme Reine immaculée du ciel et de la terre.
Marie est entrée au-delà du voile de la résurrection, et là, glorieusement, elle est suppliante : par la supplication du cœur douloureux et glorifié de Marie l’Immaculée, éternellement triomphale, nous supplions l’Esprit Saint de nous aider à rentrer dans le mystère de l’accomplissement du Rosaire vivant, le mystère de l’accomplissement de Dieu.
Nous nous doutons bien qu’il n’y a pas de paroles pour parler de cela.
Cependant il faut quand même, et le Pape nous le demande, rentrer dans ce mystère et le contempler, et cela se fait à partir de la révélation en laquelle Dieu précisément se révèle, révèle ce qu’Il est et ce qu’Il vit. Notre foi s’anime en entendant dans cette révélation, Dieu, qui se laisse atteindre en s’y révélant.
Le mystère de Marie Reine immaculée de l’univers, du ciel et de la terre, est une révélation extraordinaire qui nous vient de Dieu. Cette révélation de la foi attend de pouvoir être proclamée.
Marie a été apôtre toute sa vie. Sous un certain rapport elle a engendré cet apostolat en tous les temps et tous les lieux, et en emportant cet engendrement en sa propre résurrection Dieu a pu assumer avec elle cet engendrement apostolique pour le glorifier. Alors le mystère de Marie Reine est révélé.
Toute révélation a un fondement dans la sainte Ecriture. Le passage de la bible qui explicite que Marie est Reine est l’Apocalypse : dans l’Apocalypse, la révélation nous indique les mots justes pour parler de Marie Reine. Il a fallu que Marie soit emportée dans la gloire de la résurrection pour que la révélation puisse se dévoiler à Jean après le départ de l’assomption. L’Apocalypse est la révélation de toute la révélation, le dévoilement : Apocalypsos. Pour ceux qui aiment Marie Reine, il est très beau de comprendre que si la révélation de l’Apocalypse est la seule partie de toute la révélation qui ait été donnée après l’Assomption de Marie, c’est bien pour nous offrir la clé de voûte de toute la révélation, la clé de voûte du Rosaire vivant : Marie est Reine, Marie est ma Reine. Il faudrait lire toute l’Apocalypse pour voir ce que cela signifie.
Dieu révèle ce qu’Il est ; Marie est Reine.
Quand notre intelligence reçoit la révélation, elle l’entend, elle y adhère sans condition, même si elle ne comprend pas tout (et Dieu sait qu’elle ne comprend pas tout !), et du coup nous touchons Dieu.
Quand nous entendons la révélation, nous n’entendons pas Dieu, mais Dieu qui parle. Nous savons que c’est Dieu qui a parlé ? Nous adhérons sans condition à la révélation, à la manière dont l’Immaculée, dont Marie, l’a entendue : elle l’a entendue par la foi, et elle a atteint Dieu en pleine substance et en pleine connaissance. Avec la foi immaculée et apostolique de Marie, nous allons adhérer sans condition à ce que dit cette révélation, dans la foi immaculée du corps sanctifié de l’Eglise de Marie, de l’Eglise qui est une, sainte, immaculée, apostolique.
C’est une des bonnes raisons pour lesquelles nous croyons au Corps mystique vivant de Jésus vivant : avec cette foi, nous allons jusqu’à Marie Reine dans notre adhésion pour aller atteindre Dieu en pleine connaissance. La foi qui nous permet de toucher Dieu, nous fera pénétrer en Lui, jusqu’à ce que Dieu vienne Lui-même nous assumer et vivre en nous.

Dans le Verbe de Dieu, le Père ne cesse de s’exprimer avant la création du monde ; telle est sa Parole, son Verbe : Dieu est une clameur éternelle omniprésente et intense de Lui-même. Marie Reine a communié, a adhéré, a touché Dieu, s’est laissée emporter par Dieu, assumer par Dieu, glorifier par Dieu, transformer en Dieu Lui-même dans son corps de femme glorifié, et la révélation s’est faite qu’Elle était la Reine de Dieu, qu’Elle était la Reine en Dieu.
Dans l’Apocalypse, il est dit cette parole un peu énigmatique (comme le sont d’ailleurs presque toutes les paroles de l’Apocalypse ; elles le deviennent moins à partir du moment où nous rentrons dans le mystère de Marie Reine, triomphe glorieux dans le temps et dans l’éternité de Marie ), il est dit cette parole vraiment extraordinaire qui termine la révélation :
« L’Esprit et l’Epouse disent : Viens » (22, 17), « Maranatha » (22, 20),
Le Saint Esprit et l’Epouse disent : « viens », « Maranatha : viens, Seigneur Jésus ».
Que vous le vouliez ou non, ces paroles-là sont le mystère de Marie Reine. La dernière parole de l’Apocalypse est forcément la clé de voûte de toutes les révélations surnaturelles glorifiées de Dieu en Lui-même : « Maranatha ».
C’est pour cela qu’il faut beaucoup aimer les paroles de l’Apocalypse : il est très beau de prendre quelquefois des paroles de l’Apocalypse (les plus énigmatiques étant les meilleures) et les surnaturaliser dans l’adhésion divine de la foi, en disant : « C’est Dieu qui est là, que je touche quand j’adhère profondément, totalement, absolument, intégralement, infiniment, et définitivement à ce qui est caché dans cette révélation, à la manière dont la foi immaculée, sainte, apostolique de l’Eglise la reçoit. »
L’Eglise, saint Dominique, le Pape, disent que la disposition pour pouvoir rentrer et vivre dans ce mystère, et contempler ce mystère, est la sainteté :
- il faut que nous soyons vraiment mis à part,
- pour être mis à part, que nous soyons arraché à ce monde cosmique, arraché au monde de l’orgueil : toutes les occasions qui nous arrachent au monde de l’orgueil sont des bénédictions sans lesquelles il est impossible de rentrer dans la sainteté, dans cette prédisposition à rentrer dans le mystère de Marie Reine,
- que notre orgueil soit anéanti grâce à des humiliations profondes, car seule l’humiliation peut anéantir l’orgueil : à moins que par la grâce de Dieu nous puissions être profondément, radicalement, substantiellement immolés dans l’humiliation, une humiliation éprouvée comme une chance, une grâce, une gloire, une résurrection.
Il est très intéressant et très beau de voir que telle est la disposition à rentrer dans le mystère de Marie Reine, parce que cela nous fait entendre jusqu’où Marie est allée dans l’humiliation divine de son humilité parfaite.

Spontanément, nous nous disons qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de différence dans la contemplation du mystère de l’Assomption de la Vierge, quatrième mystère glorieux, et celle du mystère de Marie Reine !
Dans l’instant éternel de l’assomption, Marie est éternellement établie comme Reine.
Elle est la Reine dans l’Esprit Saint : l’Esprit Saint est pleinement, absolument manifesté en Marie Reine. Elle est la Reine dans le Fils : l’Epouse (le Verbe éternel de Dieu) est pleinement manifestée en Marie Reine.
Le Mystère de Marie Reine suggère que Jésus n’a pas voulu être la pleine manifestation du Verbe de Dieu. La grande trame du Rosaire nous a montré que le Verbe de Dieu est l’Epousée de l’Epoux qui est le Père, Epousée toute intime au Père, Dieu tout intime à Dieu. Et voilà : l’Epouse ne va se manifester pleinement qu’avec son dernier Mystère en Marie Reine. Jésus ne trouve la pleine manifestation de sa Personne d’Epouse, de Verbe, que dans ce mystère-là. C’est pour cela que « l’Esprit et l’Epouse disent : viens » : le Saint Esprit est pleinement manifesté en Marie Reine, c’est à dire que [kaï, en grec, veut dire à la fois ‘et’, et ‘c’est-à-dire que’] l’Epouse (le Verbe de Dieu) est pleinement manifestée en Marie Reine. Cette pleine manifestation et du Saint Esprit en Marie Reine, et du Verbe de Dieu en Marie Reine, dans l’unité, est le coeur vivant du « Viens ! » de l’Apocalypse.
A qui s’adresse ce « Viens » ? Le règne de Marie Reine est ce « Viens ! », et sa réponse : « Maranatha », l’heure de l’éternité dans sa main.
Dans l’assomption, Marie est assumée par Jésus glorifié. Marie est Reine.
Il est tout à fait vrai que chaque mystère du Rosaire est comme le germe du mystère suivant : le mystère de l’assomption est le germe dans lequel se recueillent, se contemplent, se déploient, tous les trésors du mystère de Marie Reine.
Nous avions vu dans le quatrième mystère glorieux que le fait que Marie ait connu la Dormition n’est pas la même chose que le fait qu’elle ait été assumée, reçue glorieusement dans la résurrection de son Assomption. La résurrection du père et du Fils en Jésus a été la moule de la transformation et de la création du corps glorifié de Marie.
Et il y a la même différence de l’égersis à l’anastasis de la résurrection de Jésus ( nous l’avions vu dans le premier mystère glorieux ) que de la Dormition à l’Assomption.
Dans l’égersis, Jésus ressuscité s’est pleinement épanoui dans la gloire en intégrant dans sa résurrection tout le créé, en le possédant, en le traversant, et en lui laissant en sa liberté une finalité nouvelle et glorieuse. Il a pris pleinement possession de toute la gloire de Dieu dans son corps debout, agile, subtil, possédant tout, traversant tout, recevant tout, imprégnant toute substance d’une finalité glorieuse nouvelle.
Atteignant toute la plénitude cosmique de sa gloire, Jésus a pris toute cette gloire de l’égersis de résurrection en Lui-même, en sa divinité, et avec elle toute la création, tous les temps et tous les lieux, et comme un petit grain de sable de rien du tout, l’a dépassée dans l’immensité de son anastase : par l’anastase, Il dépasse le cosmos, Il dépasse la gloire de sa résurrection cosmique, Il dépasse toutes ses gloires de ressuscité, pour rentrer corporellement dans la gloire divine de son anastase, avec son cœur humain qui bat, ses neurones, sa peau, ses cellules glorifiées, son intelligence humaine, son regard, son sourire, sa tendresse, sa délicatesse, son désir. C’est extraordinaire ! Tout est corporellement présent au-delà de cette résurrection dans la résurrection de l’anastasis, c’est-à-dire dans Dieu : cela déborde tous les temps et tous les lieux dans l’éternité de Dieu. Il est corporellement présent dans toutes les intimités de sa propre Personne et du sein du Père et du Saint Esprit.

A la Dormition, Marie, avec son amour dans la trame de sa sainteté extraordinairement tissée dans les gloires de la Trans-Verbération de son cœur tout glorifié (mais tout pressé par la plénitude de grâce adoptante qui en Elle la pressait comme co-rédemptrice à aller jusqu’à la dormition, la traverser, et traverser toutes les trames que Jésus avait traversées dans sa résurrection, de tous les temps, de tous les lieux, de toutes nos détresses humaines, de toutes nos pauvretés, de toutes nos existences, de toutes nos réalités, de toutes nos vies, de tous nos instants), Marie donc a traversé toutes ces trames par un miracle de Dieu (miracle dont Elle avait pleinement conscience) pour rejoindre Jésus dans l’intensité de son amour pour chaque instant de chacune de nos vies.
Ce qui s’est passé dans la vie de Marie est extraordinaire !
A partir du moment où la gloire de l’égersis s’était réfugiée dans la blessure de son cœur transverbéré et tout pressé par son travail d’amour surnaturel, glorifié et crucifié en même temps, cette dormition signale que toute la gloire de l’égersis avait atteint son sommet, son accomplissement, sa plénitude dans son cœur : son amour avait atteint le même degré d’intensité, le même degré de charité que celui du cœur divin dans le Christ, et la faisait entrer en affinité avec le cœur glorifié de Jésus.
Comme Jésus glorifié dans son égersis, il lui fut donné de porter réellement tout à fait lucidement, dans les battements de son cœur, la charité et l’amour à ce degré d’intensité qui était celui de Jésus, de tout en tous.
Elle s’ultima jusqu’au bout de la foi dans l’égersis de Jésus.
Voilà la dormition, comme nous l’avons vue la dernière fois.
Dans cette humiliation absolue en voyant qu’Elle n’était rien (entre l’égersis et l’anastasis, il y a un abîme), dans cette détresse de la dormition, Marie a fait son dernier acte de foi pour croire encore dans la résurrection pour tous les élus, pour tous les temps, pour tous les hommes, pour tous les pécheurs, pour toutes les humiliations humaines, toutes les humiliations infligées par Satan. C’est dans cette humiliation qu’Elle s’est endormie en croyant, et Elle nous a obtenu cette gloire de la foi en la résurrection.
Ce dernier acte de foi a permis à Jésus, à Dieu, de prendre Marie dans sa chair, de prendre Marie dans son sang, de prendre Marie dans sa féminité, de prendre Marie dans sa foi, de prendre Marie dans sa sainteté, et à partir de là, de créer « un ciel nouveau », de créer « une terre nouvelle », de créer une femme nouvelle. L’Assomption nous l’avons compris réalise un au-delà de la dormition, comme l’anastase dépasse l’égersis.
Et il est vrai que c’est à l’intérieur de l’anastase de Jésus, et à l’intérieur de l’assomption de Marie, qu’un nouveau ciel est créé, une nouvelle terre est créée, une création totalement nouvelle surgit à partir de la matière première de sa dormition.
C’est trop beau ! et cela nous fait du bien… La matrice de notre vie est là : nous sommes tissés avec le mystère de la dormition et de l’assomption de Marie.

Marie est établie comme Reine.
Marie comme femme (toute bénie, toute unie comme nouvelle Eve à l’unique gloire de la résurrection dans l’humanité intégrale, cette Sainte Famille nouvelle, très sainte trinité glorifiée) est établie comme manifestation du Père, comme manifestation du Verbe - de l’Epouse - , comme manifestation de l’Esprit Saint : un nouveau ciel est créé, une nouvelle résurrection est créée.
La résurrection de Jésus n’était pas toute la résurrection ; avec Marie Reine, la résurrection du corps est totale.
Marie est Reine.
Un nouveau ciel de Dieu est créé : l’intériorité divine du Père est nouvelle, la vie intime de Dieu le Père est nouvelle, la vie intime de Dieu le Saint Esprit est nouvelle, la vie intime de la Très Sainte Trinité est nouvelle. Voilà qui est étonnant à recevoir et à croire !
Un nouveau ciel est créé : une nouvelle lumière engendrée dans la lumière, un nouveau surgissement de l’amour dans l’unité du Père et du Fils dans l’intimité de leur union éternelle et créée dans le corps nouveau de la résurrection de Jésus manifesté dans la royauté de Marie.

Vous allez me dire : « Comment allons-nous contempler une chose pareille ? Nous pouvons encore contempler des choses qui sont à notre portée, mais là, nous sommes complètement dépassés. »
Eh bien, non : dans la lumière surnaturelle de la foi, cela ne nous dépasse pas complètement. Jésus l’avait dit en ses dernières paroles : « voici ta mère, voilà ton fils », et « J’ai soif » juste avant le souffle de son expiration dans le sein du Père et de l’Esprit Saint.
« J’ai soif » comme dans l’Apocalypse : « l’Esprit et l’Epouse crient : Viens ! ».
C’était une prophétie de Marie Reine. Il nous a donné Marie : « Voici ta mère ».
Extraordinaire : Marie dans son assomption est immédiatement donnée et nous pouvons en vivre par la foi, par l’amour, avec le Paraclet, dans la subsistance du Verbe de Dieu, dans le dévoilement de Dieu à l’intérieur de l’acte de foi absolu que nous faisons. Nous adhérons à Marie Reine, nous la recevons, nous en vivons.
L’alliance avec Marie Reine est indispensable. L’alliance avec Marie Reine change tout.
« Voici que je crée un nouveau ciel et une nouvelle terre ».
L’ancien ciel de Marie (le ciel de sa foi sainte, immaculée, portée par les sept dons du Saint Esprit comme un feu par le Paraclet Lui-même) a disparu. Cette gloire de Marie dans la résurrection elle-même ressuscitée dans le Christ s’est effacée, l’ancienne terre s’en est allée (il faut saisir ces deux moments dans la résurrection de Marie : le premier moment est effacé : « Je crée une nouvelle terre »).
Aussitôt Marie est donnée pour régner sur la création toute entière, pour régner sur toutes les intimités vivantes de Dieu, pour régner sur l’éternité vivante et sur le temps vivant, pour régner sur nous, et dans nous.
Sur le plan de la matière, le monde a changé bien davantage au jour de l’assomption de la Vierge qu’au jour de la résurrection du Seigneur. La matière a vibré d’une manière cosmique dans l’ordre de la subsistance dans le Verbe de Dieu au moment de la résurrection de Jésus. Mais là, sur le plan de la subsistance de la providence omniprésente de Dieu, la matière a connu un ébranlement vital, et c’est depuis que la création toute entière aspire (et l’aspiration n’est pas un ébranlement dans l’ordre de la subsistance et de la substance, elle est un ébranlement dans l’ordre de l’acte, dans l’ordre de la vie) à la révélation des Fils de Dieu.
Marie est Reine de l’univers, du ciel et de la terre (il faudrait lire l’Apocalypse en entier, c’est passionnant, mais nous y serions encore l’année prochaine !) : nous adhérons à cette révélation, et du coup nous en vivons.
Il est bien évident que toute l’humilité de la femme a trouvé là le bonheur de Dieu. Enfin Dieu pouvait s’épanouir universellement en tout Lui-même et en toute chose dans l’unité. Cette recréation de la femme dans un ciel nouveau et dans une femme nouvelle a fait que ce qui est propre à la femme : sa virginité, sa maternité et toute la signification sponsale de son corps féminin, ont toutes trois été recréés.
Nous avons vu la dernière fois que la fécondité de Marie comme mère a été intégrée et recréée, dans une fécondité physique glorieuse. Au ciel, dans la gloire de sa résurrection, Elle ne va pas engendrer des enfants (sinon Elle serait mère glorifiée, nous parlerions d’une maternité glorieuse de Marie). Or Marie est Reine : sa maternité est transformée en fécondité éternelle incarnée.
Mesdames, pourquoi êtes-vous femmes ? Il faut se poser la question en méditant le mystère de Marie Reine. Il y a une maternité, donc il y a une fécondité, et elle implique la chair : la fécondité éternelle de Dieu est impliquée dans votre féminité, cette fécondité qui permet à toute l’éternité de Dieu de se réaliser de manière incarnée.
Quand une mère est mère, où est sa fécondité ? Où est la fécondité de la signification sponsale du corps féminin ? Il y a déjà une fécondité dans l’unité sponsale : c’est elle qui en a l’initiative, cela ne peut venir que de la signification sponsale du corps de la femme, elle a l’initiative de cette fécondité de l’unité sponsale. Il n’y a pas d’unité sponsale sans l’initiative de l’humilité profonde de la femme pour la réalisation de la réciprocité. Voilà la première manifestation de la fécondité de la femme.
La deuxième manifestation est la conception : une femme conçoit avec Dieu un nouvel être.
La troisième manifestation va structurer la femme structurée pour faire grandir et pour nourrir. Que ce soit à l’intérieur du sein ou en dehors du sein, elle donne et elle est elle-même la nourriture.
Enfin, quatrièmement, elle engendre à l’amour, à la communion des personnes. Elle met au monde.
Ces quatre manières dont le corps vivant et spirituel de la femme se réalise dans la semence des lois de la nature, vont être transformées et vont être les quatre fleuves du paradis de Marie Reine qui vont structurer sa fécondité nouvelle et glorieuse.
Marie, d’une manière éternelle et incarnée, va permettre à Dieu le Père d’être Un de manière incarnée avec tout ce qui existe, et de manière nouvelle avec son Fils : Marie Reine est l’initiative éternelle de cette unité sponsale nouvelle du Père avec son Fils.
Vous me direz : « Cela nous dépasse un peu… ».
Il n’est pas du tout interdit d’avoir la foi ! Et avoir la foi, c’est regarder ce qui se passe à l’intérieur de mon Père qui est Dieu, et de ma vie qui est Dieu le Fils. Quand Marie est établie comme Reine, l’unité sponsale entre le Père et le Verbe se manifeste de manière nouvelle.
Essayons de comprendre.
Marie est Reine, donc Elle est épouse, pleinement, divinement, éternellement, glorieusement femme, et corporellement femme.
Mea culpa, mea maxima culpa, je ne suis pas pleinement femme, parce que je ne suis pas comme Marie Reine. Etre Epousée, être épouse de manière divine, c’est la fonction de la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité. Le Pape Jean-Paul II nous enseigne (et il est le premier Pape à dire cela) que le Père est Epoux dans la Très Sainte Trinité, et le Verbe, la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité est Epouse. La résurrection est portée par le Verbe ( l’Epouse ), et donc la résurrection du Christ va être tout à fait elle-même dans le Verbe avec l’Assomption de la Vierge. Le Verbe est la féminité en Dieu, et voici que dans la chair Il assume la manifestation plénière d’une chair d’épouse glorifiée. Il est donc Lui-même plénièrement Lui-même en Gloire, et sa sponsalité d’Epouse dans l’Epoux qui est le Père, est éternellement établie comme un nouveau ciel.
Je pense que cela est facile à comprendre.
« L’Esprit et l’Epouse disent : viens. Maranatha »,
Nous, nous disons : « l’Esprit ? Le Saint Esprit, je comprends ! Mais l’Epouse, qui est-ce ? Le Verbe de Dieu ? Marie ? L’Eglise ? La Jérusalem glorieuse ? Tel théologien dira que c’est l’Eglise, mais moi je préfère tel autre théologien qui dit que… ».
Ne mettons pas de limites à Dieu !
Marie est Reine, Jésus est le Verbe, l’Eglise est la Jérusalem glorieuse, l’incarnation même et la manifestation universelle, totale, vivante, plénière, définitive, et glorieuse ressuscitée de toute Epousée du Père. Pourquoi veux-tu prendre une paire de ciseaux et couper, séparer ce que Dieu a uni ?
L’Epouse est la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité,
L’Epouse est la femme pleinement glorifiée comme femme et Reine,
L’Epouse est la Jérusalem glorieuse,
Tout cela est en Un en la deuxième personne de la Très Sainte Trinité vivante et glorieusement incarnée.
C’est tout. C’est facile à comprendre.
Maintenant, par la foi, je vais y adhérer pleinement, et cela m’est donné.
C’est le premier aspect de la fécondité de la femme (transformée en royauté) en Marie.
Le deuxième aspect est que Marie Reine conçoit un nouvel être. Dans la conception, Dieu crée un nouvel être, mais c’est la femme qui conçoit dans la procréation (l’homme n’y est pour rien, nous le voyons bien avec Joseph dans le mystère de l’Incarnation : peut-être est-ce pour montrer aux hommes que la conception revient à la femme ?).
Donc Dieu crée un monde nouveau :
« un ciel nouveau », voilà pour le premier aspect que nous venons de voir,
« une terre nouvelle » : désormais Marie Reine conçoit en Elle, et Dieu crée en Elle, justement, éternellement, comme une conception, un corps adapté au Saint Esprit.
Certaines personnes, quand elles sont nouvellement engagées dans une foi ardente, débordante, lumineuse, mariale, sont enthousiasmées à l’idée de cette unité si extraordinaire entre le Saint Esprit et Marie : « Jésus est Dieu, le Verbe et Marie est le visage du Saint Esprit. Voilà : le Saint Esprit s’est incarné en Marie. » Attention ! Le Saint Esprit a trouvé là, dans le mystère de Marie Reine, de quoi concevoir une gloire qui Lui soit propre dans l’incarnation de la Jérusalem glorieuse : c’est une nouvelle terre. Mais c’est fait à partir de Marie dans l’assomption, et non pas créé à partir de rien. Marie reste tout à fait Elle-même comme Reine, et ce qu’Elle est Elle-même est la manifestation du Saint Esprit à l’intérieur de l’unité du Père et du Fils : Elle conçoit à l’intérieur d’Elle une gloire intime dans l’unité du Père et du Fils qui est incarnée. Ce n’est pas un enfant, un nouvel être humain ou une humanité nouvelle qu’Elle conçoit, mais une gloire manifestée pour le Saint Esprit. Cette transformation de la maternité en royauté est extraordinaire.
Une mère nourrit. Si elle ne nourrit plus son enfant, une mère n’est plus vraiment sa mère.
Dans une vie de mère, son sang d’abord nourrit l’enfant,
puis la nourriture qu’elle prend nourrit l’enfant,
puis elle-même nourrit son enfant par le sein,
puis elle travaille, elle le fait manger, elle lui donne sa nourriture, et là le père commence à jouer un rôle,
puis elle lui donne la nourriture spirituelle, la nourriture du cœur,
et quand l’enfant est parti et qu’il est loin, elle lui donne la nourriture mystique, la nourriture de la bénédiction surnaturelle.
Une mère doit toujours donner la nourriture : elle nourrit le sang spirituel de son enfant.
La royauté de Marie implique qu’elle va nourrir cette gloire du Saint Esprit à partir de son corps glorifié d’Epousée, de femme et de Reine, de manière à ce qu’elle ait sa croissance dans le corps, dans la résurrection, de manière à ce qu’elle ait sa croissance dans toute la gloire de tous les membres vivants du corps vivant de l’Epousée incréée vivante. Nous ne pouvons pas nier qu’elle va nourrir et rendre possible cette croissance dans le temps de son sein, dans le temps de la création de la Jérusalem glorieuse.
Quand l’enfant est né (c’est-à-dire quand cette résurrection universelle aura eu lieu), Elle nourrit éternellement, et Elle nourrira tous les élus, de la communication glorieuse de la lumière de gloire de l’Epouse (du Verbe) dans le Père, Elle nourrira tous les élus de la plénitude de cette nourriture avec son intensité propre : Elle est la Reine, alors Elle nous nourrit de la gloire, de la victoire d’amour du Saint Esprit sur nous.
‘Concrètement’, cela veut dire que si à la Pentecôte, Elle avait pu être dans le feu ardent de sa maternité vis-à-vis des Apôtres et de nous tous, et nous nourrir du lait glorieux des sept dons du Saint Esprit, de ces saveurs si extraordinaires de la Pentecôte, dès lors que cette maternité-là de la Pentecôte est transformée en royauté après son assomption, cette nouvelle nourriture ne sera plus les dons du Saint Esprit, mais la gloire du Saint Esprit Lui-même, le Paraclet.
Jésus l’avait dit : « Il vaut mieux pour vous que Je m’en aille, parce qu’alors Je vous enverrai le Paraclet ». Il ne peut pas le faire sans qu’il y ait l’unité sponsale glorieuse de l’Epouse dans l’Epousée et la Jérusalem glorieuse tout ensemble.
Nous le voyons dans l’Apocalypse (14, 15) : « Je vis un ange sortir de l’autel et proclamer à haute voix à Celui qui est dans le trône : jette ta faucille, l’heure est arrivée ». Qui décide de l’heure ? Vous avez la réponse dans l’Apocalypse : c’est une créature qui dit à Celui qui est dans le trône, l’Eternel, le Tout-puissant : « C’est l’heure ! » ; c’est l’ange qui sort de l’autel de la conception (c’est sur l’autel qu’on conçoit le Verbe pour le Père).
La quatrième fonction de la mère met au monde, ouvre à la communion des personnes : Marie fait l’unité. Nous sommes mis au monde pour vivre de l’amour avec nos frères, avec nos sœurs, avec ceux que Dieu met proche de nous (pas celui qui est lié par des liens moins importants, mais ceux qui sont proches de nous). C’est beau ! Quand nous lisons l’Evangile (Jean, 15, 12), juste au moment de passer de ce monde-ci à son Père, Jésus dit à ses disciples : « voici ce que Je vous commande : aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés ». Il faut aimer son frère, il faut aimer sa sœur, il faut aimer.
Posons-nous cette question quand nous méditons ce mystère de Marie-Reine (question très belle parce qu’elle porte sur la quatrième fécondité de la Reine) : « Si je meurs maintenant, est-ce que je peux dire à tous ceux qui sont autour de moi et que je connais : aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés ? ». Pourras-tu dire cela ? Peux-tu, dès maintenant, dire cela ? A ton médecin ?
Le fruit du mystère est que nous puissions dire : « Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés ».
Quand Jésus est parti, Il a pu dire à Marie, à Pierre, à Judas (Judas était là, et je suis sûr que quand Il a dit cela Il a regardé Judas, c’est impossible autrement, Il m’a même regardé moi, alors pourquoi n’aurait-Il pas regardé Judas ?) : « Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés ». Voilà le testament du Christ, le testament de Jésus.
Cela s’adresse à Marie, et Marie a aimé chacun d’entre nous, dans sa dormition et son assomption, avec autant d’intensité que Jésus nous a aimés en donnant toute sa vie, en se donnant Lui-même, en se laissant donner. Et comme Elle est Reine, Elle nous donne de pouvoir le faire.
Nous ne forçons pas sur l’amour, vous savez, nous n’allons pas arracher de l’amour pour quelqu’un, non ; cela nous est donné : c’est le fruit du mystère que nous contemplons ici. Marie est là et donne toute sa vie à celui qui est proche de moi : Elle se sert de moi pour cela.
Nous trouvons encore des gens qui sont mariés exprimer stoïquement : « Je vais me forcer à aimer ma femme, même si elle m’énerve, parce que je suis chrétien et que j’ai un sacrement de mariage. Il faut que je fasse des efforts, que je me dépasse un peu ! ». Mais si nous méditons le mystère de Marie Reine, nous comprenons tout de suite que ce n’est pas exactement ainsi. L’amour ne se force pas. Vais-je tirer de l’amour de mon cœur ?
« C’est vrai, ma femme est un peu agressive de temps en temps, indélicate, elle ne fait plus attention à moi d’ailleurs, je ne l'intéresse plus, et je la comprends, elle s’occupe d’autres choses, plus intéressantes que moi ; mais il faudrait que je puisse lui dire : je t’en supplie, je suis en train de m’endormir, je vais mourir, tout l’amour que je t’ai porté, que je te porte en ce moment, donne-le à Dieu, aime Dieu de la même manière que moi je t’aime maintenant, aime tous ceux qui sont autour de toi de la même manière que moi je t’aime maintenant. »
Je crois à cela, c’est ma foi, Jésus l’a dit : « Aimez-vous les uns les autres ». C’est une invitation, et dès qu’Il m’invite, si je dis oui, Il me le donne. Jésus en moi dit cela, et Il dit cela en Marie, Ils le disent tous les deux, glorieusement et éternellement en moi, et c’est de là que je donne l’amour à celui que Dieu a mis proche de moi.
C’est de là. Ce n’est pas parce que « je ressens encore quelquefois quelque chose pour elle, et c’est pour cela que nous restons encore ensemble ». Quand même !
Marie est Reine. « C’est l’amour que Je veux, et non les sacrifices ».
Ce quatrième aspect est très beau. Il faut toujours se dire que c’est Marie qui fait l’unité.
Quelquefois il y a des problèmes dans l’Eglise, entre tel prêtre et tel autre : c’est Marie qui fait l’unité, Elle est Reine, Elle fait l’unité dans l’ordre de l’amour incarné et Elle met au monde le ciel nouveau de la nouvelle gloire éternelle de Dieu : c’est la Parousie de l’amour.

Il y aurait une cinquième manière de contempler ce mystère qui serait très utile aussi sans doute. Elle consisterait à dire que tout ce que Dieu a pris en Marie pour créer un ciel nouveau, une nouvelle terre et une femme nouvelle, une Epousée incarnée et glorieuse nouvelle, tout ce qu’Il a pris est tout ce que Marie a vécu dans les vingt mystères du Rosaire.
Il a pris en Elle tout ce qu’Elle a vécu dans l’Annonciation,
Il a pris en Elle tout ce qu’Elle a vécu dans la Visitation,
Il a pris en Elle tout ce qu’Elle a vécu dans la Nativité lumineuse et transfigurée de Noël,
Il a pris en Elle tous ces instants-là, à la fois bénis, surnaturels, toujours à la limite de l’incréé et du créé puisque c’est le propre de la foi de Marie d’avoir toujours mis les instants de sa vie à la limite de l’incréé et du crée pour une réalisation nouvelle du mystère.
Tous ces mystères que nous avons vus sont recueillis en un seul mystère de la Dormition, pris par Dieu et recréés de nouveau à partir de la gloire. Il faudrait voir à ce moment-là comment dans le concret du temps et dans le concret de la gloire de Dieu vont se réaliser les effets de ces dix-neuf transformations.
Vous me connaissez bien, vous avez tout de suite compris : dix-neuf, saint Joseph. Dix-neuvième verset de saint Matthieu : « Joseph, qui était juste jusque dans sa substance, époux de Marie ».
Ce serait le cinquième aspect de ce mystère glorieux. Ce serait une œuvre extrêmement utile, extrêmement féconde, extrêmement indispensable dans l’œuvre de Marie Reine qui consiste à opérer la destruction définitive du mal, et la destruction définitive de tout ce qui a été mal. Comment cela va-t-il se réaliser dans sa manifestation ? Ce sont les dix-neuf manifestations glorieuses de Marie dans la Parousie.
Il est vrai que « l’Esprit et l’Epouse disent : viens », « Maranatha : Viens, Seigneur Jésus ! ». Ce « Viens, Seigneur Jésus ! » va se manifester de dix-neuf manières successives différentes dans l’Eglise, dans le corps mystique entier vivant de Jésus vivant en union avec la gloire de la Jérusalem glorieuse, la gloire de la Jérusalem lumineuse, et la gloire de la Jérusalem innocente et triomphante dans l’unique corps mystique de l’Eglise de Jésus :
Il y aura une Annonciation universelle de la Parousie,
Il y aura une Visitation universelle de cette gloire de la Parousie,
Il y a aura une Nativité universelle du Paraclet dans le temps de l’Eglise, avant la résurrection universelle,
Il y aura une consécration de toute création dans la co-rédemption unique de Marie Reine et de Jésus glorifié dans la Sainte Famille glorieuse,
Il y a aura une intégration sensible, glorieuse et temporelle dans la Sainte Famille glorieuse de Jésus, Marie et Joseph,
Et nous pouvons continuer ainsi.
Puisque Jésus a été disloqué à Gethsémani dans son corps, il y aura une seule Eglise, un seul troupeau, un seul pasteur. Par toute la terre il n’y aura plus aucune division dans les aspirations religieuses et dans la grâce. Il n’y aura que la religion de Marie Reine et de Jésus, et du Père, du Fils et du Saint Esprit sous un seul pasteur.
Il faut contempler cela, et en vivre par appropriation et par anticipation pour que Marie puisse ainsi le concevoir, l’engendrer et le mettre au monde.
La contemplation de ce mystère est nécessaire,
- parce que Marie n’est pas Reine sans nous,
- parce que les mystères du Rosaire sont des mystères de la foi, et Marie au ciel n’est plus dans la foi, Elle est dans la vision béatifique. Sa royauté ne peut s’exercer qu’à travers la foi, à travers tous ceux qui la reçoivent comme Reine : Elle vit comme Reine en nous dans notre foi, et c’est ainsi que sa royauté peut s’exercer.
Tout le Rosaire permet d’aboutir à la plénitude apostolique de Marie Reine dans les Apôtres des derniers temps, ceux par qui Elle va engendrer la destruction définitive du mal.
Il y a aura la première Résurrection, la première Ascension, évidemment, la Pentecôte de l’Amour personnel, glorieux, de Dieu le Père. Il y aura la seconde Résurrection.
Il faut que nous vivions de cela, que ce soit pour nous très précis, parce que ces choses-là vont se réaliser dans notre histoire, sous nos yeux, et à travers nous.

Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous, pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort. Amen

Nous méditons aujourd’hui le cinquième mystère glorieux

Le Couronnement de Marie