Nativité ( d’après AC Emmerich ) :

la sainte Vierge dit à Joseph que son terme approchait et l'engagea à se mettre en prières dans sa chambre, il suspendit à la voûte plusieurs lampes allumées, et sortit de la grotte parce qu'il avait entendu du bruit devant l'entrée. Il trouva là la jeune ânesse qui, jusqu'alors, avait erré en liberté dans la vallée des bergers ; elle paraissait toute joyeuse, jouait et bondissait autour de lui Il l'attacha sous l'auvent qui était devant la grotte et lui donna du fourrage.
Quand il revint dans la grotte, et qu'avant d'entrer dans son réduit, il jeta les yeux sur la sainte Vierge, il la vit qui priait à genoux sur sa couche ; elle lui tournait le dos et regardait du côté de l'orient. Elle lui parut comme entourée de flammes, et toute la grotte semblait éclairée d'une lumière surnaturelle. Il regarda comme Moise lorsqu'il vit le buisson ardent ; puis, saisi d'un saint effroi, il entra dans sa cellule et s'y prosterna la face contre terre.
Je vis la lumière qui environnait la sainte Vierge devenir de plus en plus éclatante ; la lueur de la lampe allumée par Joseph n'était plus visible. Sa robe sans ceinture étalée autour d'elle.
Quand vint l'heure de minuit, elle fut ravie en extase. Je la vis élevée de terre à une certaine hauteur. Elle avait les mains croisées sur la poitrine. La splendeur allait croissant autour d'elle ; tout semblait ressentir une émotion joyeuse, même les êtres inanimés. Le roc qui formait le sol et les parvis de la grotte étaient comme vivants dans la lumière. Mais bientôt je ne vis plus la voûte ; une voie lumineuse, dont l'éclat augmentait sans cesse, allait de Marie jusqu'au plus haut des cieux. Il y avait là un mouvement merveilleux de gloires célestes, qui, s'approchant de plus en plus, se montrèrent distinctement sous la forme de chœurs angéliques. Elevée de terre dans son extase, Elle priait et abaissait ses regards sur son Dieu dont elle était devenue ta mère, et qui, faible enfant nouveau-né, était couché sur la terre devant elle. Je Le vis comme un enfant lumineux, dont l'éclat éclipsait toute la splendeur environnante, couché sur le tapis devant les genoux de la sainte Vierge. Il me semblait qu'il était tout petit et grandissait sous mes yeux ; mais tout cela n'était que le rayonnement d'une lumière tellement éblouissante que je ne puis dire comment j'ai pu la voir.
La sainte Vierge resta encore quelque temps dans son extase Puis, je la vis mettre un linge sur l'enfant, mais elle ne le toucha pas et ne le prit pas encore dans ses bras. Après un certain intervalle, je vis l'Enfant-Jésus se mouvoir et je l'entendis pleurer ; ce fut alors que Marie sembla reprendre l'usage de ses sens. Elle prit l'enfant, l'enveloppa dans le linge dont elle l'avait recouvert et le tint dans ses bras contre sa poitrine. Elle s'assit ensuite, s'enveloppa tout entière avec l'enfant dans son voile, et je crois qu'elle l'allaita. Je vis alors autour d'elle des anges, sous forme humaine, se prosterner devant le nouveau-né et l'adorer.
Il s'était bien écoulé une heure depuis la naissance de l'enfant, lorsque Marie appela saint Joseph, qui priait encore la face contre terre. s'étant approché, il se prosterna plein de joie, d'humilité et de ferveur. Ce ne fut que lorsque Marie l'eut engagé à presser contre son cœur le don sacré du Très-Haut, qu'il se leva, reçut l'Enfant-Jésus dans ses bras et remercia Dieu avec des larmes de joie.
Alors la sainte Vierge emmaillota l'Enfant-Jésus. Marie n'avait que quatre langes avec elle. Je vis ensuite Marie et Joseph s'asseoir par terre l'un près de l'autre. Ils ne disaient rien et semblaient tous deux absorbés dans la contemplation. Devant Marie, emmailloté ainsi qu'un enfant ordinaire, était couché Jésus nouveau né, beau et brillant comme un éclair. Ils placèrent ensuite l'enfant dans la crèche. Quand ils eurent mis l'enfant dans la crèche, tous deux se tiennent à côté de lui versant des larmes de joie et chantant des cantiques de louange. Joseph arrangea alors le lit de repos et le siège de la sainte Vierge à côté de la crèche. Je la vis avant et après la naissance de Jésus habillée d'un vêtement blanc qui l'enveloppait toute entière Je la vis là pendant les premiers jours, assise, agenouillée, debout ou même couchée sur le côte et dormant, mais jamais malade ni fatiguée.
Je vis cette nuit, dans le Temple, Noémi, la maîtresse de la sainte Vierge, ainsi que la prophétesse Anne et le vieux Siméon, à Nazareth sainte Anne, à Juttah sainte Élisabeth, avoir des visions et des révélations sur la naissance du Sauveur. Je vis le petit Jean-Baptiste, près de sa mère, manifester une joie extraordinaire. Tous virent et reconnurent Marie dans ces visions, mais ils ne savaient pas où le cela avait eu lieu ; sainte Anne seule savait que Bethléem était le lieu du salut.
Je vis cette nuit, dans le Temple, que tous les rouleaux d'écriture des saducéens furent plusieurs fois jetés hors des armoires qui les contenaient, et dispersés ça et là. On en fut très effrayé : les saducéens l'attribuèrent à la sorcellerie, et donnèrent beaucoup d'argent pour que la chose restât secrète.
Je vis, lorsque Jésus naquit, un quartier de Rome situé au delà du fleuve où habitaient beaucoup de Juifs ; il y jaillit comme une source d'huile, et tout le monde en fut fort émerveillé. Une statue magnifique de Jupiter tomba en morceaux dans un temple dont toute la voûte s'écroula. Les païens, effrayés, firent des sacrifices et demandèrent à une autre idole, celle de Vénus, à ce que je crois, ce que cela voulait dire. Le démon fut forcé de répondre par la bouche de cette statue : " Cela est arrivé parce qu'une vierge a conçu un fils sans cesser d'être vierge, et qu'elle vient de le mettre au monde ". Cette idole parla aussi de la source d'huile qui avait jailli. Dans l'endroit où elle est sortie de terre, s'élève aujourd'hui une église consacrée à la Mère de Dieu'. (Ste Marie au delà du Tibre porte le nom de Sancta Maria in Fonte Olei)
Je vis aussi quelque chose touchant l'empereur Auguste, il vit à droite, au-dessus d’une colline, une apparition dans le ciel : c'était une vierge sur un arc-en-ciel, avec un enfant suspendu en l'air et qui semblait sortir d'elle'. Je crois qu'il fut le seul à voir cela. Il fit consulter, sur la signification de cette apparition, un oracle qui était devenu muet, et qui pourtant parla d'un enfant nouveau-né auquel ils devaient tous céder la place. L'empereur fit ériger un autel à l'endroit de la colline au-dessus duquel il avait vu l'apparition ; après avoir offert des sacrifices : il le dédia au premier-né de Dieu.
Je vis aussi en Egypte qu’ une idole fut forcée par Dieu à répondre qu'elle se taisait et devait disparaître, parce que le Fils de la Vierge était né, et qu'un temple lui serait élevé en cet endroit. Le roi voulut là-dessus lui élever, en effet, un temple près de celui de l'idole ; l'idole fut retirée, et on dédia là un temple à la Vierge et à son enfant Je vis à l'heure de la naissance de Jésus une apparition merveilleuse qu'eurent les rois mages. Ce ne fut pas dans une étoile qu'ils la virent, mais dans une figure composée de plusieurs étoiles parmi lesquelles il semblait s'opérer un mouvement. Ils virent un bel arc-en-ciel au-dessus du croissant de la lune. Sur cet arc-en-ciel était assise une vierge, son pied reposait sur le croissant. Du côté gauche de la Vierge, au dessus de l'arc-en-ciel, parut un cep de vigne, et du côté droit un bouquet d'épis de blé. Je vis devant la Vierge paraître ou monter la figure d'un calice, semblable à celui qui servit pour la sainte cène. Je vis sortir de ce calice un enfant, et au-dessus de l'enfant un disque lumineux, pareil à un ostensoir vide, duquel partaient des rayons semblables à des épis. Cela me fit penser au saint sacrement. Du côté droit de l'enfant sortit une branche à l'extrémité de laquelle se montra, comme une fleur, une église octogone qui avait une grande porte dorée et deux petites portes latérales. La Vierge, avec sa main droite, fit entrer le calice, l'enfant et l'hostie dans l'église, dont je vis l'intérieur qui me parut très grande. Je vis dans le fond une manifestation de la sainte Trinité ; et l'église se transforma en cité brillant comme la Jérusalem céleste.
Les rois éprouvèrent une joie inexprimable. Ils rassemblèrent leurs trésors et leurs présents et se mirent en route. Ce ne fut qu'au bout de quelques jours qu'ils se rencontrèrent
La sœur vit dans la nuit de la Nativité beaucoup de choses touchant la détermination précise du temps de la naissance du Christ… Vous pouvez le lire, dit-elle ; voyez, C'est marqué là. Jésus Christ est né avant que l'an 3907 du monde fût accompli ; on a oublié postérieurement les quatre années, moins quelque chose, écoulées depuis sa naissance jusqu'à la fin de l'an 4000 ; puis ensuite on a fait commencer notre nouvelle ère quatre ans plus tard.


Le mystère de la Nativité
Vendredi 27 décembre 2002

Nous allons méditer le mystère de la Nativité, troisième mystère joyeux..
Ce serait bien d’essayer petit à petit de comprendre, de voir, de se laisser prendre surtout, par tout ce qui, dans le mystère de la Nativité, le mystère de la naissance de Jésus, fait que nous pouvons être véritablement saisis et transformés, parce qu’il y a des choses charmantes et merveilleuses dans le mystère de Noël. Même pour les gens qui n’y croient pas, Noël est très beau. Avant même que Noël ait existé, on fêtait déjà Noël, les prophètes avaient chanté Noël bien avant la Nativité. Les religions, les chantres, Virgile, les vierges consacrées dans les Temples de Zeus, chantaient déjà le mystère de Noël explicitement : une Vierge doit enfanter le Roi du monde. Deux mille ans après, on fait encore des crèches, il y a des fleurs, comme si c’était hier.
Il faut comprendre que c’est quelque chose qui a un rayonnement très fort, qui ne cesse d’avoir cette influence enveloppante, encourageante, lumineuse et tranquille. Une régénération se fait.
Quelque chose, dans la Nativité de Jésus à Noël, a marqué le rythme du temps, a marqué les générations humaines, a marqué les naissances humaines ; à chaque fois du reste que quelque chose en nous doit naître, le fait que Jésus soit né de cette manière-là a une influence : on ne naît pas à un projet nouveau, à une conversion, à une vie nouvelle dans la grâce par exemple, de la même manière depuis que Jésus est né.
Comme nous connaissons les textes de la Révélation par cœur, nous disons : « oui, bien-sûr, il y a aussi une Révélation, un dévoilement de quelque chose de très profond derrière le mystère de Noël, le mystère de la Nativité de Jésus». Nous le savons bien, et cela, c’est plus difficile d’y accéder. Parce que c’est par la foi que nous accédons à la Nativité du Verbe de Dieu, du Dieu vivant et vrai et éternel, à cette Nativité dans un enfant qui naît d’une naissance à la fois humaine et à la fois glorieuse. Le mystère de Noël est dans la nuit d’une naissance lumineuse et virginale. La foi, la vie divine, qui de l’intérieur fait monter cette lumière incandescente et surnaturelle de la foi dans notre intime intelligence, va nous faire voir jusque dans nos profondeurs intimes le mystère de Noël, de la Nativité, et de la génération de Dieu dans la chair. La foi est une lumière vivante qui surgit du dedans de nous de manière fulgurante, profonde, vivante, pénétrante, elle transforme notre intelligence et nous fait réaliser surnaturellement dans notre chair le mystère de Noël. Jésus, Marie et Joseph sont les premiers à avoir fait cela : ce sont eux qui ont incarné le mystère de la Nativité éternelle de Dieu dans la chair et dans le temps.
Quand nous méditons ce mystère joyeux, il faut évidemment le contempler, et il y a des dispositions pour cela.
Ces dispositions sont celles des mystères précédents :
une disponibilité parfaite à la grâce que Dieu va nous donner : nous allons alors laisser ce mystère se réaliser, se réincarner si je puis dire, réaliser tous ses bienfaits surnaturels et éternels en nous,
cette communion très forte du second mystère joyeux, car dans cette disponibilité, nous atteignons toutes les disponibilités humaines, tous ces cœurs qui palpitent ensemble à cette survenue d’une naissance lumineuse qui fait disparaître toutes ténèbres,
nous rentrons alors dans la troisième disposition qui est spirituelle, celle du troisième mystère joyeux : c’est l’humilité infuse, ce n’est pas l’humilité forcée, c’est une humilité divine, qui vient de l’Esprit Saint. C’est un mystère d’effacement extraordinaire, que nous voyons en Marie l’Immaculée et dans l’Epoux de l’Immaculée Conception. Cette disponibilité transformée en esprit de pauvreté fait le fruit véritablement miraculeux de la pénétration du mystère joyeux de la Naissance. Etre content d’avoir des pauvretés et utiliser ces pauvretés pour s’effacer davantage. Les gens qui ont des pauvretés, des maladies, des souffrances, n’aiment pas cela. Ils sont bien bêtes. Parce que c’est l’esprit de pauvreté qui permet d’être la joie du monde entier, et surtout la joie éternelle de Dieu. Fruit du mystère : l’esprit de pauvreté. Tout cela nous le savons bien.
Ce qui permet de rentrer dans la contemplation du mystère joyeux, c’est de voir ce qui s’est passé dans les mois qui ont précédé. Les mystères du rosaire vont toujours deux par deux. Nous voyons bien que l’Annonciation, ou l’Incarnation, et la germination incarnée de la charité surnaturelle dans un seul cœur du cœur mystique et eucharistique du Christ dans la Visitation, vont ensemble : c’est la même Annonciation, c’est la même réalisation.
Alors au bout du troisième mois de la Visitation, il y a eu le Magnificat, parce que l’amour du cœur eucharistique de Jésus s’est réalisé et incarné dans son germe, a dispersé les superbes, renversé les puissants de leurs trônes, écarté Lucifer. L’immense puissance de délivrance qui est en nous après la Visitation peut nous permettre de rentrer dans ce qui va se réaliser six mois plus tard.
Au bout de trois mois, Marie rentre à Nazareth avec Jésus, et elle arrive probablement à Nazareth quand Jean-Baptiste naît. Elle est partie deux ou trois jours avant que Jean-Baptiste naisse, l’Immaculée ne pouvait pas, portant Jésus, être présente à la naissance de Jean-Baptiste. Sa présence toute intime devait être réservée à ces sept personnes, pour réaliser le corps mystique naissant, le cœur eucharistique de Jésus ; l’Incarnation devait aller immédiatement à l’incarnation d’un seul cœur eucharistique, à la germination du corps mystique de Jésus par l’amour incarné dans la chair. Nous avons vu pour la Visitation que le tabernacle de l’apparition du corps mystique de Jésus incarné dans le cœur, donc la charité surnaturelle incarnée, ce tabernacle a été déposé dans le cœur de saint Jean Baptiste, qui est l’enveloppant du cœur eucharistique de Jésus. Nous y reviendrons quand nous auront balayé les vingt mystères et qu’il faudra regarder comment ils se réalisent dans la seconde venue de Notre Seigneur Jésus Christ, dans la dernière Visitation.
Pour l’instant, nous voyons que Marie est repartie, emportant avec Jésus et elle, une communauté d’amour incarnée, toute palpitante et divine, celle du cœur eucharistique de Jésus tout entier, de quoi déverser tout l’amour incarné et glorifié futur du Verbe incarné dans tous les cœurs, dans tous les amours de tous les temps, de tous les lieux, et surtout, dans les glorifications futures de l’éternité. Elle porte cela et retourne à Nazareth.
Arrivée à Nazareth, Joseph la voit. Joseph voit que Jésus est là. Il s’en doutait, il savait que Marie était « La Vierge »… Mais il fit comme s’il ne l’avait pas vu. Maintenant, cela se voyait à l’œil nu : il fallait bien que la conception puisse se voir aux yeux de l’Epoux de l’Immaculée Conception, et cela seulement quand Jean-Baptiste naîtrait. Quand Jean-Baptiste naît, le cœur eucharistique de Jésus peut être rendu visible pour la naissance. C’est au même instant que l’Incarnation du Verbe dans le sein de Marie devait être visible aux yeux de l’Epoux de l’Immaculé Conception, elle devenait pour lui manifeste.
Pendant six mois alors, il va y avoir un dépôt du mystère de la Visitation, un reposoir du mystère de la Visitation, un enveloppement du mystère de la Visitation, dans l’unité sponsale de Marie et Joseph. Pendant ces six mois, ces 190 jours, 19 fois 10, la Nativité va se préparer dans l’unité sponsale immaculée, en se nourrissant du cœur eucharistique de Jésus mis en place dans la Visitation. Le corps mystique de l’Eglise a commencé sa croissance et aussitôt Joseph va jouer son rôle, puisque c’est par Joseph que le corps mystique de Jésus va croître, va augmenter, va développer toutes ses ramifications, va fleurir.
Alors le mystère de Noël commence : six mois avant.
Souvent nous ne repérons pas ce détail, et pourtant c’est très important parce que sinon nous ne le voyons pas, nous ne saisissons pas tout à fait ce qui va se passer le jour de Noël.
Le jour arrive. Nous passons les détails, les étoiles, l’empereur Auguste, le règne de Tibère, Quirinius, Hérode. Nous pouvons en causer, parce tout cela a de fortes consonances symboliques, c’est évident.
Mais il faut se concentrer sur ce qui est tout à fait incréé, ce qui est éternel, ce qui vient du ciel dans ce mystère de Noël qui est dans le temps. Pour cela, il faut voir en tout premier lieu qu’il y a un retour à la sponsalité.
Ce mystère de la Nativité va aller de pair avec la Consécration de Jésus dans le Temple, le Nom qui va lui être donné, la circoncision et la Prophétie du Glaive. Il est normal que les mystères marchent deux par deux. Nous verrons la chose extraordinaire qui va se passer dans la Sainte Famille, le Recouvrement de Jésus au Temple, qui va de pair, bien entendu avec le sixième mystère du rosaire, c’est à dire la mort de Joseph et le Baptême de Jésus, l’Epiphanie, Jean Baptiste. Divinement, ça marche par deux. C’est normal, parce que le Verbe de Dieu est la Deuxième Personne de la Très Sainte Trinité. Il a les deux natures : divine et humaine, incréée et créée, dans une seule hypostase : c’est une nouvelle vie que la vie chrétienne, c’est une autre vie.
Dans l’Evangile, dans la Haggadah de la Nativité, on ne peut pas dire ces choses-là.
Saint Jean a osé, quand même : « dans le Principe était le Verbe », tel est l’Evangile du jour de la messe de Noël. Ceux qui sont pratiquants ont entendu, le jour de Noël : « dans le Principe était le Verbe, le Verbe était Dieu, Il était face à face avec Dieu ». C’est le prologue de l’Evangile de saint Jean : c’est l’éternité vivante du Dieu Vivant qui est à l’intérieur de son Principe qui Le conçoit, parce que Dieu se conçoit Lui-même éternellement, et qui est lumière à l’intérieur de Lui-même, et qui est Créateur, parce que rien n’existe sans le Dieu Vivant, sans s’originer dans cette contemplation intime de Lui-même. Et tout ce qui existe est lumière, et à ce moment-là, la vie apparaît, et la lumière aussi dans la vie, parce qu’elle est engendrée, et, comme elle est engendrée, les ténèbres ne peuvent pas arrêter cette force intime, l’union incréée éternelle de Dieu dans la lumière. Et le Verbe est devenu chair, la chair elle-même va être son outil de propagation. Et la chair, dans la bible, dans la révélation, dans l’expérience humaine, la chair n’est chair que si elle a abandonné l’opacité ténébreuse du corps. L’opacité ténébreuse du corps, c’est quand le corps n’est pas illuminé par Dieu, par l’unité sponsale. Dès qu’il y a l’unité sponsale, la grâce divine et immaculée, le lien est direct, immédiat, et le courant passe de manière latérale, intense, profonde, définitive. Et le corps n’est plus un corps : il devient chair. Le Verbe est devenu chair, et à ce moment-là toute la lumière éternelle peut pénétrer dans le temps, et tout le temps peut pénétrer dans la lumière éternelle de Dieu. Dans l’engendrement, Dieu engendre Dieu, un enfant ne cesse de naître en Dieu : Il est Dieu.
Dans l’Incarnation, nous avions vu : « Verbo concepit Filium », Elle a conçu le Fils dans le Verbe.
Le Verbe et le Fils, c’est la même Personne.
Marie a réalisé cela par la foi,
la lumière surnaturelle de la foi dans la disponibilité : c’était le premier mystère joyeux,
la lumière surnaturelle de la foi dans le cœur eucharistique, dans l’amour, dans la charité surnaturelle et éternelle de Dieu incarnée dans la chair, dans ces six cœurs qui constituent le germe du cœur eucharistique définitif de Jésus dans le corps eucharistique de l’Eglise toute entière : c’était la Visitation,
et maintenant, la lumière surnaturelle de la foi dans l’effacement d’amour, dans un effacement sponsal et incarné, dans un effacement total mutuel absolu va voir surgir quelque chose de très fort.
Saint Luc devait être très gentil, sûrement.
Comme c’est difficile à expliquer, il va raconter ce qui se passe du côté des bergers. Je trouve cela très touchant. Les bergers sont là, à deux lieues, il fait nuit, ils sont sales, ils sentent mauvais, ils gardent des porcs (c’était interdit, la loi dit : pas de cochon), ils étaient des bergers esclaves. Et d’un seul coup l’Ange de la Gloire se pose sur eux, ce même Ange de l’Annonciation apparaît. Pas face à face : il se pose sur eux, ‘épestè Angelos’.
La ruse de saint Luc est que nous pouvons passer par les bergers pour méditer, parce que c’est délicat d’expliquer l’unité sponsale avec Joseph, pour des gens rustres comme nous. Mais les bergers, c’est sympa, et les cochons, on s’y connaît, alors que la sponsalité, on n’y connaît rien.
L’Ange se pose sur eux : les cochons sont effacés, les ténèbres et la nuit s’effacent, les bergers deviennent les Fils du Dieu vivant, tous seuls. L’Ange de Dieu est lui-même lumière de Dieu, lumière de la gloire de la génération du Fils dans le sein du Père. Et la clarté glorieuse du ciel tout entier dans cet Ange-là, l’Ange de la face de Dieu, a resplendi dans toutes les cellules de leur corps, comme le dit le texte de saint Luc, toujours très précis : « circum fulsit », la clarté glorieuse de la Face de Dieu circum-fulgurait dans toutes leurs cellules. Je ne sais pas si vous voyez l’embrasement.
Et la terreur qu’ils ont dû avoir… nous avons déjà vu la terreur du monde angélique dans les mystères de l’Annonciation et de la Visitation. Alors l’Ange dit : « n’ayez pas peur, Evangelizomai umin, Je vous évangélise, Je vous haggadise ». C’est extraordinaire, « Je vous haggadise » .
Voilà ce qui inspire la Face de Dieu à l’instant de maintenant, quand Il est en train de naître, voilà ce qui inspire Dieu Lui-même de l’intérieur au moment où Il est en train de naître glorieusement : « Je vous dépose cette inspiration qui est de Dieu dans votre âme pour qu’elle vous inspire de la même manière que Dieu en est inspiré ». Voilà ce que veut dire « Je vous haggadise ».
Haggadah. La Parole tonitruante de la Visitation est une Haggadah manifestée. Elle contraste avec ce qui se passe à la crèche où cette Haggadah se fait sans parole, silencieusement et dans l’effacement mutuel, l’esprit de pauvreté. D’un côté il y a les pauvretés de fait, et de l’autre, il y a l’esprit surnaturel de la pauvreté infuse, de l’humilité infuse, et l’un fait comprendre l’autre.
Noël est un mystère de lumière incréée.
« Vous le reconnaîtrez à ce qu’Il est ‘pan(n)is involutum’ » : Il est enveloppé de langes, de haillons, « c’est à cela que vous le reconnaîtrez ». Cette Haggadah : le Fils de Dieu, le Fils du Très Haut, est né. Le Dieu vivant est né. Je ne pense pas que les bergers n’aient pas compris que c’était Dieu qui était né : c’est ce que dit l’Ange, et ils étaient dans la Haggadah, donc l’inspiration s’était communiquée à eux, donc ils comprenaient très bien ce qui leur était haggadisé. Sinon, ce n’est plus une Haggadah, ils n’ont plus qu’à aller se coucher avec leurs cochons. Et ils ne se sont pas couchés avec les cochons, ils ont dit : « vite, allons voir ! ». Vite. Il y a un écho de l’Incarnation et de la Visitation dans les bergers, pour montrer que c’est une nouvelle reprise du mystère de l’Incarnation, c’est une foi qui prend un mode différent. La lumière surnaturelle de la foi pénètre en Dieu de manière différente et c’est cela qu’il faudrait voir dans la contemplation des mystères joyeux.
Effectivement, ils ont compris que c’était Dieu vivant qui était né dans un petit germe embryonnaire tout lumineux et vivant, enveloppé dans des haillons et déposé dans une mangeoire d’animaux. Ils y vont, en toute hâte, ils courent.
J’avoue que saint Luc me plaît, parce qu’alors cet Ange-là, une fois qu’ils ont compris, il est bien content, puisqu’il s’est tout entier englouti dans cette Haggadah, et du coup il est remplacé par des myriades et des myriades, c’est à dire des milliards et des milliards d’autres anges ( notez que déjà un, c’était impressionnant) qui d’un seul coup leur tombent dessus et hurlent « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Les bergers ne savaient plus où ils étaient. Cela veut dire que cette nativité de Dieu prend tous les esprits et ils le voient de leurs propres yeux, ils l’entendent de leurs propres oreilles, pour saisir tout, puisque tous les anges ont en charge les moindres particules de matière créée de l’univers, donc tout l’univers est saisi dans cette Haggadah.
Et voilà dans quoi sont les bergers.
Puis d’un seul coup tout s’arrête et ils se retrouvent dans la nuit avec les cochons. Ils sont dû se regarder, et se dire : « je ne dis rien, parce qu’on va m’enfermer, déjà qu’on est mal vu… ». Puis ils se parlent, ils comprennent tous les six (à mon avis ils étaient six – mais ça, c’est vrai, c’est un peu mon délire ; pourtant c’est probablement vrai, et ce serait juste puisque nous nous trouvons devant une reprise du mystère de la Visitation où ils étaient six -), et ils disent « allons vite voir ».
Et ils découvrent, ils découvrent… Il faudrait voir le mot grec, j’espère que c’est une ‘apocalypse’. Ils voient se dévoiler… et c’est cela qui est impressionnant dans saint Luc : ils voient quoi ?
En français : « ils voient Marie et Joseph ». On ne s’attendait pas à cela, l’Ange n’avaient pas parlé d’eux.
En grec, ça devient incroyable : ils voient ‘ten te Mariam kai ton Joseph’ (on ne peut pas traduire en français).
‘Ten Mariam’ veut dire LA Marie, et ‘ton Joseph’ LE Joseph.
C’est la particule de divinisation, c’est Marie et Joseph divinisés, avec le ‘kai’ entre les deux.
‘kai’ veut dire : c’est à dire, simultanément : Marie divinisée c’est à dire Joseph divinisé.
‘te’ renforce le ‘kai’ : c’est fusionné, ensemble.
Les bergers ont vu l’unité sponsale transfigurée, dans la lumière, et alors le germe embryonnaire tout lumineux et enveloppé de haillons, déposé dans la mangeoire d’animaux. Dans le texte de saint Luc, c’est clair, nous voyons bien que ce germe sort de l’unité sponsale.
Le mystère de la Nativité est trop beau, parce que l’acte de foi de Marie fait qu’elle va être mère de Dieu et va faire que Joseph va devenir père de Dieu. Ce n’est plus Marie seule dans la lumière surnaturelle de la foi qui va réaliser le mystère de la naissance virginale in partu, en latin. A propos de la virginité in partu, l’Eglise enseigne que Noël a réalisé un enfantement virginal, corporellement parlant, et que c’est une contemplation incréée qui vient du ciel qui a saisi la chair sponsale de Marie et Joseph, pour qu’à travers cette unité sponsale puisse émaner, dans la chair et de manière virginale et lumineuse venant de cette lumière glorieuse venant du ciel, un enfant. Un enfant qui était déjà saisi dans son cœur par le cœur eucharistique de tous les membres vivants du corps mystique vivant de Jésus vivant, puisqu’il y avait eu la Visitation. C’est l’Eglise de la Jérusalem glorieuse qui est née dans l’étable.
Grâce à saint Luc, nous nous rapprochons un petit peu plus de ce qu’il y a dans la Nativité, troisième mystère joyeux. C’est cela la charité de saint Luc. Saint Luc est très humain, il comprend bien que nous ne pouvons pas aller directement, alors il nous rapproche petit à petit.
Tiens, oui, mais l’Ange Gabriel l’avait dit : « ne vous inquiétez pas ».
« Comment allons-nous faire pour la naissance ? » Ils n’ont même pas eu besoin de poser la question, vous comprenez ? Saint Joseph avait eu son Ange Gabriel, Marie avait eu son Ange Gabriel.
Superveniet in te Spiritus Sanctus et obumbrabit tibi totipotentia Patri : la toute puissance t’obombrera, et super- viendra de l’intérieur de toi le feu du Saint Esprit.
C’est comme cela que se réalisera la Nativité. Cette fois-ci, c’est tombé dans l’oreille de l’unité sponsale, pas seulement dans l’oreille de la Vierge. C’est cette parole qui est tombée dans l’oreille du cœur eucharistique de Jésus, qui palpite dans l’unité sponsale.
Et c’est de là que la lumière surnaturelle de la foi va pénétrer dans l’incréé de Dieu, être assimilée à la paternité de Dieu, féconde dans l’éternité du Dieu vivant qui naît.
C’est pour cela que la contemplation de ce mystère revêt une force admirable pour la rédemption et la glorification de Dieu le Père.
L’acte de foi de Marie pénètre de manière tellement pure à l’intérieur de Dieu, que Dieu peut faire ce qu’Il veut avec elle : c’est comme cela que s’est réalisé le mystère de l’Incarnation.
Cette fois-ci, l’acte surnaturel de la foi dans la communion des personnes, dans la présence sacramentelle et vivante de Jésus - Père, Fils et Saint Esprit dans la chair du Fils -, les a portés dans une pauvreté et un effacement mutuels devant ce mystère, tels que le Saint Esprit a pu saisir cette pauvreté-là et super-venir de l’intérieur de cette pauvreté pour les plonger tous les deux ensemble en Dieu, pour que, de là, la naissance ait lieu.
Fruit du mystère : la pauvreté infuse, l’effacement, l’humilité surnaturelle et divine infuse.
Jésus est né à cause de cela.
« N’ais pas peur de prendre chez toi Marie, ton épouse ». Joseph se réveille et aussitôt, ‘spadou’, il fait et réalise ce que l’Ange lui dit. C’est beau. Ce n’est pas ‘en toute hâte’, il n’a pas couru, c’est d’un seul coup, aussitôt, cela se réalise tout de suite. Et il y a eu six mois comme cela. La foi de Marie l’a intégré, elle continue d’engendrer du ciel dans la Très Sainte Trinité le Verbe de Dieu dans sa chair, comme depuis trois mois, mais cette fois-ci, Joseph le fait avec elle dans l’unité sponsale mutuelle.
Cela se contemple, cela s’incarne, cela se réincarne mystiquement, nous allons subsister corporellement dans ce mystère divin dans la méditation de ce troisième mystère.
Il y a des traditions charmantes sur Noël. Je vous lisais la dernière fois que Marie toute encore dans la gloire incréée de Dieu, avait Jésus à côté d’elle. Joseph était bien tout à l’intérieur d’elle et elle tout à l’intérieur de cette unité sponsale et glorieuse toute lumineuse. Joseph était là, l’enfant était déjà né, et elle était encore au ciel (elle était pourtant sur terre, nous sommes d’accord, parce que la foi ne nous arrache pas à la terre, elle nous enracine dans la terre).
Elle n’osait pas toucher l’enfant, alors elle a posé un suaire sur l’enfant. C’est l’Evangile d’aujourd’hui, deux jours après Noël, Evangile de saint Jean, chapitre 20, 2-8 : c’est le suaire, dans le tombeau.
Et puis, il y avait quatre langes, quatre haillons. Une fois que tout s’est reposé, elle a déposé ces quatre langes, et ensuite, elle a enveloppé, je suppose, l’enfant Jésus dans son voile, puis elle l’a laissé et déposé dans le manteau de sa moitié sponsale, pour que le voile de Joseph, à son tour, puisse envelopper l’enfant à son tour.
Cela fait bien sept, comme toujours : le premier voile, les quatre langes, le manteau de l’Immaculée et le manteau de Joseph. C’est un beau symbole.
‘Pannis involvit’, comme dit saint Luc, enveloppé de pain, ou de langes, ça dépend : si vous mettez deux ‘n’, ce sont les langes, si vous mettez un seul ‘n’, c’est du pain. Le génie de la Révélation est de prendre les mots qui font comprendre. Parce que le ‘Noun’, le ‘n’, lorsqu’il est dupliqué deux fois, appelle l’idée de la sponsalité : nous sommes deux en Un pour faire eucharistie.
Et en même temps le ‘noun’, en grec et en hébreu, exprime un prolongement, d’après ce que Jésus avait enseigné à Moïse sur le Sinaï. Le corps mystique, Jésus, se prolonge dans le pain vivant dont le Père se nourrit éternellement au ciel, l’eucharistie se prolonge dans la nourriture du pain vivant dont le Père se nourrit au ciel pour se constituer dans l’Esprit Saint, dans l’Unité.
Nous connaissons très bien les fruits des sacrements qui font que nous sommes mangeables, si je puis dire, divinement.
C’est le Sacerdoce, d’abord : Jésus est le Prêtre. Un Prêtre peut toucher.
Après ce sont les langes, « pannis involvit » : l’Eucharistie nourrit par le pain,
le Baptême nourrit par l’eau,
la Confession nourrit par le sang de Jésus,
et la Confirmation par le feu de l’amour du cœur de Jésus dans l’Esprit Saint.
Marie et Joseph, sacrement de mariage, et sacrement de l’Immaculation terminale.
Les sept sacrements sont là, avec les fruits des sacrements signifiés, pour montrer que c’est déposé dans une mangeoire d’animaux.
C’est vraiment un mystère eucharistique : le cœur eucharistique est constitué dans la Visitation, et le corps mystique de Jésus est né, déjà enveloppé du corps eucharistique du fruit des sacrements futurs.
C’est un autre détail très parlant, dans l’Evangile de saint Luc : il montre bien que l’Eglise est née ici à cause de l’unité sponsale glorifiée. Nous sommes passés vraiment à quelque chose de très fort.
C’est une des choses les plus extraordinaires du rosaire que de voir le rôle absolument capital, indispensable et nécessaire, de Joseph, dans chacun de ces mystères. Nous le voyons ici comme dans les mystères précédents : sans Joseph, il n’y a plus rien.
L’Immaculée s’efface, il l’accueille et s’efface aussi bien sûr.
Il voulait s’effacer, c’est l’Ange lui dit que c’est un effacement mutuel, mais ensemble. Il va se réaliser quelque chose de tellement beau dans ces six mois et dans cette nativité de Noël. Ils sont tous les deux extasiés ensemble devant Jésus. Voilà ce que voient les bergers.
Voilà la Haggadah.
Maintenant, la contemplation du mystère, c’est de revivre ce mystère par la foi.
Que s’est-il passé dans l’admirable perte de soi-même de Marie en Joseph, de Joseph en Marie, de Jésus en Marie et Joseph ?
Jésus est bien sûr dans la vision béatifique, donc pour réaliser la croissance de son cœur eucharistique, de son corps eucharistique, de son amour eucharistique, il faut bien qu’il traverse toute la chair de l’Immaculée, tout l’esprit de l’Immaculée qui est dans la nuit, toute l’âme de l’Immaculée qui est dans la nuit de la foi, et donc Il se met dessous, et dedans, il s’efface et se met au rythme de la foi de Marie, tout en restant dans la vision béatifique. C’est ce qui a contracté, nous l’avons vu la dernière fois, l’âme de Jésus : la divinité de son âme a été contractée à cause de son amour pour Marie, dans son unité avec elle.
Mais l’Immaculée Conception est sans aucune trace du péché originel, elle est ce cri vivant de pardon de Dieu le Fils à Dieu le Père dans la blessure du cœur. Cette communion du cœur immaculé de Marie et de la Mère de Dieu et de Dieu le Fils dans un seul cœur, va surabonder dans le cœur de Jean Baptiste pour pouvoir se communiquer : nous l’avons vu dans la Visitation.
Et nous avons vu pourquoi ce ne pouvait être que Jean Baptiste. Et ce sera toujours saint Jean Baptiste, et au ciel aussi, ce sera encore Jean Baptiste. La communication de l’amour incarné ne peut se faire qu’à travers Jean Baptiste, c’est impossible autrement, Dieu l’a voulu comme ça.
Jésus s’est mis au rythme de l’amour filial parfait, naturel, et en même temps surnaturellement recréé par la grâce. Marie, Jésus, Joseph se sont mis à ce rythme-là, et cela permet à Joseph d’envelopper et d’être le Père, d’être l’Epoux de l’Immaculée Conception, l’Epoux de la Mère de Dieu et le Père du Verbe incarné.
Cet effacement à l’intérieur de l’unité sponsale avec Joseph, va faire que la femme toute glorifiée, la Mère de Dieu, va envelopper l’homme, comme le dit le Prophète Jérémie au chapitre 32 .
L’autre jour nous étions à Fatima et nous avons vu qu’à la dernière apparition du 13 octobre, il y avait des dizaines de milliers de gens qui étaient pauvres, en haillons, c’était ténébreux, il avait plu, il y avait beaucoup de boue. Comme pour les bergers.
Les trois petits enfants disent : « regardez le soleil » (et les gens voient le soleil qui commence à tourner et qui leur tombe dessus), mais les trois ne voient pas le soleil, ils voient la Vierge. Puis la Vierge s’efface, et pendant que tout le monde est terrorisé par le soleil (je suppose que le Saint Esprit va leur dire : « n’ayez pas peur »), et c’est ce qui est extraordinaire pendant cette dernière apparition : les trois enfants voient saint Joseph glorifié, saint Joseph ressuscité qui porte Jésus dans ses bras, et qui bénit la foule. Jésus regarde saint Joseph qui bénit et Il fait comme son papa. Et saint Joseph est enveloppé par l’Immaculée Conception toute blanche, toute immaculée, avec des reflets bleus (nous ne pouvons pas décrire, de toutes façons). L’Immaculée enveloppe Joseph qui porte Jésus et ils sont Un.
L’Immaculée est toute fusionnée dans l’incréé lorsqu’elle fait son acte de foi et que la super venue du Saint Esprit la saisit dans l’instant de la Nativité. Elle est toute disparue dans Dieu le Père puisqu’ Il est le Père de Dieu le Fils, et qu’elle est la Mère de Dieu le Fils. Il n’y a plus que Dieu le Père qui opère en elle. Verbo concepiet Filium.
Puisqu’elle est dans l’unité sponsale, c’est cette paternité incréée de Dieu qui se communique à Joseph, lequel devient l’instrument glorieux de la Première Personne de la Très Sainte Trinité. Sans cela, le mystère de la Nativité n’aurait pas pu se réaliser jusque dans l’incréé, alors qu’eux sont dans le monde créé de la foi.
Ce sont des effacements : les effacements des personnes divines, les effacements des personnes assimilées à chacune des personnes divines, si bien qu’il va y avoir trois personnes,
le Fils est Lui-même en train de naître dans la chair,
l’Immaculée par sa foi est assimilée à la super-venue du Saint Esprit qui la fait s’effacer encore plus,
il n’y a plus que Joseph glorifié qui engendre un Fils dans la chair par l’unité sponsale.
Il y a quelque chose d’admirable, parce que Joseph n’est pas l’Immaculée Conception. Il est simplement ajusté substantiellement à elle, comme il est ajusté substantiellement à Dieu, et ajusté substantiellement à la Torah dans le cœur de saint Jean Baptiste. Il a été sanctifié, baptisé, lavé du péché originel depuis très très longtemps, mais il porte quand même cette blessure de la nature déchue. D’où la nécessité pour lui, dans cette unité parfaite avec la Première Personne de la Très Sainte Trinité, d’être effacé absolument : il est réduit à l’état d’instrument pur, tandis que Marie reste une cause seconde.
Petit à petit il faudra donc s’habituer, quand nous ferons la méditation du mystère du rosaire, à voir la modalité totalement différente de :
la super-venue du Saint Esprit qui nous élargit aux dimensions incréées de la Très Sainte Trinité elle-même,
l’obombration du Père, toute puissance de Dieu, qui nous emporte, nous saisit, nous faisant devenir plus petits que la moindre particule de matière du monde,
et la conception du Fils : on engendre dans le Fils l’opération de la Nativité.
C’est cela qu’il faut contempler. Il faut l’entendre, savoir que c’est cela, et attendre que le Saint Esprit nous le fasse vivre, par une super-venue du Saint Esprit, une obombration et une conception qui vient de l’éternité vivante de Dieu, en étant nous-mêmes assumés dans l’unité sponsale de Jésus, Marie et Joseph en méditant ce mystère. Et c’est ainsi que cela engendre en nous le corps spirituel de la Nativité.

Les Anges sont tous à l’intérieur de Dieu, rien d’autre que Dieu ne les intéresse, dans la vision béatifique.
Ils voient Dieu qui ‘plonge’, c’est comme si Dieu faisait un trou au ciel (le trou noir) pour descendre sur la terre, alors ils le suivent. Et du coup ils apparaissent aux bergers.
Dieu s’efface dans Jésus enfant, cela va être la nourriture de la contemplation angélique elle-même, déposée dans une mangeoire. Le Verbe de Dieu Lui-même qui est face à face avec Dieu le Père, voit dans Dieu le Père l’unité sponsale de Joseph, dans la chair, Il assume la paternité de son Principe, de sa source, dans le corps de Joseph, lequel est brûlé par son unité sponsale avec Marie, et du coup Il va naître.
Il faut voir la contemplation du Verbe de Dieu dans son Respectus vis à vis de son incarnation qui désormais passe par Joseph glorifié assimilé à Dieu le Père dans son unité sponsale avec l’Immaculée Conception.
C’est quelque chose que nous ne pouvons pas ne pas contempler, puisque nous subsistons dans le Verbe, dès que nous sommes chrétiens.
Après, nous voyons saint Jean, ou du moins l’Eglise, qui parle du mystère de Noël, qui dit : « voilà, c’est le jour de Noël ». Evangile de Jésus Christ selon saint Jean. Nous passons de saint Matthieu à saint Luc, puis de saint Luc à saint Jean. Saint Jean va dire : « dans le Principe était le Verbe ». C’est l’Eglise qui dit cela, ce n’est pas un sombre ermite sur une colline, dans son délire mystico. C’est l’Eglise sur toute la terre. Dans toutes les églises de toute la terre, le jour de Noël, il est dit : « dans le Principe était le Verbe ».
« Ce qui était dans le Principe à partir du principe, ce que nous avons entendu, contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu spirituellement et que nos mains ont touché, c’est le Verbe ». Même les bergers avaient compris cela, parce que saint Luc dit : « allons donc voir tout de suite ce Verbe, comment il s’est manifesté, ce qu’Il est devenu » , Verbum quod hoc facit.
C’est pour cela que les bergers, si rustres qu’ils fussent, ont très bien saisi cela.
Le Verbe est devenu chair : Verbum, o Logos egeneto.
L’Eglise dit que la Nativité est la contemplation de Dieu le Verbe, pour qu’Il devienne Dieu le Fils, à travers la lumière surnaturelle de notre foi. Verbo concepiet Filium.
Voilà ce que demande l’Eglise dans toutes les églises du monde, dans toutes les cultures, toutes les civilisations, quelque soit le degré intellectuel. C’est le Dieu vivant que je contemple, et le contemplant, je vois qu’Il est vivant et du coup Il devient le Fils dans ma foi, parce que je suis uni à son Principe éternel. Et c’est de l’éternité que je vois que Dieu est vivant. Alors je participe à la Nativité, le Verbe devient chair et Il est déposé dans la mangeoire.
Le mystère de la Nativité est la contemplation à l’état pur, dans la chair. La base est la chair. La naissance de Jésus ne s’est pas réalisée dans une cause efficiente. Pour la Nativité, à Noël, il n’y a pas eu de cause efficiente.
C’est ce que dit saint Jean : « dans le Principe, le Verbe ».
C’est ce que dit saint Augustin : « Primus concepit et nacit in mente quam in carne ».
C’est une cause lumineuse, incréée et non pas créée. C’est ce que nous disons dans le credo :
« lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé ».
Cette cause lumineuse incréée produit la Nativité de Jésus dans la chair. C’est donc cette même cause lumineuse qui doit produire la Nativité de nous-mêmes dans la chair, comme membres vivants de Jésus vivant.
C’est par la vie contemplative et par la lumière surnaturelle de la foi dans l’effacement et la joie d’avoir des pauvretés. Parce que grâce à ces pauvretés, il est beaucoup plus facile de s’anéantir dans l’effacement absolu. Nous avons enfin une pauvreté à offrir. C’est pourquoi les gens qui fuient la souffrance sont véritablement plus stupides que des porcs.
C’est un mystère de lumière éternelle incarnée. Voilà pour la cause.
Il y a une assomption de ce qu’il y a de plus parfait dans l’unité sponsale immaculée entre Marie et la justice de grâce par excellence dans le cœur eucharistique de Jésus sous la pression fulgurante de l’opération du Saint Esprit qui super-vient dans leur unité de chair, de sang, d’âme, d’esprit dans la lumière surnaturelle de l’élan de leur foi commune. Cette super-venue les fait être encore plus effacés, et du coup se réalise dans leur unité commune, dans la crèche, ce regard extraordinaire : ils sont assumés. Et c’est ce qui est vraiment extraordinaire dans le mystère de la Nativité et pour la première fois : nous voyons l’assomption de la dimension sponsale incarnée de Joseph qui est assumé. Nous avons donc la source de la résurrection de Joseph qui est là. C’est pour cela que je n’hésite pas à dire que Joseph est ressuscité d’entre les morts. C’est impossible autrement. Il a été assumé. Il n’a pas eu besoin d’attendre la fin du monde.
Du coup, à force de contempler cela, nous allons comprendre que le fruit du mystère est l’effacement, l’esprit de pauvreté, l’humilité infuse. Il n’y a plus que Dieu qui compte pour nous. C’est le mystère de la Nativité.
Deux choses comptent pour moi : Dieu, et être plus pauvre encore, plus souffrant encore, plus écrasé encore. Ecrasé, on s’en fiche parce qu’on ne se regarde même plus. Ecrasé ou pas écrasé, qu’est-ce que ça peut faire ?
C’est plus que de l’acceptation, plus que de l’abandon surnaturel, c’est de l’humilité infuse, cet effacement.
Et du coup nous rentrons dans l’engendrement amoureux du Fils de l’intérieur de la Très Sainte Trinité, de l’intérieur de l’incréé. Vous voyez la différence avec la Visitation-Incarnation, qui était l’engendrement lumineux du Fils.
Une fois que nous sommes rentrés dans l’abîme surnaturel et éternel de chacun des mystères du rosaire, nous revenons et passant au mystère suivant, cet abîme paraît minuscule à côté de l’abîme immense et sans limite qui s’ouvre dans le mystère suivant. C’est cela les mystères du rosaire, et c’est cela la vie contemplative. C’est pour cela que je trouve bizarre que des gens qui sont contemplatifs, qui ont une vocation de vie contemplative, disent : « oh, le rosaire, vous comprenez, ce n’est pas contemplatif , c’est de la dévotion ». Quoi ?
Pour eux, la contemplation, c’est faire le vide. Rien, nada, c’est tout, rien d’autre.
Le Nada de saint Jean de la croix, en réalité, c’est l’effacement contenu dans la disposition et dans le fruit du mystère. Dans ce « nada », tu fais le plein du mystère.
Il faut faire attention de ne pas humaniser la vie contemplative.
C’est dans l’incréé que nous sommes : la lumière surnaturelle de la foi nous fait pénétrer à l’intérieur de l’intimité source d’une Personne divine avant la création du monde dont nous sommes sortis ; tandis que si nous voulons faire le vide, nous restons dans le « tout », dans l’enveloppant de l’univers. Mais dès que nous quittons l’enveloppant de l’univers pour rentrer à l’intérieur de l’intimité vivante lumineuse d’une des trois Personnes de la Très Sainte Trinité ( et du coup en contact avec l’intimité des deux autres ) alors nous faisons le plein de Dieu. Alors nada, oui : pour ce qui est de l’enveloppant.
Mais il faut faire le plein de Dieu, et pour cela il faut la lumière surnaturelle de la foi.
Mais il ne faut pas dire que le rosaire est pour les imbéciles qui ne sont pas contemplatifs. Je crois que non.
Il est fait pour les pauvres qui sont appelés à la vie contemplative infuse, à la participation à la vie contemplative dans la subsistance dans le Verbe de Dieu, et il faut même dire beaucoup plus, dans la subsistance dans le sein du Père.
A ce moment-là nous allons subsister dans le Père, et c’est ce qui s’est passé avec saint Joseph.
C’est ça, le propre du mystère de la Nativité : cette apparition de l’unité sponsale et donc de l’assomption dans l’unité sponsale du Père de Jésus. Il est devenu ainsi le Père de Dieu.
Marie est médiatrice, nous sommes d’accord : il a vraiment épousé cette lumière surnaturelle de la foi immaculée de Marie, et il s’est laissé emporter avec Marie, dans cette lumière surnaturelle de la foi.
La foi est une relation, une lumière qui nous emporte.
Je fais l’acte de foi, et je suis emporté par mon acte de foi à l’intérieur de Dieu, dans l’intimité vivante de Dieu, la lumière vivante et explicite de Dieu. La flèche aboutit dans Dieu. L’objet de la foi est Dieu.
La lumière surnaturelle de la foi saisit mon intelligence, engloutit l’intellect agent et me met surnaturellement à la disposition de ce que Dieu veut pour que je sois à l’intérieur de sa vie divine intime non créé et éternelle, avant, pendant et après la création du monde, tout assumé.
La lumière surnaturelle de la foi en Joseph, uni à celle de Marie et celle de leur unité sponsale commune dans l’amour unie à celle de tout le corps mystique vivant de toute la création, pénètrent ensemble à l’intérieur de l’intimité incréée vivante de Dieu et elles engendrent à l’intérieur de Dieu un regard de Dieu sur cette lumière surnaturelle et divine qui se trouve être intégrée à Son intimité propre ; et du coup Dieu regarde la lumière surnaturelle de la foi en l’admirant, ce qui produit la réalisation du mystère dans le temps.
L’acte de foi est divin par son fruit.


Lecture du Prologue de l’Evangile de Jésus Christ selon saint Jean, 1, 1-18.