PREDICATION

Nous méditons aujourd’hui le troisième mystère lumineux, le huitième mystère du Rosaire,

Le mystère de la Prédication de Jésus

Comme tous les mystères que nous avons à creuser, à méditer, dans lesquels nous devons nous engloutir pour que Dieu surgisse, de l’intérieur de nous, de manière libre ( qu’il n’y ait rien en nous qui empêche Dieu de s’exprimer, d’être libre au dedans de nous ), ce mystère a quelque chose de merveilleux, d’extraordinaire :
D’ailleurs nous appelons ce mystère le mystère de l’Evangile, de la proclamation de l’Evangile : la proclamation de la Bonne Nouvelle, ces trois ans dans lesquels Jésus a manifesté la lumière…
Le Royaume de Dieu s’est approché.
Il a annoncé la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu : la Haggadah.
La Haggadah du Messie a commencé à s’exprimer.
Ce que nous allons essayer de faire, comme toujours, c’est de voir comment nous allons rentrer dans ce mystère-là pour que cela nous fasse quand même quelque chose. Parce que la Parole de Dieu réalise quelque chose, la Parole de Dieu n’est pas comme une parole humaine : la Parole de Dieu est une Parole qui change tout. S’Il dit au sourd-muet ‘‘Ephata’’, l’oreille s’ouvre et la langue se délie. Telle estt la différence entre la Parole de Jésus et la parole humaine qui s’est séparée de la grâce du Messie et de cette liberté vivante de Dieu le Père à l’intérieur de l’âme. Le péché originel a fait qu’effectivement il y a une séparation.
Mais Jésus, lui, après les noces de Cana, nous le voyons librement commencer à opérer des Paroles où la puissance de la Lumière réalise ce qu’elles signifient.
Cela a dû être d’ailleurs très émouvant de voir cela en Israël, cela a dû être très beau.
Dans tous les mystères du Rosaire, il faut toujours commencer par essayer de se représenter , de s’imaginer, d’être là :
D’un seul coup, après les noces de Cana, Jésus est parti. Il était déjà avec les disciples ; ils sont tout de suite parti à Capharnaüm, la ville de Simon Pierre, le premier Pape ; puis il a commencé à circuler, à marcher partout, partout, partout ; Il a fait une vingtaine de kilomètres par jour pendant trois ans ( si vous calculez bien, cela doit faire quelque chose comme vingt mille kilomètres ) ; Il avait ses disciples à côté de lui, et il passait, il passait, et il marchait, il marchait, le Basiléou, le Roi d’Israël ; Il a marché, il a couru :
‘‘Qu’ils sont beaux, sur toutes les montagnes, les pieds de Celui qui annonce la Bonne Nouvelle, la Haggadah’’.
Il passait partout, et aussitôt les gens le reconnaissaient, l’attendaient. Il a circulé à droite, à gauche, revenait, repartait, revenait. Quelquefois ils étaient soixante-dix autour de lui, quelquefois ils étaient deux cents autour de lui, c’était une communauté qui marchait ; quelquefois ils étaient deux mille, cinq mille, vingt mille ; ils avançaient ensemble : on n’avait jamais vu cela.
Et il multipliait les pains, marchait sur les eaux, traversait le lac.
Dès qu’il s’arrêtait dans une maison, les gens se pressaient à la porte, se pressaient autour de la maison.
Je ne sais pas si vous voyez le spectacle : Il passait dans tous les villages, dans toutes les cités d’Israël. Tous les enfants d’Israël qui depuis environ mille sept cents ans attendaient le Messie, le voyaient passer chez eux : il allait venir, il était passé, ils l’avaient touché, ils avaient été guéris, il ressuscitait des morts.
Vraiment, cela a dû être quelque chose d’extraordinaire, surtout pour des Juifs qui avaient été travaillés pendant des générations par le désir du Messie. Il était là, mais ils ne maîtrisaient pas bien la situation, ils ne savaient pas très bien ce qu’Il faisait, comment Il le faisait, comment Il allait faire, ce qui allait se présenter. Mais cela a été extraordinaire, l’allégresse, la joie, le désir surtout que Jésus arrive.
D’où est-ce venu ? C’est venu de Marie aux noces de Cana. Aux noces de Cana, Marie s’est laissée complètement assumer par Jésus, c’est ce que nous avions vu dans le deuxième mystère lumineux. L’Immaculée s’est laissée complètement assumer par le Verbe, par le Dieu vivant, dans le cœur de Jésus.
Dans le premier mystère, Dieu le Père a déchiré le ciel et Il a donné son fils.
Et Marie, aux noces de Cana, a donné son Fils, elle ne l’a plus gardé pour elle, elle s’est laissée assumer, elle n’était plus la mère, elle est devenue l’unité, la communion sponsale, l’amour humain à l’état pur avec Jésus. De sorte que l’amour de Dieu le Père et le don de Dieu le Fils, le Dieu vivant (premier mystère lumineux), et l’amour nuptial, l’amour de l’homme et de la femme retrouvé jusqu’à la racine de l’Immaculée Conception et de l’Incarnation du Messie en une seule assomption, tout cela est assumé ; et tout le désir de Marie comme femme est assumé par Dieu, par Jésus, à l’intérieur de sa divinité.
Et alors, Il va réincarner sa présence dans la chair humaine ( dans son humanité messianique ) Il va réincarner les heures qui vont suivre dans le désir de l’Immaculée Conception.
C’est vraiment la foi de Marie qui est l’origine du troisième mystère lumineux. Ce changement soudain dans la vie de Jésus sur la terre, vient de la nouvelle manière dont Marie s’est laissée entièrement assumer en confessant qu’elle était entièrement assumée par Jésus dans le Verbe éternel de Dieu. Elle a confessé cela dans le silence : elle n’avait plus rien à dire…
Elle avait seulement dit aux serviteurs : ‘‘O ti àn legeï umin, poiesatè : tout ce qu’Il vous dira, faites-le !’’.
Le Pape, quand il présente le troisième mystère lumineux, dit que c’est le fond de ce mystère : ‘‘Tout ce qu’Il vous dira, poiesatè ! ( faites-le ! )’’.
Le désir de Marie : que ce soit tous les disciples de Jésus, les frères de Jésus, ceux qui aiment Jésus, ceux qui adhèrent à Jésus dans sa grâce profonde, que ce soit eux qui fassent ce que Jésus, dans son Verbe intérieur, proclame. C’est ce que nous avions vu dans le deuxième mystère lumineux.
Du coup les serviteurs ont fait ce que Jésus a dit. Alors à ce moment-là le vin nouveau est arrivé, Marie s’est laissée entièrement assumer, et tous les désirs de l’Immaculée Conception ont été pris par Jésus. Pour faire tous ses actes et tous ses choix pour les trois ans qui venaient, Il a assumé tous les désirs profonds de l’Immaculée Conception, dans son Immaculée Conception.
Le Pape dit que ce troisième mystère lumineux est un mystère très fort, parce qu’il revient à dire qu’une vie nouvelle apparaît, qui est une vie de confession, qui est une vie d’absolution, qui est une vie de pardon : le Messie vient absoudre le mal.
L’Immaculée Conception est déjà l’Absolution en personne.
Marie est l’Immaculée Conception en personne, vous le savez bien. L’Immaculée Conception, l’absolution créée, c’est Marie. Elle a commencé, elle a été créée, comme une absolution divine : c’est ce que nous appelons l’Immaculée Conception.
Le désir de Marie, c’est que les disciples de Jésus fassent tout ce que le pardon de Jésus va opérer : que ce soit eux qui le fassent : ‘‘Tout ce qu’Il vous dira, faites-le’’.
C’est ce que dit le Pape : le troisième mystère lumineux est lié à cette grâce, à ce fruit du mystère de confession, à ce fruit du mystère de l’absolution. Jésus vient laver, vient sauver, vient recréer un monde nouveau. Et il le fait de cette manière : Il est avec les apôtres, Il est avec les disciples. Et Il court partout, et les gens sont guéris, les aveugles, les boiteux, les fatigués, les cœurs complètement désespérés comme la Samaritaine qui retrouve une force d’amour pas possible, les personnes complètement paralysées qui bondissent sur les collines, les aveugles…
Toutes ces merveilles restent extérieures mais elles correspondent bien entendu à une annonce que Jésus fait : ‘‘le Royaume de Dieu apparaît, il est en train de s’approcher de vous, la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu est proclamée’’, c’est le troisième mystère lumineux. La Lumière est venue resplendir dans les ténèbres, et à partir des noces de Cana, dès lors que s’ouvre le troisième mystère lumineux, les ténèbres ne peuvent plus l’arrêter.
Comme Jésus a assumé Marie dans sa chair, il est normal qu’il commence par l’absolution dans la chair : ce sont les conséquences du péché dans la chair, les maladies, la mort, qui sont les premières à bénéficier de cette Proclamation, de cette Parole efficace.
Quand nous méditons chacun des mystères, nous essayons dans un premier temps de faire mémoire, de revivre presque physiquement (spirituellement en fait ), de revivre nous aussi ce que Jésus a vécu et comment l’Immaculée au dedans de lui le vivait aussi, en lisant, justement, les Evangiles. Le troisième mystère lumineux, c’est les Evangiles, qui nous disent essentiellement ce que Jésus a fait, comment Il l’a fait : Il a proclamé le Royaume de Dieu, et Il l’a fait de cette manière-là.
Qu’est-ce que le Royaume de Dieu ? Le huitième mystère est le mystère du Messie. Nous savons que le Heth, la huitième lettre hébraïque, désigne le Messie, l’onction messianique lumineuse qui nous touche, qui nous recrée, qui fait qu’il y a quelque chose de nouveau en nous : nous ne sommes plus de la même nature qu’avant. Nous ne sommes plus de la même texture qu’avant… par la grâce messianique : par la grâce sanctifiante.
Saint Jean nous dit qu’au départ, quand Jésus annonce la Bonne Nouvelle, aussitôt après les noces de Cana, il va dans la maison, dans le village, dans la cité de Simon, le principal de ses disciples, le premier Pape. Capharnaüm [ hebreu : Kapar-Nahum ] veut dire le pardon de Dieu dans la compassion universelle. Or, c’est la maison de Pierre, la maison du premier Pape. Jésus y alla avec Marie, avec ses frères, avec ses disciples, peu de jours.
Aussitôt après, nous le voyons partir à Jérusalem directement : Il fixe son front sur Jérusalem ; c’est comme cela que commence le troisième mystère lumineux : à ce moment-là, d’après l’Evangile de saint Jean, Il entra dans le temple de Jérusalem et Jésus le Messie se met en colère : Il devient brutal. Il se met en colère parce qu’il peut enfin exprimer ce qui le blesse le plus. Il est blessé à mort en ce que ceux à qui il a donné la grâce depuis des siècles et des siècles ont fait du temple : de ‘‘la Maison de mon Père’’, un repère de brigands, et Il chasse les vendeurs du temple ! Il ne supporte pas que l’on touche à son Père, que l’on touche à la maison où demeure son Père. Les Juifs, les Pharisiens, les Hokmei Ha Talmud et les Peroushim, ne le faisaient pas méchamment : ils s’étaient habitués à ne pas respecter le lieu où le Père demeure.
Est-ce que c’était un péché ? Je ne voudrais pas revenir ici sur la question du péché : je ne sais pas, je n’en sais rien, mais en tous cas Jésus est blessé par cela. Quand quelqu’un se met en colère, il dévoile à ce moment-là là où il est le plus fragile. Or c’est le seul moment où Jésus se mette en colère. Derrière, il y a quelque chose que peut-être le Bon Dieu nous aidera à exprimer : la présence de Joseph. Peut-être aurons-nous le temps de revenir là-dessus tout à l’heure. Pour l’instant, nous lisons l’Evangile :
Aussitôt après avoir chassé les vendeurs du Temple, il revient vers Capharnaüm, passe par Samarie et guérit la Samaritaine qui avait sombré en son cœur de femme dans le désespoir : elle était désespérée, avait essayé un mari, puis un deuxième, un troisième, un quatrième, un cinquième, enfin sa vie affective était un échec, elle était détruite ( ce n’est pas bon de faire des essais, remarquez bien, l’Immaculée Conception n’a fait aucun essai, c’est pour cela que tout lui a réussi dans l’amour nuptial : on ne fait pas d’essai dans l’amour ! ) Et Jésus la remet dans la maison de Dieu le Père pour lui apprendre l’adoration en esprit et en vérité, et elle devient libre ; Il lui donne les eaux profondes de la grâce où elle n’aura plus jamais soif.
Et après, tout de suite, il guérit l’homme qui était complètement anéanti, qui ne pouvait même pas se bouger pour guérir.
Puis l’enfant.
Et Il continue sa course, et il part avec les disciples, il va partout :
‘‘Il marche partout, le Roi d’Israël, le Roi Messie’’(saint Matthieu)
En hébreu, le Roi se dit Melech : Adonaï Elohenou, le Seigneur est notre Dieu, Yeshwah Melech, Jésus est notre Roi, Jésus est Roi, le Messie est roi, Yeshwah Meshiheinou, Jésus est mon Messie, Yeshwah Melech, Jésus est mon Roi. Et en grec, l’Evangile de saint Luc dit Basileus. Et le Royaume de Dieu est Basiléia tou Théou. Ce sont des mots très forts : la racine des mots Royaume de Dieu et Roi Messie ( Basiléus ) se trouve dans basis ( qui ne veut pas dire base, fondement, contrairement à ce que nous pourrions croire, mais :) le pied qui marche : le Roi est celui qui fait tout remarcher. Il court partout, il remet tout en route…
Et il pardonne les péchés.
C’est ce que dit le Pape : Il vient pour pardonner le péché et donc laver les conséquences des fautes, arracher le mal, guérir les maladies, absoudre, réconcilier, pardonner, donner la grâce, prendre le péché partout où il se trouve, et rentrer dans le noyau du péché pour le transformer en Porte du ciel …
Du centre du péché, Il vient faire jaillir la grâce.
Chacun d’entre nous, nous avons des péchés. Nous n’en avons peut-être pas beaucoup, mais nous en avons quelques uns : au moins le péché originel ; et on ne se débarrasse pas facilement du péché originel, vous savez. Et nous avons nos fautes personnelles : tout ce qui est contraire aux commandements, aux invitations de Dieu le Père. Il en résulte que nous sommes spirituellement anémiés : notre vie contemplative n’est pas libre, notre âme n’est pas libre, notre vie intérieure n’est pas libre ( et en plus elle n’est plus divine du tout !). Notre image ressemblance de Dieu ne ressuscite pas dans des torrents intarissables de grâce et de vie divine intérieure. C’est le péché qui fait cela. Alors Jésus s’introduit dans chacun de ces péchés, il va dans le noyau, dans le centre du péché, et transforme le centre du péché en source de grâce chrétienne, en source messianique, en porte d’entrée dans le sein de Dieu le Père, dans le Royaume de Dieu.
Nous passons du deuxième mystère lumineux que nous avons vu vendredi dernier (la Sainte Famille et la sponsalité, l’union nuptiale de l’époux et de l’épouse entièrement assumée pour la production de la Toute Puissance de Dieu dans le vin nouveau : second mystère lumineux) au troisième mystère lumineux où le désir de Marie est que l’amour se répande, que les enfants de Dieu le Père se révèlent, que l’absolution dont elle est elle-même l’incarnation et la virginale épousée soit féconde, qu’elle se produise elle-même. Et c’est cela que Jésus assume : le désir de l’Immaculée Conception de voir cette Immaculée Conception soit féconde et donne la vie.
Nous passons donc de la sponsalité à la maternité, ou si vous préférez, de l’amour à la vie. L’amour est le vin des noces de Cana, et la vie divine est la grâce. Jésus devient le Père de la vie divine. Et les disciples ne seront plus serviteurs, grâce à un nouvel acte de foi de Marie dans ce troisième mystère lumineux : ils vont devenir des disciples, des agapetoï.
Vous voyez, dans le premier mystère, Dieu le Père avait révélé : ‘‘Celui qui est l’Aimé absolument, c’est mon Fils, le Dieu vivant, Il est là, écoutez-Le’’. A Cana, Jésus dit à Marie qu’elle est sa bien-aimée mais que son heure à lui n’est pas encore venue, et qu’il n’y a aucune distance entre eux : elle est la bien-aimée. Et, troisième mystère : les disciples, les bien-aimés de Jésus sont fécondés, ils ne sont plus serviteurs, ils sont des agapetoï, des bien-aimés comme Marie, ils deviennent des absous, ils deviennent immaculés, ils deviennent plénitude de grâce, ils deviennent surabondance de vie divine, ils deviennent incarnation de la vie divine dans une chair humaine, ils deviennent des présences du temple qui n’est pas le lieu des voleurs et des brigands, ils deviennent la coupe de l’Epoux de l’Immaculée Conception.
Il faut voir comment saint Jean dit cela. Et saint Luc aussi. Saint Jean et saint Luc sont les mieux placés pour les mystères du Rosaire parce qu’ils sont les deux qui ont puisé dans l’Immaculée Conception, dans la Mère de Dieu, après la Résurrection et la Pentecôte, toute la Haggadah qu’ils ont écrite. Jean et Luc.
Saint Luc, au chapitre 6, parle pour la première fois du Royaume de Dieu (il en parle environ une vingtaine de fois dans son Evangile, je crois), ce Royaume de Dieu qui commence à s’inscrire sur la terre grâce à une fécondité mariale du Messie rédempteur. Au fur et à mesure qu’il va écrire l’Evangile, il va montrer ce que c’est que la proclamation de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, ce que c’est que ce troisième mystère lumineux, au fond : un mystère de grâce. Nous passons de la Sainte Famille qui domine jusqu’au mystère de Cana, à la Cité du Dieu vivant : une nouvelle Sainte Famille se multiplie, et cela devient une cité, la Cité de Dieu, le Royaume de Dieu. Saint Luc montre bien cela, et ce sera repris très fort par saint Augustin. Une nouvelle race humaine est constituée et créée par Dieu, et dans l’Evangile, la Haggadah, l’Esprit Saint montre bien comment elle commence à venir et à s’approcher. C’est quand même assez extraordinaire d’essayer de se mettre dans les débuts torrentiels de cette proclamation et de cette apparition du Royaume de Dieu, et de comprendre surtout, de l’intérieur, ce que c’est que le Royaume de Dieu. Saint Luc aide beaucoup à cela.
Au chapitre 6 de son Evangile, saint Luc parle donc pour la première fois du Royaume de Dieu sur le Mont des Béatitudes : ‘‘Bienheureux les pauvres en esprit, le Royaume de Dieu est pour eux’’. ‘‘Bienheureux les pauvres’’ : ceux ont une humilité vivante ( je ne sais pas si tu vois cela : qu’il est beau de rencontrer quelqu’un comme cela). Jésus était comme cela : Il était une humilité vivante, l’Immaculée aussi.
‘‘Bienheureux les pauvres en esprit, le Royaume de Dieu est pour eux’’.
Chapitre 7 . Jean Baptiste vient de mourir ; saint Luc explique : Jean Baptiste est le plus grand de tous les enfants des hommes, mais le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui. Nous passons vraiment à quelque chose de tout à fait nouveau. Jean Baptiste a révélé la divinité et donné le Rédempteur au monde, il ne faut pas l’oublier, mais il y a plus grand que lui : ‘‘le plus petit dans le Royaume de Dieu’’, le plus humble, celui qui est l’humilité vivante presque incarnée… ( à mon avis : c’est l’époux de l’Immaculée Conception, saint Joseph !. saint Joseph, coupe qui contient toute la vie divine donnée par Dieu le Père. Son humilité et son effacement ont été tellement forts qu’il en est mort. Son humilité a été tellement intense qu’il en est mort. Sa pauvreté a été tellement substantielle qu’il en est mort ). Et Jésus porte cela avec l’Immaculée pour inaugurer le Royaume.
Ensuite, quand saint Luc va parler du Basileia tou Théou, Il va dire que le Royaume de Dieu n’est pas un retour à la santé, un retour à la vie humaine du Paradis originel perdu ; attention : ‘‘celui qui a mis la main à la charrue et regarde en arrière, est impropre pour le Royaume de Dieu’’ ( Luc 9 ). Nous n’allons pas nous remettre entièrement entre les mains de Dieu pour pouvoir être mieux dans notre peau, pour pouvoir être plus à l’aise dans la Lumière, pour pouvoir être guéri de nos nœuds, de nos fissures, de nos aveuglements ! Si nous le sommes, tant mieux, mais telle n’est pas la raison véritable. Nous ne revenons pas en arrière. Le Royaume de Dieu est tout entier dans l’instant présent, et cela à partir du péché ( c’est une question d’absolution ) : nous ne pouvons pas revenir en arrière comme s’il n’y avait pas eu de faute, comme s’il n’y avait pas eu de ténèbres, comme s’il n’y avait pas de mal, comme s’il n’y avait pas de pardon à recevoir et de pardon à donner, comme s’il n’y avait pas de miséricorde à communiquer partout. Non, le Royaume de Dieu doit grandir et s’accomplir, il est dans une espèce d’élan vers l’avenir dans l’instant présent, et en vivant de l’accomplissement du Royaume de Dieu dès cet instant présent, nous allons vers l’avenir du Royaume de Dieu accompli.
Le fils de l’Homme fixe son front vers Jérusalem : en avant ; c’est saint Luc tout craché. A partir de ce moment-là, aussitôt qu’il a dit cela ( verset suivant ) Jésus choisit ses soixante-douze disciples et il les envoie deux par deux ; deux par deux puisqu’ils sont déjà deux en Lui pour produire cette nouvelle cité vivante. Tous ces nouveaux agapetoï sont deux eux aussi : la Sainte Famille est là ; ils sont deux, et il les envoie deux par deux, Il les assume en cette unité qu’Il fait procéder de Marie.
De même qu’il a assumé l’Immaculée Conception pour le vin nouveau des noces de Cana, de même maintenant Il va assumer cette adhésion d’amour dans la Lumière du Messie qu’ils vont faire vivre dans les disciples. Et il va les envoyer deux par deux pour chasser les démons, guérir les malades en son Nom. C’est quand même assez incroyable : non seulement Jésus circule partout, mais maintenant il a soixante-douze disciples (plus douze apôtres) qui vont deux par deux. Je ne sais pas si tu vois, en Israël, c’était la folie ! La Palestine, était en révolution dans la Lumière. La DST de l’époque est tout de suite venue expliquer à Hérode : ‘‘c’est vraiment incroyable, il n’y a pas un mort, pas une rixe, rien, c’est fou’’. Et cela a duré trois ans, sans arrêt ( il y a de quoi traumatiser les gardiens de la paix : ‘‘tiens, la paix ne vient pas de nous, ce n’est pas par la peur du gendarme, ce n’est pas par la peur du roi, des soldats’’. Non, c’est le pardon qui donne la paix). Nous voyons bien qu’Hérode et Ponce Pilate n’ont pas peur du tout, mais ils sont vraiment étonnés. Tout Israël est surpris :
Le Royaume de Dieu se fait voir, s’approche.
Jésus choisit à ses disciples et leur dit : ‘‘allez partout et proclamez, annoncez la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, et quand vous rentrez dans une maison, dites : le Royaume de Dieu s’approche de vous’’ [ Si vous lisez dans la traduction : ‘‘le Royaume de Dieu est tout proche de vous’’, c’est une très mauvaise traduction du verbe egizzo, approcher ] : le Royaume de Dieu vient vous visiter et s’approche de vous. ‘‘Et si vous rentrez dans une cité, dans un village, dans une maison, si vous rentrez dans le cœur de quelqu’un, et que vous annoncez le Royaume de la grâce divine, si l’on ne vous reçoit pas, alors secouez la poussière de vos pieds, [ Basi-léou ], et dites-leur en partant : le Royaume de Dieu s’est approché de vous. Et vous les quittez.’’ Et donc, sous-entendu, le Royaume de Dieu va s’éloigner. Il dit tout cela au chapitres 10
Chapitre 11… Pourquoi y a-t-il des gens qui ne reçoivent pas le Royaume de Dieu ? C’est parce que le Royaume de Dieu est un Royaume de prière à l’intérieur de Dieu le Père ; parce que c’est le Père qui en eux fait que l’accueil du Royaume de Dieu se fera. Alors Jésus enseigne le Notre Père.
Tiati melekoutka, en hébreu : qu’Il vienne vite, Ton Royaume (la traduction en français est : que ton règne arrive) ; qu’Il vienne !
Tel doit être le désir ardent que vienne le Royaume : « que le Royaume s’approche et qu’Il vienne » ! Jésus explique par là que dès que nous sommes liés à Dieu le Père par la prière, c’est le désir de l’Immaculée Conception qui va s’exprimer : que vienne vite la Cité du Dieu vivant, le Royaume du pardon, l’absolution individuelle et générale, le pardon partout, la miséricorde partout, le rétablissement en toutes choses partout, dans le corps, dans l’âme, dans l’esprit, dans la grâce et dans les cieux.
A partir du moment où Jésus dit cela, il va expliquer au monde entier et aux foules, sous forme de paraboles, ce qu’est le Royaume de Dieu ( chapitres 12 à 15 ) : ‘‘vous savez, le basiléia tou théou est quelque chose de très caché, de tout petit ; un grain de sénevé, la plus petite des plantes potagères, plantez-la et elle deviendra un arbre immense. Le semeur est sorti pour semer, le grain va mourir mais va donner du fruit en son temps. Le Royaume de Dieu est comme du levain dans la pâte. Vous les disciples, vous qui recevez la lumière surnaturelle de la foi que vous partagez avec l’Immaculée Conception, vous qui vivez dans le Nom du Messie, à l’intérieur du cœur de Jésus, il faut que vous fassiez tout ce qu’il vous dit : « poiesatè, faites-le ! » ; réalisez le pardon, actualisez l’absolution, rentrez dans la réconciliation, recevez le pardon et donnez-le.’’ Marie a reçu le pardon, elle est Immaculée Conception, et elle est livrée avec le messie à profusion : voilà le troisième mystère. C’est la lumière qui éclaire tout, c’est le troisième mystère lumineux. C’est la lumière qui éclaire tout, qui véritablement fait que les disciples eux-mêmes chassent les démons.
Des paraboles de la petitesse : devenir tout petit comme le Royaume de Dieu, lui-même tout petit à l’intérieur de la paternité de Dieu cachée qui reste là, toute petite, mais que Jésus fait revivre, va féconder, faire surabonder, et de plus en plus… En nous tous ensemble : en un seul corps vivant messianique, dans une cité vivante messianique. Et Jésus va expliquer ensuite aux apôtres en particulier la signification des paraboles sur le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu est vraiment quelque chose qui pousse, qui doit grandir, sur lequel nous devons travailler : « poiesatè ! Travaillez aux œuvres de Dieu !».
Il faut y travailler, à ce mystère de confession, mystère où nous confessons que Jésus est le Sauveur du monde, que Jésus est le Créateur du monde, que Jésus est l’origine d’une vie humaine, d’un corps nouveau, et d’une race nouvelle. La race humaine, si elle est enracinée dans l’absolution, n’est plus la même race qu’avant : c’est une autre race. Le Royaume de Dieu appartient à une autre ethnos, une autre ethnie, une ethnie nouvelle [« le royaume de Dieu vous sera enlevé, et sera donné à une ethnos qui en rendra les fruits », Mt 21, 43]. Je ne sais pas si vous voyez cela…(comment expliquer cela aux ethnologues ?) c’est vraiment extraordinaire, vraiment.
Mais il faut aussi que nous y travaillions avec une force terrible, que nous nous dépassions, que la petite graine qui est dans la terre se dépasse elle-même pour produire cet arbre immense ; il faut que ce grain tombé en terre se dépasse au-delà de la mort, qu’il aille plus loin même que la mort pour produire des champs de blé gigantesques et se multiplier. Il faut tout cela. Il faut que les disciples se dépassent tout le temps eux-mêmes dans la présence déjà actuelle en germe, la nouvelle naissance du Royaume de Dieu, la nouvelle naissance de la grâce. Aussitôt après Capharnaüm et Jérusalem où Jésus avait chassé les vendeurs du temple [ tout à l’heure, nous ne l’avions pas noté ], tout de suite après, Il a fait miséricorde à Nicodème en lui expliquant : ‘‘attendez donc ! Tout part de la grâce : la vie divine qui jaillit du Père ; le Père fait jaillir la vie intime et divine de Dieu’’. Jésus explique cela tout de suite après les vendeurs chassés du Temple et avant d’aller guérir la Samaritaine : le Royaume de Dieu est ce fait qu’une vie divine apparaît, toute nouvelle, fabriquée avec une lumière vivante.. La grâce, cette lumière vivante vient de Dieu le Père et elle passe par le Messie. Le troisième mystère lumineux fait que Jésus devient père de la grâce : la fécondité apparaît.
Ce n’est pas la même chose que la sponsalité (mystère des noces de Cana). Jésus devient le Père de la vie divine, et la lumière se répand. Et il demande qu’il y ait ce dépassement dans la grâce, c’est une vie divine qui vient de Dieu et qui doit se dépasser tout le temps elle-même par la foi, comme l’Immaculée Conception ; et donc c’est pour cela que Jésus va dire, après les paraboles, chapitre 16 : ‘‘voilà, le Royaume de Dieu s’obtient par violence, c’est par violence qu’on s’en empare » ; ce n’est pas pour les mollusques, ce n’est pas pour les mous, ce n’est pas pour les endormis, c’est pour ceux qui sont debout’’. Le Royaume de Dieu nous met debout et nous permet de nous dépasser nous-même pour qu’il y ait cette communication. Le Royaume de Dieu doit se communiquer, il doit être prêché, il doit être manifesté, il doit être proclamé.
Ce ne devait pas être facile d’être des disciples de Jésus, parce qu’il fallait se dépasser tout le temps. Et nous, nous ne dépassons pas tout le temps sur le plan spirituel, nous n’avons pas l’habitude de nous dépasser tout le temps. Mais avec la grâce ! Quand nous avons l’habitude, nous voyons qu’avec elle, il nous faut tout le temps nous dépasser, et nous aimons bien cela, nous trouvons cela génial. Ceux qui sont dans l’esprit du monde aiment être en sécurité, tranquilles, et…. ‘‘touche pas à mon pote’’ : ce sont des gens morts ! Tandis que le chrétien, celui qui a la grâce chrétienne, celui qui a reçu l’absolution et du coup fait surabonder la vie divine et du coup la vie humaine toute remplie de grâce, d’amour, de pardon, de lumière infaillible jusqu’à la fin du monde et jusque dans le sein de Dieu le Père dans la résurrection, lui, il se dépasse tout le temps ; obligé ! parce que s’il reste au même stade, le Christ n’est plus là, la colombe de l’Esprit Saint s’en va.
C’est extraordinaire, ce dépassement : le Royaume appartient aux violents, ce sont les violents qui s’en emparent.
A ce moment-là, oui, la graine peut produire l’arbre, le champ de blé peut commencer à pousser, le levain fait lever la pâte, parce que nous nous dépassons toujours à l’intérieur de ceux du monde qui n’ont pas reçu la grâce.
Voilà ce qu’a fait l’Immaculée Conception : elle a fait lever la pâte dans la cité des disciples, de ceux que Jésus a aimés en un seul corps apostolique vivant et naissant. Cette nouvelle naissance ne cessait de grandir et elle ne cesse de devoir grandir comme cela tout le temps.
Chapitre 17. Mais cette violence, attention, n’est pas une violence extérieure. Jésus a exprimé une violence extérieure au temple de Jérusalem, parce que le temple était construit de manière extérieure et qu’il n’y avait pas l’amour intérieur du Père. Le Royaume de Dieu, lui, se conquiert par violence : c’est une vie divine qui ne cesse par nature de se répandre inexorablement et les ténèbres ne pourront jamais arrêter cela, jamais ; mais cette violence est toute intérieure ( « entos umon » ) :
Le Royaume de Dieu ( Basiléia tou Théou ) est au dedans de votre âme, au dedans de vous : entos umon. Il me paraît très injuste et très faux de traduire par ‘‘le Royaume de Dieu est au milieu de vous’’ : [ tandis que nous sommes ensemble , cherche-le au milieu, entre nous ; fais l’épicentre géométrique de tous ceux qui sont ici, et le Royaume de Dieu serait au milieu, là ?… cela ne va pas ! Non, le Royaume de Dieu est au dedans de nous ! ] donc c’est du dedans de nous qu’il y a cette présence vivante de la grâce divine, de la lumière qui se répand, et qui demande que nous nous dépassions tout le temps de plus en plus dans une nouvelle lumière divine vivante qui, passant par le corps, l’âme et l’esprit en nous, notre regard, nos yeux, nos oreilles, tout, déborde et se communique. C’est de l’intérieur, c’est à l’intérieur et du dedans de nous qu’il doit y avoir ce dépassement continuel. Le Royaume de Dieu est au dedans de nous. Alors à ce moment-là, il y a un lien avec ce qui va s’épanouir au dehors de nous jusque dans la vie éternelle, dans le Royaume de Dieu et son accomplissement.
Enfin, vous ne le trouverez pas en regardant en arrière, mais dans l’avenir ( chapitre 19 de l’évangile de saint Luc).
Jésus dit d’ailleurs qu’il va y avoir des signes à la fin du monde ( au chapitre 21 de l’évangile de saint Luc ), après que le Royaume de Dieu se répande ; nous sommes tout tendus vers la fin, nous sommes tout appliqués à travailler à faire naître une vie nouvelle, une vie d’enfance, une vie de désir de voir Dieu, tout en Le possédant déjà en entier et en faisant que cette lumière ne cesse d’aller en s’incarnant de plus en plus jusqu’à son accomplissement final. Jésus prophétise dans l’accomplissement final :
‘‘Lorsque vous verrez tous ces signes de la fin du monde, dites-vous : le Royaume de Dieu est en train d’arriver.’’
Le Royaume de Dieu est sur la fin. Il est là au début de l’Eglise comme une graine, mais comme un dépassement vivant, une vie divine nouvelle de la grâce qui ne cesse de s’épanouir, de se répandre, de s’intensifier jusqu’à atteindre son accomplissement à la fin.
Et Jésus dit bien, quand il passe la dernière Pâque avec ses disciples ( chapitre 22 de l’évangile de saint Luc ) :
‘‘La Pâque que je partage en ce moment avec vous, je la partage pour la dernière fois, je ne la mangerai plus, tant que le Royaume de Dieu ne soit accompli ( de « pléroma », plénitude et accomplissement ), jusqu’à ce que tout soit accompli dans le Royaume de mon Père. La coupe que je bois avec vous, je ne la boirai plus jusqu’à l’accomplissement du Royaume de Dieu en mon Père.’’
Le Royaume de Dieu annoncé par Jésus se conquiert dans son accomplissement dans le sein de Dieu le Père ; le disciple en vit tout de suite maintenant parce que c’est moi qui le réalise en lui. C’est les apôtres, les disciples et ceux qui reçoivent la vie divine de la grâce, qui vont faire ce Royaume de Dieu, qui vont le faire grandir, et qui vont le mener à son accomplissement en en vivant au-dedans d’eux-même.
Dieu va tout faire à l’intérieur des membres vivants du corps mystique vivant de Jésus vivant parce que c’est Marie qui a voulu cela : ‘‘tout ce qu’Il vous dira, poiesatè, faites-le’’. Jésus a besoin de ses membres vivants, des disciples, des apôtres, des sacrements et des signes réalisés qui changent toute la vie humaine de la terre, la vocation humaine de la terre, la mission humaine et divine des hommes sur la terre pour construire le temple glorieux de la Jérusalem céleste. Le Royaume de Dieu est au milieu de vous.
Ce sera à un point tel que quand l’ensemble de cette cité vivante du corps mystique de l’Eglise sur la terre sera là (c’est dit dans l’Evangile de Matthieu, chapitre 16), ceux qui seront encore vivants (« cette génération ne passera pas que tout ne soit accompli »… et il y en a parmi vous qui ne connaîtront pas la mort ) verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec son Royaume, c’est à dire avec tous ceux qui ont contribué à faire cet accomplissement du Royaume de Dieu en le vivant par la foi.
Le Royaume de Dieu est lié à la fin. Nous ne le savions pas, n’est ce pas ? Le Royaume de Dieu qui est proclamé est lié à la fin mais il commence tout de suite, et il faut que nous nous dépassions tout le temps pour être intégralement les constructeurs et membres de la cité du Dieu vivant par la grâce, par la fécondité, par le fruit des sacrements dans notre vie incarnée sur la terre.
Voilà pourquoi le Pape dit que ce qu’il y a derrière ce troisième mystère lumineux, c’est le mystère de la lumière, le mystère de la confession. Le mystère de la confession est un mystère de dépassement continuel.
Le Royaume de Dieu n’est pas une question de nourriture et de boisson : le Royaume n’est pas du tout une question de savoir si tu seras mal si tu prends telle chose, si tu fais telle chose, si tu agis de telle manière, ou si tu prends telle ou telle habitude. Ce n’est pas une question de règles, de réglementation, de préceptes. Ce n’est pas cela du tout.
Le Royaume de Dieu est amour incarné, joie, paix dans l’Esprit Saint.
Si l’amour se dépasse, il produit une allégresse. Les noces de Cana ont commencé à produire cette allégresse des mystères lumineux que l’on voit apparaître, dans ces trois ans d’évangélisation de Jésus :
Tous ces gens qui en avaient marre de vivre, qui se demandaient ce qu’ils faisaient sur la terre, bondissaient comme des cabris sur toutes les montagnes d’Israël. Cela devait être formidable à voir, d’ailleurs. C’est vrai, c’était vraiment extraordinaire.
Quand la joie se dépasse, elle produit la paix.
Quand la paix se dépasse, elle produit la patience, c’est à dire une force qui surabonde pour les autres.
Quand la paix se dépasse elle-même, elle est patience, elle est force intérieure, elle subit tout : elle passe à travers tous les défauts des autres, elle les traverse et pour ainsi dire, les comble.
Ainsi le révèle l’épître aux Galates, chapitre 5, verset 25, ou si vous préférez chapitre 5, verset 5 x 5 [ Vous avez tout compris : derrière Galates 5, 25, il y a le chiffre 555 : c’est à dire le Règne de Dieu accompli dans le mystère de la grâce dans la Jérusalem mariale ]. Et donc le Royaume de Dieu accompli, il est amour, joie, paix dans l’Esprit Saint, patience…
Quand la patience va jusqu’au bout d’elle-même et déborde, il y a une bienveillance. Il faudrait mettre cela dans certaines écoles : ‘ Si tu n’es pas patient, tu n’es plus bienveillant’. Cela, c’est humain, mais sur le plan divin, sur le plan de la sainteté ?
Quand la bienveillance se dépasse elle-même, elle produit la bonté.
Patience vivante et incarnée, bienveillance vivante et incarnée, bonté vivante et incarnée : ils devaient être impressionnants ces soixante douze disciples et ces douze apôtres, avec tout cela se communiquant.
Et Jésus les faisait passer devant lui : sans l’Eglise, il n’y a pas de Royaume de Dieu. Sans les signes que Jésus fait et qui sont efficaces à travers les disciples, il n’y a pas de Royaume de Dieu. Et les signes que Jésus fait et qui sont efficaces pour la vie divine, ce sont les sacrements.
Qu’est-ce qu’un sacrement ? Vous le savez puisque vous avez tous appris votre catéchisme : ‘‘un sacrement est un signe sensible et efficace par lequel Dieu donne la grâce et la vie divine’’.
Les mystères lumineux, ce sont les mystères des sacrements, et principalement celui de l’absolution des péchés, celui du pardon des péchés, celui du don de la réconciliation, de la communion avec le Père, et de l’appartenance intégrale, en entier, dans toute son intensité et dans toute son extension, à la Jérusalem glorieuse accomplie dès cette terre à travers le fruit des sacrements.
Donc le fruit de la patience qui se dépasse elle-même, c’est la bienveillance. Et le fruit de la bienveillance qui se dépasse elle-même, c’est la bonté. Alors, si la bonté se dépasse elle-même ? Vous lirez cela dans l’épître aux Galates, chapitre 5, verset 25 : il y a huit dépassements, c’est normal, c’est le côté messianique et apostolique du Royaume de Dieu, dans la violence intérieure de l’amour qui est lumineux et qui est infaillible, et qui est intarissable, et qui ne cesse de s’intensifier tout le temps, et de se répandre.
Et quand leur amour plein de bonté se dépassait, il produisait la foi. La lumière vivante du troisième mystère se répand en Israël à travers les aimés du Messie, se surabondant Lui-même dans l’onction messianique de ses disciples. La foi se dépasse en produisant la douceur ( la grâce, l’huile lumineuse de l’onction des élus ) : le royaume vient nous visiter…
Le Royaume de Dieu règne dans la créature nouvelle des disciples et de l’humanité visitée : qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui portent la Nouvelle du Royaume de Dieu…
Le dernier dépassement est la maîtrise de soi : il y a quelque chose dans notre corps, lorsqu’il est entièrement maîtrisé, possédé par la lumière divine du Messie et de la grâce chrétienne, qui fait que le Royaume de Dieu nous appartient en entier, non seulement dans notre grâce, dans notre âme, notre esprit, mais aussi dans notre corps spirituel, en lequel nous contenons toute la Jérusalem glorieuse à nous tout seul, chacun d’entre nous. Il faut aller jusque là.
C’est exactement ce que fait l’Immaculée Conception lorsqu’elle va jusqu’au bout d’elle-même dans sa chair glorieuse assumée et ressuscitée : elle porte toute la Jérusalem glorieuse à elle toute seule. Et voilà ce que l’Immaculée Conception a voulu communiquer aux chrétiens. Elle a voulu que ce soit communiqué, et Jésus a assumé ce désir de l’Immaculée, de Marie.
C’est un mystère de Marie à cause de cela : Il a assumé dans son conseil de Verbe incarné ce désir de Marie. C’est pour cela que c’est le mystère du désir de voir Dieu. Tout à la fois le mystère de l’enfance parce qu’elle n’est possible que comme une vie nouvelle à l’intérieur de Dieu le Père. Nous allons être de plus en plus petit : vie divine engendrée et incarnée de Dieu le Père, du centre même du cœur de Dieu de Père, et tous ensemble en communion, en solidarité et en force. C’est comme cela que l’Evangile de saint Luc décrit tout cela. L’Evangile de saint Luc, l’Evangile de saint Matthieu, l’Evangile de saint Jean.
Donc quand nous contemplons ce mystère, il faut essayer de voir cette espèce de surabondance qui ne cesse de se développer, de se communiquer, de se multiplier sur toute la terre d’Israël. Ils croyaient bien sûr que le Royaume de Dieu était pour tout de suite, c’est dit explicitement à plusieurs reprises ( chapitre 19,11 de l’évangile de saint Luc ) : tout le monde va pour glorifier Jésus les rameaux à la main : Hosanna au fils de David, le Roi Messie !
Ils croyaient que le Royaume de Dieu allait se manifester immédiatement. Non, le Royaume de Dieu ne doit pas se manifester immédiatement : il surgit immédiatement, il doit être vivant immédiatement, il doit se dépasser lui-même immédiatement, il doit être présent dans son accomplissement immédiatement du très profond de nous-mêmes, pour pouvoir être possédé immédiatement dans son accomplissement dans le corps spirituel de la résurrection. Ce n’est plus une cité terrestre, c’est une Cité divine, c’est une Cité céleste, mais elle est au dedans de nous.
Quelle est la porte par laquelle le Royaume de Dieu dans son accomplissement, la Jérusalem glorieuse, va pénétrer déjà au dedans de nous ? Cette porte, et c’est cela qui est extraordinaire, c’est le péché. C’est vraiment extraordinaire ! La porte ne sera pas là où nous sommes ‘bien’, parce que justement nous ne sommes pas ‘bien’. La porte, c’est le péché qui est en nous, ce sont les actes de péché que nous avons vraiment posés concrètement, et au cœur de ces actes-là, il y a une division vis à vis de Dieu le Père, que nous avons acceptée volontairement, lucidement, sciemment, profondément, spirituellement, et dans nos actes. C’est dans ce centre du péché que Jésus va faire venir le désir de l’Immaculée Conception. L’Immaculée Conception a le désir de se communiquer, Jésus assume ce désir et va le communiquer. Il voit ceux qui sont dans le péché et il leur pardonne, s’ils ont la foi. Il leur pardonne immédiatement, l’absolution est totale. Et donc ce qui est au centre du péché, dans le noyau du péché, au contact des membres bien-aimés de Jésus, au contact du signe vivant et efficace des sacrements, explose immédiatement ; comme une fusion nucléaire, il est transformé en feu divin : une porte ouverte sur la présence du Royaume de Dieu accompli, Absolution vivante dans son accomplissement dans lequel je dois travailler moi-même pour me dépasser moi-même tout le temps.
Et Jésus est venu proclamer cette nouvelle-là : ‘‘vous êtes pardonnés, vous êtes pardonnés’’. Ce troisième mystère lumineux est un mystère de lumière qui éclaire le péché dans ce qu’il est vraiment, voilà la colère de Dieu, qui le transforme en porte pour le Royaume de Dieu dans le pardon, l’absolution et le fruit des sacrements, et du coup fait vivre en nous une vie nouvelle, une vie de grâce (nous n’avons plus du tout la même vie), une vie d’enfants de Dieu, d’enfants de Dieu le Père, et nous sommes vraiment le Messie du monde, l’onction divine et messianique du monde avec Jésus et avec Marie. Cette onction divine de Jésus, cette miséricorde, ce changement total du péché qui nous alourdit en ouverture de dépassement continuel en Dieu, cela nous impressionne tellement que comme saint Pierre nous nous disons : ‘‘c’est Lui le Dieu vivant’’, parce que la source de cette vie divine, de cette onction messianique ne peut être que le Dieu vivant et vrai. Saint Pierre est tellement impressionné qu’il dit : ‘‘Tu es le Christ, le Messie, l’Onction, le Fils du Dieu vivant’’. Et Jésus dit à Pierre : ‘‘tu vois, ce n’est pas humainement que tu dis cela, c’est impossible que tu puisses dire cela parce que tu l’as compris humainement, tu peux voir cela parce que tu as été assumé, obombré par Dieu le Père et qu’il y a eu une super-venue du Saint Esprit en toi’’.
Les membres vivants de Jésus vivant sont comme Marie, ils peuvent vivre ce que Marie a vécu dans sa maternité lorsqu’elle était vierge et qu’elle a dit Oui, qu’elle a laissé l’ombre du Père la saisir dans sa Toute Puissance, la super-venue du Saint Esprit changeant tout en elle en son corps, dans sa chair virginale, pour que se réalise l’Incarnation du Messie en elle.
Désormais, cela se réalise dans les disciples, les membres vivants de Jésus vivant. Marie a voulu accepter d’ouvrir en Jésus cette paternité, elle s’est effacée, et Jésus a pu engendrer cette foi de Marie dans les disciples, de sorte que les disciples forment avec Marie un seul corps, dans une seule foi immaculée qui est féconde et qui donne la vie divine. Et Jésus a voulu que ce soit à travers les signes, à travers l’enseignement de la doctrine infaillible, à travers les signes sensibles et efficaces. Voilà pourquoi, pendant trois ans, il ne fait que des signes. Celui que nous avons lu, par exemple, dans l’Evangile d’aujourd’hui (il prend de la salive, il met ses doigts dans les oreilles du sourd muet, il lui touche la langue…), c’est le signe que fait le prêtre quand il donne le sacrement des malades : il donne l’onction du Messie dans les oreilles, les yeux, la bouche, le nez, pour que le pardon de Dieu guérisse de l’intérieur tout ce qui a pénétré de malsain par les yeux, par les oreilles, par la bouche, l’imprègne et le remplace par l’onction de l’unité du Verbe incarné vivant et total avec Dieu le Père, et qu’il n’y ait plus que le Royaume de Dieu.
Voilà comment nous pouvons décrire le troisième mystère lumineux.
Le troisième mystère lumineux, il faut également le contempler, parce que c’est la contemplation du mystère qui fait le mystère, ce n’est pas simplement son cadre. Jusque là, nous n’avons décrit que le cadre ; trop longuement, peut-être, mais cela était nécessaire.
Au moins sachons qu’il faut que nous puissions demander au Saint Esprit un miracle. Quand nous dirons ce Rosaire et que nous arriverons à ce mystère lumineux, demandons au Saint Esprit le miracle d’être entièrement absorbé dans ce qui a été vécu par Jésus uni à Marie et à ses disciples dans ces trois ans.
Comment ont-ils vécu cela ?
A ce moment-là nous verrons que Jésus a voulu se mettre en dessous de la foi de Marie communiquée aux apôtres. Il a voulu se mettre en dessous, en l’épousant, pour donner à la foi de Marie une fécondité divine. C’est lui qui est la vie divine, il est le Dieu vivant, et il s’est mis en dessous pour que cette vie divine soit communiquée en le corps mystique entier et vivant de Jésus vivant, qui est l’Eglise. Et il a voulu assumer notre foi pour communiquer la rédemption du monde à toute la terre. Comment Jésus a-t-il vécu cela ? Il faut demander au Saint Esprit que nous puissions vivre cela comme Jésus l’a vécu de l’intérieur spirituel de sa vision de Dieu et des hommes. Nous ne pouvons pas l’inventer, vous comprenez bien que c’est le Saint Esprit qui nous le fait entrevoir ; si ce n’est pas Dieu qui vient nous expliquer, comment en ferons-nous l’expérience… ?
Il faut le demander, il faut le désirer.
Ce troisième mystère lumineux est enfin un mystère de vie nouvelle, d’enfance, de désir ardent, par la lumière de la foi.
Il faut aussi demander à l’Immaculée : comment est-ce que toi, l’Immaculée, en assumant la lumière de la foi qui était naissante dans les apôtres, comment avec Jésus es-tu venue te réfugier surnaturellement en eux et les as-tu laissé faire eux-mêmes ce que vous viviez dans la lumière, dans l’unité de l’amour. Nous allons voir l’Immaculée qui pendant toutes ces années a vécu cette union profonde dans l’amour avec Jésus, dans la lumière du Verbe de Dieu où elle était assumée, et ne rien faire, dans le silence de la toute petitesse, pour que tout se réalise de leur fécondité mutuelle dans la lumière de la foi toute simple des apôtres, des disciples, et de ceux qui en recevaient les signes et les prières. Il faut demander à Jésus et à l’Immaculée, de nous faire expérimenter personnellement comment l’Immaculée vivait cela dans la super-venue du Saint Esprit en elle, parce que tout est venu d’elle et de Jésus : elle est la médiatrice du troisième mystère lumineux.
Le troisième point consistera à désirer ardemment, dans notre foi, comprendre tout ce que nous ne comprenons pas, et tout voir clairement, tout saisir nettement : parce que ce désir de lumière est efficace par lui-même.
Lorsque nous prierons ce mystère-là dans la dizaine de Rosaire, il nous apportera une science, une connaissance, une expérience de compréhension surnaturelle de ce qu’il y a au bout de l’accomplissement du Royaume de Dieu. Et ce qu’il y a au bout de l’accomplissement du Royaume de Dieu, c’est que nous sommes comme saint Joseph glorifié : le lieu du Père où dans l’incarnation le Père donne sa vie divine éternelle incarnée.
Il faudra saisir qu’il y a plein de choses que nous ne comprenons pas à propos de la sainte Famille glorieuse et de cette manifestation de la sainte Famille glorieuse dans la Jérusalem céleste à l’intérieur de nous et dans tous ceux avec qui nous sommes en communion.
Le fruit du mystère :
Dans chaque mystère il y a :
- la méditation du mystère, donc vous avez compris que les vertus dispositives étaient ce désir ardent divin et infus, et la toute petitesse d’enfance d’abandon dans le sein de Dieu le Père. Ce sont les dispositions pour recevoir et comprendre ce qui se passe dans ce mystère,
- la contemplation du mystère, c’est ce que je viens de vous dire : expérimenter divinement grâce à la vie contemplative ( si le Saint Esprit nous aide et si nous le lui demandons ) la modalité vivante de la foi de Marie en cette nouvelle fécondité lumineuse…
- le fruit du mystère, enfin : pour le saint Père, c’est vraiment que nous tous ensemble, les uns en communion avec les autres en une seule communion, que nous puissions incarner et réaliser le jugement dernier. C’est comme cela que la Haggadah de saint Luc clôture son parcours sur la Bonne Nouvelle du royaume de Dieu : vous mangerez à ma table, à la Table du Royaume pour juger les 12 tribus d’Israël ( chapitre 22, v.28 ).
Tel est bien le fruit du Mystère : vivre par appropriation, par anticipation et par grâce l’accomplissement du mystère de Confession où, assimilés par la grâce de l’absolution vivante, nous revenons ensemble sur les nuées du ciel discerner (‘juger’ vient du grec krinèïn ) dans l’humanité ceux qui appartiennent à la race d’Abraham pour les aspirer dans la Cité glorieuse du Royaume, et sauver avec Jésus tout ce qui était perdu.
En proclamant : tout est Pardon, tout est Miséricorde, tout est immaculé, tout est transformé, tout est donné…

Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femme et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni.
Sainte Marie Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.