GUERISON BOULEVERSANTE D'UNE MERE

(d'après René Lejeune " Victimes de l'avortement ", éd. du Parvis)

Elisabeth était enceinte, elle en fit part à David, mais la réaction de l'homme fut brutale; elle préféra perdre son enfant plutôt que son amant. Plus tard, son accablement proche du désespoir l'a poussée à se rendre dans une église. Dans la nef, un vieux prêtre passait à sa hauteur, et comme mue par une poussée irrépressible, elle se leva et demanda au prêtre si elle pouvait se confesser. C'est là qu'elle dévoila au prêtre sa vie brisée, son immense détresse; le vieux prêtre lui confia qu'il venait d’offrir sa vie à Dieu en réparation de ce crime abominable de Satan qui blessait un si grand nombre de femmes.

Elisabeth écoutait ses paroles entrecoupées de tendres : "Mon enfant", "Ma petite enfant", ou encore : "Ma pauvre petite enfant". Peu à peu le visage de la femme s'inondait de larmes; plusieurs fois elle ne put réprimer un profond sanglot, mais ses larmes effaçaient peu à peu son malheur. C'était à la fin des larmes de joie: pur bonheur qu'elle n'avait pas connu depuis longtemps. Il lui était proposé de revenir pour une démarche de totale réconciliation "avec Dieu, avec vous-même, avec votre enfant". Elisabeth sortit de là comblée d'une joie grave et de certitude nouvelle, elle avait envie de chanter.

Lorsqu'elle revint, Marina l'accompagnait, son amie qui avait, elle aussi, eu 3 enfants avortés... La 2ème confession fut un flot de grâces dont le Seigneur les combla et Elisabeth fut cette fois sans larmes mais comme submergée intérieurement de bonheur. Marina, elle aussi, avait l'impression de marcher sur un nuage...légère comme un oiseau à la sortie du confessionnal. Alors le Père leur expliqua que dans l'au-delà, ces petits attendaient d'être reconnus par leurs mères et enveloppés de leur amour ils tenaient infiniment au rétablissement du lien d’amour qui les lie à leur maman ; pour cela, les mamans devaient d'abord donner un nom à ces enfants. "Le nom, c'est le reflet de l'âme", leur dit le Père, "et nommer un enfant, c'est le faire naître aux yeux du Monde; et vous, les mamans, en leur donnant un nom, vous établissez formellement avec eux, le lien de la vie".

Le Père suggéra aussi aux femmes de trouver un vrai père adoptif et il leur conseilla St Joseph, d’autant plus que, par ce choix, elles seraient pour ainsi dire, intégrées dans la Ste Famille de Nazareth"

D'autres occasions leur permirent de recevoir des enseignements simples, clairs et chaleureux sur la miséricorde de Dieu et la Communion des Saints, le pouvoir de lier et de délier, accord par le Seigneur à Pierre et ses successeurs, sur le sacrement de baptême et ses suppléances : le baptême de sang et le baptême de désir…Qu'il importe que les mamans, dans le repentir et la réconciliation, implorent l'Église d'accorder le baptême à leurs enfants: "Comptez sur l'infinie miséricorde de Dieu" insistait le Père, car si l'Église n'a pas encore explicitement accordé le baptême de sang et de désir aux enfants que leurs mères retrouvées lui présentent, ne convient-il pas de s'en remettre au Dieu d'Amour qui veut attirer à Lui le plus infime élan d'amour jailli d'un cœur humain; et ce sera le cas pour un enfant, victime tragique d'un refus de vie, qui n'a que sa maman réconciliée pour confier sa détresse au Seigneur (sa maman ou, à défaut, une autre personne proche par le sang ou par le cœur).

Le grand jour arriva enfin... Les victimes de l'avortement, l'enfant immolé et sa mère ou sa famille en quête de réconciliation, éprouvent- ce besoin imprescriptible de puiser dans le trésor inépuisable de la miséricorde que l'Eglise s'est vue confier par le Seigneur, Maître de toute vie. Le vieux prêtre prit donc l'initiative d’une cérémonie, déployée dans le cadre de l'Eucharistie, pour consacrer les enfants à la grâce du Christ et de l'Eglise.

Au début de la messe, il leur dit :

"Avez-vous pleinement conscience de la présence parmi vous des quatre petits, que vous avez perdus? "

"Regrettez-vous de tout cœur d’avoir demandé ou accepté qu'on les sacrifie? "

"Etes-vous prêtes à vous réconcilier avec le Seigneur, avec vous-mêmes, ainsi qu'avec ceux qui vous ont infligé des blessures? " 

Un sanglot de bonheur secoua, à ce moment précis, le sein d'Élisabeth; Marina ne put retenir ses larmes. Un petit espace du Paradis se recréait à la lueur du cierge que chacune tenait dans la main. Les voici réconciliées et déjà guéries intérieurement par la célébration de l'Eucharistie, sommet de toutes les actions sacrées de la vie chrétienne et de la vie tout court, de par l'univers.

A l'offertoire, ce sont les enfants eux-mêmes qui furent déposés par le cœur de leur maman et par le prêtre devant l'autel du sacrifice divin :

"Etes-vous prêtes à accueillir dans la tendresse de votre cœur de maman, Marie-Pierre, Jean-Marie, Marie-Noëlle et Marie-Maximilien ?"

"Demandez-vous à Dieu, de toute votre âme, avec toute la puissance d’une prière ardente, qu'Il veuille bien accueillir en Son Cœur, vos enfants ?"

"Demandez-vous en même temps à la Sainte Eglise qui accueille votre désir bien réel qu'elle veuille bien incorporer chacun de vos enfants dans son sein, pour les offrir à l'Agneau immolé, l'unique voie qui mène au Père des Cieux ?"

"Suppliez-vous la Ste Eglise qu'elle vienne à reconnaître chacun d’entre eux, si elle le veut bien et quand elle le voudra, comme un de ses membres ?"

Les "oui" de Marina étaient ponctués de larmes de reconnaissance, habitée qu'elle était alors par une sorte de ravissement semblable à une parcelle d’éternité. Avec Elisabeth, elle répondit radieusement "oui" à la question finale:

"Voulez-vous choisir St Joseph, comme Père adoptif de vos enfants ?"

Après cette intense et unique préparation, elles vécurent la consécration et la communion comme un sommet de l'existence. Dès lors, elles se sentaient rajeunies, régénérées, des femmes nouvelles recrées en Jésus, le Sauveur qui demeurerait désormais en elles. Elles sentaient bien qu'elles n'auraient plus à souffrir de la soif angoissante que, livrées à elles-mêmes, elles auraient été incapables d’étancher.

Six mois après cette Eucharistie inoubliable, le vieux prêtre rendait sa belle âme à Dieu. Dans l'église remplie de fidèles, on était sûr Raccompagner un Saint à sa dernière demeure.