Lettre Ouverte à un Cœur de Père

L'Eglise comme l'humanité est en crise, je sens très fortement la responsabilité du sacerdoce et de l'épiscopat devant Dieu et en même temps notre désarroi : mais que devons-nous donc faire ?

J'interroge sur ce point depuis mon ordination bien des fidèles, des confrères et parfois des évêques, et même des personnes réputées éclairées par Dieu : pourquoi tant de difficultés, de jalousies dans le peuple de Dieu, de crises de vocations, qu'y a-t-il que nous devions faire pour que le Seigneur nous redonne vie ?

Pour les saints et les pauvres, pour le sensus fidei des croyants, pour l'intuition unanime des consacrés, la réponse est à trouver dans le problème non résolu de la défense pour la Vie.

Laissez-moi imaginer comment la Vierge Marie pourrait formuler la question :

« L'Eglise de mon Fils est en crise, certes, et sa crise s'aggrave de jour en jour...
Et, c'est à cause de l'avortement et des enfants abandonnés sans la grâce du baptême...
L'Eglise de mon Fils devrait relire à leur sujet la parabole du Bon Samaritain...
Dieu attend de mon Eglise qu'elle accepte d'être le Bon Samaritain des enfants qui ont été tués et de ceux qui sont morts sans baptême avant de pouvoir croire… »

« Certes, elle dit sa réprobation face à ces actes de mort, certes elle voudrait empêcher que l'innocence soit ainsi assassinée au berceau, certes elle est impuissante à lutter directement contre des lois de mal, certes elle prie et demande pardon par le Sang de mon Fils… »

« Mais elle ne fait pas l'unique chose que Dieu la presse de faire : elle ne se préoccupe aucunement de la souffrance de ces enfants après leur mort, elle ne veut même pas les considérer sur le bord du chemin dans le cri silencieux d'une agonie et d'un appel presque sans espoir ; elle est le Lévite qui passe, elle est le scribe théologien qui passe, elle est l'homme pieux pharisien qui passe, qui disent tous que le crime est déjà fait et qu'il n'y a plus rien à faire pour leur secours !! »

« Elle doit croire et dire très nettement qu'ils ont été créés par Dieu dès la première cellule, que leur âme spirituelle et immortelle est là, en attente de Père et de Mère sur le bord du chemin. »

« Elle doit accepter d'entendre leur cri silencieux, de regarder dans leur direction résolument, de découvrir et panser leurs blessures, de les prendre en charge sur son humble monture, de les amener à la Bergerie de la Communion des Saints, de laisser pour elle la chaleur de la grâce et l'argent du rayonnement eucharistique en attendant que leur guérison soit totale : que mon Fils revienne pour les introduire à Son Retour dans la Vision béatifique avec tous les élus ! »

« Tant que mon Eglise fera ses œuvres sans cette Foi féconde, tant qu'elle vivra sa Foi sans cette œuvre d'Amour, elle diminuera, perdra de plus en plus ses prêtres et le troupeau qui lui reste, sa culture et son rayonnement et toute sa fécondité. Mon Fils ne veut pas la laisser croire qu'il la bénit tant soit peu si elle refuse encore d'ouvrir son Cœur et de redonner Vie et espérance à ces myriades en les recueillant dans son Sein. »

« Le jour au contraire très proche où enfin elle donnera leur nom, leur dignité et leur vocation à ces enfants pour les réengendrer à la paix, à l'affection divine et à la prière, au pardon et à la force patiente, à la participation au « Maranatha » de l'Église militante, ce jour-là, on verra disparaître l'avortement de cette terre parce que les ennemis de Dieu eux-mêmes feront tout pour éviter que ces myriades agrandissent aussi vite le nombre des saints. »

Le plus simple pour moi était de laisser imaginer comment le cœur de notre Mère pourrait parler, c'est plus facile à comprendre, à dire et faire passer.  Devant cette évidence, mon cœur paternel et sacerdotal retrouve sa force amoureuse première. Comme je voudrais que mes confrères en Jésus prêtre entendent ce cri de Soif du Christ et le cri de ces enfants qu'il découvre être ses propres enfants...


Notes prises au cours d’une rencontre avec Père Patrick