Chemin de la perfection de Ste Thérèse d'Avila

INDEX DES 73 CHAPITRES

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CHAPITRE 44

De l'amour que le Seigneur nous a montré dès ces premières paroles : " Notre Père qui êtes aux Cieux "

1 " Notre Père qui êtes aux Cieux ! " O Seigneur, comme vous vous révélez Père d'un tel Fils, et comme votre Fils se révèle fils d'un tel Père ! Soyez à jamais béni ! Une faveur aussi haute, Seigneur, ne serait- elle pas mieux à sa place à la fin de l'oraison ? Dès le début vous emplissez nos mains, et nous accordez une si grande faveur qu'il serait bon que notre entendement en fût si rempli et notre volonté tellement pénétrée qu'il nous devint impossible de proférer une parole. O mes filles, que la contemplation parfaite viendrait ici à propos ! Oh ! comme il serait juste que l'âme rentrât au-dedans d'elle-même, afin de pouvoir s'élever au-dessus d'elle-même, et être apte à comprendre quel est ce lieu où le Fils dit que se trouve le Père, soit : le Ciel ! Quittons la terre, mes filles, car après avoir compris toute la grandeur d'une telle faveur, nous ne devons pas la déprécier en restant sur la terre.
2 O Fils de Dieu et mon Seigneur ! Comment, dès le premier mot, donnez-vous tant à la fois ? Vous vous humiliez à un degré si extrême que vous vous unissez à nous dans votre demande, et vous faites le frère de créatures aussi basses et misérables ; comment nous donnez-vous encore, au nom de votre Père, tout ce qui peut être donné en lui demandant qu'il nous regarde comme ses enfants ? Car votre parole ne peut se trouver en défaut, elle doit être accomplie. Vous l'obligez à l'accomplir, et ce n'est pas une petite charge ; dès lors qu'il est notre Père, il doit nous supporter pour graves que soient nos offenses. Si nous nous tournons vers lui comme l'enfant prodigue, il doit nous pardonner, il doit nous consoler dans nos épreuves comme il convient à un tel Père, car il est forcément meilleur que tous les pères qui sont ici- bas, puisqu'en lui réside tout bien parfait. Il doit nous chérir, il doit nous nourrir - il a de quoi - nous rendre participants et nous faire co-héritiers avec vous.
3 Faites attention, ô mon Seigneur, car l'amour que vous avez pour nous, uni à votre humilité, fait que rien ne vous arrête (enfin, Seigneur, vous êtes sur la terre, revêtu d'humaine matière puisque vous avez notre nature, et la part que vous y tenez semble vous obliger à nous faire du bien) ; mais songez que votre Père est dans les cieux, c'est vous-même qui le dites ; il est juste, Seigneur, que vous veilliez à son honneur. Puisque vous vous êtes offerts au déshonneur par amour pour nous, laissez votre Père libre, ne l'obligez pas à répandre des biens pour une créature aussi vile que moi, et qui ne saura pas le remercier ; sans compter qu'il y en a d'autres qui ne le remercient pas comme il se doit.
4 O bon Jésus ! comme vous avez montré clairement que vous ne faites qu'un avec lui, que votre volonté est la sienne, et la sienne la vôtre ! Quelle clarté dans votre confession, ô mon Seigneur ! Qu'il est grand l'amour que vous avez pour nous ! Vous avez fait en sorte d'abuser le démon et lui avez caché que vous étiez le Fils de Dieu, et le désir que vous avez de notre bien est tel que vous avez tout surmonté pour nous offrir la plus grande des grâces. Qui, Seigneur, le pouvait si ne n'est vous ? Je ne sais comment, à cette parole, le démon n'a pas compris qui vous étiez sans aucun doute possible ; mais du moins vois-je, mon Jésus, que vous avez parlé comme un Fils bien-aimé et pour vous et pour tous, et que vous êtes tout puissant pour accomplir au ciel ce que vous dites sur la terre. Soyez béni à jamais, ô mon Seigneur, vous qui aimez tant donner que rien ne peut vous arrêter !